Faux-semblants et vraies apparences

Quand j’ai commencé à traîner sur le net, à une époque préhistorique, c’était vers 1996, il n’existait pas grand-chose sur la toile. Les premières expériences de « tchat’ » (à part quelques pas sur IRC, mais je n’ai étrangement jamais accroché) se sont faites vers 1998 et principalement grâce à Caramail qui proposait une interface plutôt agréable et ergonomique. Le peu de personnes qui traînaient sur ces médias faisait que nous avions confiance les uns en les autres, et que l’identité n’était finalement pas tant que cela annihilée. Ainsi j’ai été, comme beaucoup de ces « early-adopters », d’abord ébahi par les différentes usurpations d’identité, et la manière dont le web permettait d’exprimer sa mythomanie. Mythomanie qui s’exprime soit par fantasme, par machiavélisme, ou par pure malhonnêteté.

Aujourd’hui, on sait que le net recèle autant de fausses personnalités que de vraies, et donc on ne s’étonnera pas que la moitié des nanas des chats soient des mecs, que l’on puisse réduire son âge de dix ans ou allonger sa bite de 5 centimètres (ces deux derniers faits étant des standards dans le milieu gay). Je me fais rarement avoir par des emails ou des fausses pages web, ou encore du spam, mais quand j’entends ma mère qui s’émeut car un africain est en danger et veut son aide (une sombre histoire de transfert de fonds…), ou bien une petite fille a terriblement besoin d’une transplantation, ou sa banque qui lui demande son code de CB, je me dis que la forfanterie sur le net a encore de beaux jours devant elle.

Pas étonnant non plus, qu’on puisse arnaquer l’OMC comme les Yes-Men l’ont fait avec un faux site web tout ce qu’il y a de plus tangible, mais cette fois pour une « bonne » cause. Et qui a un peu joué sur les chats et les sites communautaires, sait à quel point certains peuvent se montrer manipulateurs au point de réellement blesser des gens. Je me souviens de personnes qui se faisaient passer pour d’autres en utilisant des pseudonymes différents d’une seule lettre par exemple, ou bien de corbeaux qui faisaient de la délation digne des années 40. Un jour j’ai aussi eu un appel d’une personne qui se disait être une autre mais que je ne connaissais que du web (qui avait eu mon numéro par je ne sais quelle indiscrétion), et qui m’a innocemment demandé le numéro de téléphone d’un copain à moi dans le seul but de le harceler (et ça a marché à cause de mon imbécillité du moment). Je passe sur les trolls en tout genre, qu’on trouvait sur IRC, dans les newsgroups, les forums, et aujourd’hui dans nos commentaires.

Et les blogs dans tout cela ? Au début, on pouvait vraiment croire en la véracité et la sincérité de leurs auteurs, mais aujourd’hui qu’en est-il ? Eh bien ne faisant pas exception à la règle, on a aussi notre lot de fabulateurs nourrissant de plus ou moins honnêtes desseins. Récemment j’ai expérimenté le blog qui pompe les posts des autres, et cela m’a même fait remettre en question l’existence même de l’auteur. D’ailleurs quelques marques sont même enclines à mettre en place des blogs pour promouvoir leurs produits. Il s’agit de créer du buzz en se faisant passer pour un « innocent » consommateur.

Et puis certains ont fait usage d’un blog pour s’essayer à l’écriture, voire fignoler un récit en vue de le publier. Le « journal de Max » notamment avait assez fait couler d’encre à ce sujet. D’abord considéré comme un véritable blog, écrit au jour le jour, une telle mécanique si parfaitement huilée, des personnages si parodiques, un auteur si cynique et acrimonieux, des textes si formatés et calibrés, qu’est-ce que tout cela a de spontané ? A vrai dire, je n’en sais rien, et n’avance rien. Mais je n’arrive plus à le considérer comme un vrai blog.

Pour citer un autre exemple, certainement beaucoup moins connu, mais tout aussi parlant, il y eut dans la pédéblogosphère un blog qui fut l’objet de toutes les suspicions. Ce blog, Whore, était censé être ce que son sous-titre indiquait : « le journal d’un prostitué ». Ce garçon racontait quotidiennement ses aventures personnelles et professionnelles avec une très belle plume. J’avais aussi été scotché par ce blog, et puis comme pas mal d’autres personnes, je trouvais peu à peu matière à mettre en doute la véracité du journal. C’était presque « trop bien », « trop » comme dans un roman en fait, les rebondissements qui faisaient haleter, les scènes de cul qui faisaient bander… Bref, de blogueur, on était subrepticement passé à auteur ! Et encore une fois, je me trompe peut-être, ce mec a certainement vraiment vécu ce qu’il écrit, mais un doute planne, et son anonymat ne concourt bien sûr pas à le dissiper.

