Syriana

Je suis sorti de ce film complètement déprimé. Le monde c’est rien que de la merde. La politique c’est que des pourris. L’économie c’est la même chose. Nous courrons à notre perte. Et on continue les yeux fermés.

Voilà !

Mais bon si j’ai ressenti cela avec autant d’authenticité, c’est que le film avait drôlement bien fait son boulot. Encore moins caricatural que Lord of War, et moins cynique ou romanesque que The constant gardener, on trouve la perfection du scénario de « Traffic » (vu que l’auteur du scripte de « Traffic » est le réalisateur !) pour servir une histoire de trafic d’influence de haut vol sur les thèmes du pétrole du Moyen-Orient, de la CIA, des entreprises américaines (qui pourraient être françaises dans d’autres conditions) du pétrole, de la finance internationale, des délits de corruption et du terrorisme.

Rien que ça ! Et tout ça à travers les intrigues plus ou moins reliées de quatre personnages principaux. Georges Clooney qui est un type de la CIA qui est spécialiste du Moyen-Orient. Matt Damon qui travaille dans les milieux de la finance en conseils dans le domaine de l’Energie. Jeffrey Wright qui est un avocat qui essaie de prouver qu’une fusion entre deux entreprises du pétrole n’a pas été conduite par la corruption. Et enfin, Mazhar Munir qui est un travailleur immigré pakistanais qui se débat dans des conditions inhumaines.

La situation qui se met peu à peu en place est illustrée par ce que vivent tous ces protagonistes. Situation peu ou prou commune mais vue selon des angles extrêmement divers. En fait, tout repose sur l’influence des USA sur un de ces Royaumes du Moyen-Orient dont le sol regorge de pétrole. Le Roi est influencé par son fils qui essaie de penser au futur, et de ne pas se faire bouffer par les américains. Aussi il décide de confier l’exploitation d’une filière à des chinois, ce qui déstabilise une entreprise américaine qui était sur le coup. A partir de là, les personnages sont tous pris à leurs niveaux dans les engrenages d’une complexe trame politique, économique, sociale… Mais le film est limpide, même s’il est un peu long et un peu difficile à appréhender au premier abord.

Les comédiens sont irréprochables et le réalisateur a accomplit un superbe travail. On voit à quel point les situations ainsi mises en exergue sont inextricables, et ce n’est pas vraiment une vision optimiste de la réalité (mais qu’on imagine tout à fait probable). Lorsque je sors de ces séances de cinéma qui mettent aussi bien en scène les injustices flagrantes de nos sociétés, je me demande toujours si de telles démonstrations restent sans effet. Lorsque des films arrivent à être produit ainsi, c’est que « tout le monde est au courant », et donc que ce soit dans le domaine de l’armement, l’industrie pharmaceutique ou bien la politique économique internationale, on fait des films qui dénoncent ainsi des pratiques insupportables mais qui ne sont au final que pisser dans un violon. Ou alors on le sait bien, mais on ne connaît pas d’autres modèles, on n’en veut pas d’autres aussi. Et on ne veut surtout pas abandonner notre confort pour des idées farfelues telles que l’égalité ou la liberté.

Bref, un film qui ne m’a pas laissé indifférent…

Syriana

7 Commentaires

  1. Je n’ai pas vu le film mais j’ai une question. La réponse est éludée sur le site officiel du film. Le travailleur pakistanais -Wasim-, en pleine désillusion quant à la vie qu’il pensait avoir en tant qu’émigré dans le Golfe, est-il finalement « enrôlé » par l’Egyptien aux yeux bleux ? En fait, je voudrais savoir s’ils illustrent dans le film l’idée qu’une sorte de « désespoir social » pousse dans les filets des terroristes une foule de croyants sans repères. Encore une fois je n’ai pas vu le film. Mais j’imagine que le Stinger manquant n’a pas vocation à animer le salon du Bourget. Donc, notre pakistanais et l’homme aux yeux bleux, ils font quoi ensemble ? Cette partie du scénario dessine une vision particulière des causes du terrorisme. C’est simple mais ça m’intrigue :p

    ++

  2. > Qalawun : tu as raison d’être intrigué… et ça vaut la peine de voir la réponse dans le film :)

    > Matoo : bien résumé. Pour ma part, je suis sorti à la fois un peu abattu et confirmé dans mon envie d’agir à mon niveau (pas de bagnole, par choix, pour commencer). Cf mon ‘avis de copine’ ;)

  3. Erf, vos réponses sibyllines ne m’avancent pas :x Difficile pour moi de voir le film, étant justement dans un des pays du golfe pas forcément très ouvert… pas de ciné dans ma ville. Enfin, me trouverai bien un autre forum à ce sujet. Plus généralement…ton blog est tip top Matoo ^^

  4. J’ai vu le film et je suis étonné par vos commentaires. Tout ce que le film dénonce est déjà archi connu. On ne va pas faire semblant de découvrir comment le monde marche et comment la CIA manipule pour qu’au final les Etats Unis puissent vivre au mieux.
    Contrairement à Matoo, je n’ai pas vu le temps passer et j’ai trouvé que le rythme était plutôt bien vu. J’ai plus été intéressé par l’histoire et le parcours du personnage incarné par Clooney, il a su donner de l’épaisseur et de l’ambiguité. J’ai trouvé l’interprétation de Matt Damon plate et sans intérêt. Il fait du Matt Damon, comme Tom Cruise fait du Tom Cruise. Faut dire aussi que le Damon m’agaçe.
    Et pour conclure, je pense que le film est loin de la réalité. Cette dernière est mille fois pire en ignominie et gâchis. Quant à la pauvreté et l’exclusion qui font le lit de tous les extrêmismes on le voit tous les jours même en plein Paris.

  5. On ne voit pas le temps passer même si on apprend rien de bien concret et/ou nouveau sur le proche orient en réalité. Fait penser à Gosford Park de Altman en moins bien mais très bien quand même.

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