Mais ensuite, j’ai aussi des exemples de personnes que je sais exister, que je sais « vivre leur blog » et simplement avoir assez de talent pour attirer et retenir un lectorat. Je me souviens de gens qui me soutenaient que Mennuie ou Paumé, deux blogs morts, n’étaient que le fruit du fantasme de leurs auteurs. Or, je sais pertinemment que pas du tout. Oh évidemment, cela ne veut pas non plus dire que je prenais tous leurs textes pour parole d’évangile, mais simplement que je sais qu’ils étaient de très doués et talentueux blogueurs.

Ron aussi subit le même genre d’opprobre sur ses écrits. Et moi aussi, régulièrement, je reçois des mails qui m’affirment que nous sommes plusieurs à tenir ce blog (mouaaaarf) et que je n’ai pas d’existence propre (affirmant que les photos viennent du web !), que je ne vais pas voir tout ce que je dis, ou que je fabule toutes les histoires que je raconte.

Mais bon, au final, où s’arrête le blogueur et ou commence l’auteur ? J’estime écrire au quotidien une sorte de « fiction réaliste » ou « réalité fictionnelle », et ma sincérité n’est vraiment pas à mettre en doute, même si je sais ménager ma pudeur ou mes secrets. Tout est dans l’écriture, et dans la manière dont on l’use pour se raconter. C’est cette manière qui va faire que le blogueur aura un style accrocheur ou pas (et ce qui plait aux uns, ne plait pas forcément aux autres). Ensuite, on présente un fait sur un jour singulier, ou on pimente un peu deux trois lignes de dialogue, mais rien de plus criminel. Le plus marrant c’est quand j’évoque des histoires que des amis ont vécu avec moi, et qui me disent : « C’est marrant car tout est vrai, et les faits sont indiscutables, et tu racontes exactement ce qui s’est passé. Mais j’ai l’impression que tu parles de quelqu’un d’autre ! ». Dès lors qu’on écrit quelque chose, on le dénature forcément. L’écriture crée une distanciation qui n’est que le filtre de sa propre conscience et assimilation des choses, et puis après on y rajoute un peu de sa créativité, et advienne que pourra.

Bon, ok, je sais j’en écris des tonnes, mais j’ai bientôt fini là, car où est-ce que je voulais en venir ? Où est-ce que je voulais en venir ? Mais oui, où ?? (Merde, où déjà ??)

(Ah oui !)

Tout ça pour dire que les blogs comme le reste sont sujets aux faux-blogs. Il devient donc très difficile de repérer le bon grain de l’ivraie, et encore plus dès lors que le thème porte sur l’émotion du lecteur et sa sympathie (au sens étymologique). Il m’arrive ainsi régulièrement de vouloir mettre un lien vers un blog qui me touche, mais parfois je ne le fais pas car je doute. Je me fais certainement souvent avoir, dans un sens comme dans l’autre, en faisant la promotion d’un fake-blog ou en ne citant pas un article authentique parce que je n’en suis pas certain.

Par exemple, assez récemment, on a pu lire sur GA le témoignage circonstancié d’un mec qui racontait comment il avait perdu son petit-ami, mort sous ses yeux, lors d’un gay-bashing (cassage de pédé). L’article était poignant et a fait des échos, mais je n’ai pas pu en parler. En effet, la manière dont le mec se présente sur son profil, et les autres posts, en plus du fond de ce qu’il raconte, font que je n’arrive pas y croire. Ce n’est pas non plus la fin du monde que je ne rapporte pas ce post, mais cela me fait toujours un pincement de rester avec cette sourde suspicion, et qui me ferait sentir extrêmement coupable si je découvrais mon erreur.

Et si j’ai rédigé ce looooong post, c’est avant tout parce que j’avais eu vent par cet article de Houssein, du blog de cette femme qu’il évoque, une femme battue et en détresse. J’ai d’abord été sidéré par ce que j’ai lu, et grandement attristé par la teneur de ces posts. Et puis, tout de suite, je me suis demandé si cela ne pouvait pas être un outil de propagande (islamophobe) d’extrême droite. Pourtant, je sais pertinemment que ce genre de situation est tout à fait réaliste, malgré la caricature apparente. Pour tout cela, je doute. Et je déteste ça.

40 Commentaires

  1. Et si ce n’était pas vrai ? Bien sûr lorsqu’on s’émeut pour une femme battue, un gay-bashing, c’est humiliant et rageant de s’être fait avoir, et de savoir que c’est en criant au loup comme ça que les auteurs feront accorder moins de crédit aux « vraies » histoires.

    Mais pour un blog qui raconte une vie, pour des gens éloignées qu’on ne rencontrera probablement pas, est-ce vraiment grave ? Whore, si bien écrit, n’est-il pas aussi émouvant s’il est fictif ? Il y a un vrai talent d’écriture auquel en plus s’ajoute celui de l’immagination, ça donnerait presque plus de valeur à son travail non ? (comment ça je chipote ?)

    Et puis rassure toi il reste des vrais gens qu’on identifie tellement ils trainent dans les toutes les backrooms à chopper des trucs pas net :langue: :langue:

  2. Il est très difficile de ne pas douter. Un blog est souvent « multi-usage » pour son auteur et comme il se trouve autant de blogueurs que de blog…

    Seul le temps peut ouvrir des brèches.

  3. Il y avait peut-être moins de chose en 1996 mais de mémoire il y avait surtout beaucoup moins de déchet (en proportion)… le fric gâte tout :D Perso j’étais très Usenet (news) à l’époque; c’est un peu tombé en désuétude maintenant…

  4. Il est mortifiant mais toujours honorable de douter. En tant que lecteur, j’ai douté, tout comme toi. Puisque tu cites le blogue de Ron : je l’ai quelque temps suspecté, non quant à la véracité de ses notes, mais quant à l’existence de son bien-aimé, dit « La Marmotte ». Il fallut l’analyse textuelle d’un billet de ladite Marmotte pour me convaincre de sa réalité : cet homme était présenté par le blogue de l’Infirmier comme d’origine espagnole ; le billet (je n’en sais plus les références, peu importe) alignait une série de subjonctifs, parfois incertains, tout à fait inhabituels chez un locuteur francophone. Sachant que les Espagnols respectent strictement l’usage du subjonctif, je fus dès lors persuadé que « La Marmotte » n’était point une invention.

    En revanche, je n’ai jamais douté que le « Matoo » fût un seul et même individu, fait de chair et d’os…

    Les blogues, me semble-t-il (oui, me semble-t-il, car je ne suis qu’un humble lecteur), ont leur part d’imaginaire, leur part de réel, leur part de symbolique, l’une et l’autre mêlées. Celui que je commente hic et nunc en est un exemple. D’autres aussi : témoin « More is Less ». C’est, à mon sens, un art des plus nobles que d’intriquer ces trois registres. Et comment en serait-il autrement, à moins d’imposture ou de faux-semblant ?

  5. Erratum : « les unes et les autres mêlées », et non « l’une et l’autre mêlées » ! Tsss… De pareils solécismes sur un blogue de cette qualité, si c’est pas malheureux !

  6. La mesure du romancé… parfois une cuillérée de trop, parfois une pincée en moins et on bascule du « difficile à croire » au « trop pour être vrai », sans pour autant n’être basé sur rien. Est-ce important de pouvoir peser le Vrai pour pleinement apprécier les mots d’un autre?

    Tant qu’il ne faut pas débourser de l’argent en contrepartie, est-ce un mal de jouer les crédules?:roll:

  7. C’est triste mais le web fonctionne de cette manière. Généralement, on se doute assez rapidement du « mensonge » et de la « vérité ». Quant à la question de l’anonymat … C’est autre chose. Mais le principal n’est-il pas de prendre plaisir à lire quelqu’un ?

    ;)

  8. Tout à fait, tout à fait ! Tant que cela reste de l’ordre de la création littéraire et du blog-plaisir, je ne vois aucun inconvénient à une barrière floue entre réalité et fiction. Mais le fait est qu’on lit des blogs parce qu’ils sont censés être l’expression de gens réels, et qu’on ne les lirait pas sinon (ou avec moins de plaisir).

    Non le plus « grave » c’est lorsque ces blogs disent des choses importantes et sont pris à coeur, ou comme témoins, ou comme éléments « politiques ». Si on commence à se servir véritablement des blogs comme vitrine représentative, alors l’outil devient pernicieux. Et le blog pourra devenir un vecteur de propagande faisant prendre des vessies pour des lanternes. C’est lorsque les propos sont « importants » et véhiculent des idées qui peuvent être manipulatrices que je ne me sens pas à l’aise.

  9. Pour en revenir à whore, qui me laisse un sentiment mi-figue, mi-raisin (mais j’ai des raisons autres que bloguesques), je retiens surtout quelqu’un qui a su nous intéresser, parce qu’il y avait suffisamment d’humanité et de talent d’écriture pour le rendre intéressant. Le blog est-il forcément un outil que chacun utilise pour y raconter sa vie ? Tu as raison, Matoo, de dire que quelle que soit la vérité derrière des écrits, ce sont eux qui compte bien plus que leur réalité.
    Sinon, sommes nous toujours francs et sérieux ? J’en doute…
    Ceci dit, je pense aussi à Ron qui nous expliquait qu’il ne disait pas toujours tout parce qu’on ne le croirait pas :eek:

  10. je suis assez d’accord : sur internet et après un peu de pratique, on sait surtout … qu’on ne sait pas !
    moi j’ai commencé avec irc ( un peu ) et icq, beaucoup… au début on parle à tout le monde et ensuite on entend toujours les mêmes bobards, les mêmes formules, on a quelques déconvenues aussi. Au lieu de faire confiance a priori, on finit par prendre conscience de la quantité de choses qui peuvent être cachées par ce moyen de communication. Alors on doute, et on fait bien !

    je rebondis sur la comm’ , elle a bien deux sens dans les blogs : celui qui (se) communique avec l’extérieur, qui se livre plus ou moins mais dont le message a des racines plantées dans la réalité, et celui qui  » fait de la comm’  » .
    le problème, c’est l’attachement qu’on a à parler à de vrais gens et à considérer des témoignages véridiques comme plus valides, et tu as raison, ces blogs de comm’, plus ou moins falsifiés, plus ou moins fictionnels, c’est un danger je trouve, lorsqu’ils sortent du divertissement pur ( ou impur :langue: ).
    dans notre petite blogoboule, je sais qu’il arrive parfois que sorte l’argument :  » mais non ( mais si ) , je connais un bloggueur qui …  » …
    un bloggeur, ou un communiquant ? hmm…
    dans un cas l’argument est valide, de l’autre il est corrompu par la volonté même de convaincre le lecteur d’un fait artificiel, dans le but que ce lecteur l’amplifie et le répercute, au seul bénéfice de l’auteur.

    je reviens a l’échange internet pour dire que finalement, le seul moyen est de faire confiance oui, mais à ses tripes, à son bon sens, à sa capacité de remise en question des idées et des faits. Je pense que tu as très bien fait de ne pas parler des articles dont tu doutes, et ton doute est salutaire. Rien n’empêcherait qu’une fois renseigné tu nous en fasse finalement part…
    personnellement, cette distance que tu prends ( ce doute ) c’est aussi ce qui m’incite à TE faire confiance :mrgreen: ;-)

  11. Quand je lis « choses importantes et [blogs] pris à coeur », je pense à des vies comme celle de Fabien(.blogs.com) qui sans dévoiler énormément sa vie met le doigt sur ce qui est important pour lui. Ne pourrait-on pas aisément se demander s’il ne met pas intentionnellement le doigt sur ce qui touche pour tester sa façon de raconter? Je ne le fais pas. Et quand bien même ce serait le cas, y’a-t-il un mal à voir ses propres émotions manipulées par du texte. Personne ne force personne à adhérer à une émotion. Mais quand la larme ou le pincement est là, on y a trouvé quelque chose. Dans la forme, dans le fond ou dans les deux.

    Comme tu le disais, Matoo, se raconter c’est déjà modifier un peu. Je n’ai pas les deux pieds dans cette blogoboule dont tout le monde parle. Moi, je ne vois là que de la « fiction réaliste », voire de la « réalité fictionnelle », qu’elle que soit la volonté qui a poussé son auteur à la mettre en ligne.
    Je suis un crédule assumé, mais pas encore victime de mon ressenti. :mrgreen:

  12. ICQ :love: (pour en revenir au débat, « je est un autre » tout ça… peu importe qu’un propos soit fictionel ou documentaire, tant qu’on adhère à la forme, au fond et à l’intention. Si l’on est dérangé par la lecture de quelque chose (quoi que ce soit) c’est plus souvent dû à un décalage entre le point de vue de l’auteur et son propre point de vue sur la question abordée et rarement dû au rapport qu’entretiendrait l’auteur de l’idée avec la réalité de ce dont il parle. Vérité n’est pas réalité; la belle imposture est un art tout à fait respectable. Et puis pour ce qui est des blogs marketing :doute: ça ne tient pas la route de toute façon.)

    PS: Depuis quand la manipulation te dérange :mrgreen: ?

  13. oui, matoo, c’est vrai, certains blogs sont fake. Voilà, je l’avoue, je m’appelle Dominique DeVil et je raconte quelques anecdotes d’un quotidien quelconque que j’aimerais tant vivre pour oublier la pression d’un job pour lequel je ne suis pas fait :petard:

  14. Je témoigne que matoo est bien rél, avec ces taouages et son parapluie à la Marie Popins :mrgreen:

    Par contre, ôtes moi d’un doute la, tu ne t’es pas fait racheté par Endemol ce we?:-)

  15. Interessante analyse, Matoo !
    Quant à moi, j’en suis toujours à me mordre les doigts d’avoir pu laisser croire que ce que j’écrivais sur mon ancien blog pouvait être réel ! Quel con j’ai été ! :mur:

  16. Pour répondre au Monsieur du dessus, sur Ma Marmotte.
    Mon amoureux est français, né en France, éduqué en France. Vouloir déterminer son authenticité par sa grammaire m’a fait sourire, mais gentillement.
    Il ne tombera pas, j’espère, sur ce commentaire, qui lui met dans le museau sa difficulté à s’exprimer clairement au subjonctif, chose que je n’avais jamais noté.

    Il existe, oui. Quelques uns l’ont même vu en vrai. Matoo a failli, il y a deux semaines, mais il ne m’a pas invité au Tango, alors, tant pis.

    En même temps, ne pas voir la tête des gens, ça laisse marcher l’imagination et ça satisfait tout le monde. La vraie vie, des fois, c’est pas glamour.

    Bravo Matoo pour le billet, j’ai cru à mi-parcours que tu ne le finirais pas. C’est pour ça que je dis toujours dans la première phrase où je veux aller, pour ne pas oublier.

  17. Le pire c’est la suspicion. Comme nous vivons dans un monde où il y a tellement d’informations, et une part non négligeable d’informations manipulées, ou d’inventions, ou de messages pour escroquer, etc. Bref, oui ça existe. Ne soyons pas naïfs quand il s’agit d’argent. Car qui de mieux placées que les associations peuvent aider les personnes en difficulté? Nous citoyens pouvons ou devons orienter les personnes qui font appel à nous, mais avons-nous vraiment les moyens de « sauver » les gens, ça, à chacun d’y répondre. Cela étant, je souhaite sincèrement que l’on ne se sente pas le dernier des cons parce qu’on a cru à une histoire. Si on a cru à quelque chose, c’est parce qu’on a accordé sa confiance à quelqu’un. Et il n’y a rien de plus positif que d’accorder sa confiance à autrui.
    Le jour où personne ne fait confiance en personne. Le jour où surtout on voit dans les yeux de l’autre qu’il ne croit pas ce qu’on lui dit, quand on lui explique le problème que nous avons et qu’il est le seul à pouvoir mettre un putain de tampon sur sa fiche pour régler notre problème, franchement, j’aimerais pas être là. Alors, avant qu’on arrive à cette extrême, j’aimerais bien qu’il y ait cette présomption de confiance, et qu’on soit suffisamment beau joueur pour accepté de s’être fait avoir. Est-ce si grave? Non. De s’être fait avoir non. Ce qui est grave, c’est de si mal le supporter que l’on devienne suspicieux. Car les suspicieux sont ceux qui paradoxalement se font le plus facilement manipulés par ceux qui ont compris qu’ils l’étaient, et les plus enclins à passer à l’acte.
    La suspicion existe particulièrement en tant de guerre, et elle a servi à montrer le pire de l’être humain. Gageons qu’on n’en arrive pas jusque-là.

  18. Je suis tout à fait d’accord avec toi, Matoo. Je me souviens des interrogations qu’avait fait naître le blog de Nico Da Fu, alias Hans Castorp, blog de lycéen gay très (trop) cultivé. En définitive, ce blog avait épuisé mes compétences textuelles pour déterminer s’il était vrai ou « fake ». ET finalement ce n’était pas le plus important, que l’auteur ait été réel ou fictif, les textes possédaient leur valeur propre. C’est dans les cas de manipulations que tu rapportes que l’éthique des blogs apparaît irrémédiablement blessée.

  19. Les faussaires existent depuis belle lurette. Dès qu’il y a un media pour s’exprimer (parole, journal, livre, tchat, blogues etc) il y a forcément la tentation de livrer des faux messages. Que faire à part être doté d’un bon esprit critique ? C’est un défi toujours plus grand à l’heure où l’offre en matière de medias explose.
    Mais les « faussaires » ne sont pas tous des escrocs ou des pédophiles. Qui ne s’est jamais laissé charmer à l’écoute ou à la lecture d’une personne qui sait enjoliver la réalité. Les conteurs et autres raconteurs de belles histoires ne sont rien d’autres que des faussaires talentueux et inoffensifs. Nous sommes tous des faussaires. Quand j’écris un courriel à un ami, j’ai tendance à ne parler que de ce qui va bien. A d’autres amis, je vais parler de ce qui ne va pas. Quand toi Matoo tu écris une page de blogue, que tu le veuilles ou non tu vas taire certains détails de l’histoire et au contraire mettre de l’emphase sur d’autres. C’est ce qui fait le talent des gens qui écrivent bien. Ils mettent l’accent sur des choses que nous ne percevons pas toujours quitte à occulter le reste.
    Tous autant que nous sommes nous sommes amateurs et clients de belles histoires. Si nous ne devions êytre que factuels dans ce que nous racontons, la vie serait bien triste. Les plus grands faussaires sont les artistes et nous sommes bien souvent des victimes consentantes.

    Dans un registre moins sérieux même Oprah (oui la grande Oprah) s’est récemment fait avoir. Elle a présenté à son émission la soi-disante autobiographie de James Frey « A Million Little Pieces ». Et quand Oprah présente un livre c’est qu’elle y croit. Or vlà ti pas que quelques semaine plus tard on apprend que James Frey a brodé autour de quelques expériences qui n’étaient pas forcément les siennes pour écrire son bouquin. Vexée, Oprah l’a présenté par la suite comme un faussaire. Or le livre est ce qu’il est. Présenté comme une autobiographie ou comme un roman, une fiction, il reste le même. Le livre n’en est pas moins vrai, ses qualités littéraires sont a priori les mêmes. Mais pas dans une émission qui carbure aux émotions des « vrais » gens.

  20. Matoo, tu évoques le leurre, la propagande, le doute, la sensibilité, les épanchements, la crédulité, les émotions et les frustrations vis-à-vis d’un média, mais tu tournes autour du pot : celui de la (de ta ?) définition de ce que « devrait-être » un blog, voire un « blog éthique »… Un blog peut-il se définir comme on compartimente roman, poésie, essai, autofiction, témoignagne ?
    Perso j’ai fait le choix, via mon carnet, de l’authenticité du contenu mêlé au laboratoire de la forme : ai-je tort de ne pas écrire comme je parle, au risque de duper par le « style » mes potentiels visiteurs ?

  21. Puisque « Mathieu » a décidé de tout dire pourquoi n’ avoue-t-il pas que ce blog est en fait tenu par Odette Pinto http://www.odettepinto.com/recull_llibre/fotos_llibre/imagepages/imageindex.html#image1 et que le garçon présenté en photo ne s’ appelle pas Mathieu maisGwenael le Touffard et tient un blog sur skyblog depuis 6 ans où il relate son aventure sur matooblog.net en compagnie d’ Odette Pinto et qu’ ils se prennent pour J.T Leroy ? Hein Pourquoi il ne le dit pas ?
    :afro:

  22. Est-ce que tu as lu la nouvelle « True Names » de Vernor Vinge, celle qui est censée avoir « inventé » le cyberespace ? Si non, tu dois absolument la lire, parce que c’est essentiellement ce dont tu parles : qu’est-ce que c’est qu’avoir un Vrai Nom, et être une Vraie Personne, sur le Web ? Je recommande notamment cette édition-ci, où la nouvelle a l’intérêt d’être précédée d’un certain nombre d’essais (ou autres nouvelles), dont la plupart sont très intéressants, sur des questions apparentées (je crois me rappeler qu’il y a un essai sur la notion de confiance dans le cyberespace et son rapport avec le Vrai Nom, qui est très lié à ce que tu évoques).

  23. Et bien je vais faire ma konass deux minutes.
    Excusez moi les gars mais quand j’entends dire que les auteurs de blog font de la littérature je me marre un peu. Quel est le projet? Quel est le rapport a la langue? Quel est le rapport à la fiction? Quel est l’engagement?
    Je sais pas c’est l’effet star ac peut etre… je braille: je suis chanteur, je blogue: je suis auteur… ou plus prosaiquement, je prends mon vélo pour faire mes courses au colbert: je suis coureur cycliste.

    Quant au rapport au virtuel, cela s’appelle la subjectivité… Elle est le propre du propos rapporté quel qu’il soit. Mattoo devant le 20 heures ne t’es tu jamais demandé si on ne racontait pas que des bobards?

    D’ailleurs ou est il ecrit que les blog devaient dire « le vrai »?

    et d’ailleurs, c’est quoi le « vrai »?

    Pour moi l’interet du blog est les histoires qu’ils racontent , comme la presse people le véracite stricte me semble bien peu utile.

    M’enfin je dis ca hein, comme d’hab je dis rien…

    allez je vais faire ma vaisselle.

    yann :boulet:

  24. Je suis content de ne pas être le seul à m’être posé la question de la véricité de cette histoire de meurtre homophobe. Ils sont relativement rares en France (heureusement !) et on est quand même un peu au courant quand ça arrive, et celui-ci ne me dit rien…

  25. Ayant moi-même un petit blog et lisant plusieurs blogueurs de ce monde, c’est un fléau que j’ai souvent remarqué et qui me désole. Un blog peut certes avoir un aspect littéraire, mais je suis persuadée que si l’on veut réellement écrire une histoire, la meilleure place se trouve dans les bouquins. Quand aux fausses identités, aux fausses vies, je trouve cela dommage étant donné que parmi ces ursupateurs, il y a dans le web des gens géniaux avec qui partager est vraiment exaltant. On ne connaît pas toujours ceux qu’on lit (la preuve, je ne te connais pas, mais je lis ton blog depuis plusieurs mois), mais ce qui est intéressant d’un blog selon moi est d’apprendre des expériences des autres, de rire un coup, d’être touché et finalement se retrouver un peu dans ce qu’ils disent. Quant à démêler le faux du vrai, cela prend un peu de temps, que l’on soit sur un chat, un blog ou un forum, mais quand cela est fait, on peut faire de belles découvertes, comme ton blog^^. Il reste à savoir ce qu’on accepte de lire en tant que lecteur à ce moment-là…

  26. Matoo : nous ne sommes malheureusement pas tous égaux face à la manipulation des mots (qu’ils soient énoncés dans la rue ou sur le net). Il faut voir que le web n’est qu’un espace d’échange, du moment que tout ce qui est dit ou fait t’intéresse, tu ne peux qu’approuver (même s’il y a une part immense de mensonge).

    Par ailleurs, copier / coller un blog ne s’appelle pas faire partie du web, ça ne s’appelle pas tout simplement. Un univers à part, celui des doublons. Ceci étant dit, se faire plagier montre que quelque part les écris sont plus qu’intéressants.

    ;-)

  27. Je trouve que la réflexion de libellule rouge est frappée au coin du bon sens.
    Il est bon d’user de son esprit critique quand on lit un blog (comme quand on lit un journal) mais remettre en cause systématiquement la véracité de tout témoignage qui sort un tant soit peu de la norme tient davantage de la bêtise.
    D’autant que ces  » plus malins que les autres  » ne doutent jamais de leur propre jugement souvent nourri par de puissants préjugés.
    Le commentaire de surrealatino citant le cas du blog d’un jeune gay dont le pseudo était Hans Castorp m’a rappelé la détestable attaque dont celui-ci a été victime en juin de l’année dernière.
    J’ai toujours en mémoire (car j’ai une mémoire d’éléphant :-) )les mots du sale type qui a écrit :
     » moi je crois en effet que ce Hans Castorp est un habile mystificateur déjà mûr et qui tente de vivre ici par la magie des mots une adolescence selon ses rêves « .
    Ces propos péremptoires ont brisé net le plaisir d’écrire d’un garçon au talent prometteur conduisant à la fin prématuré de son blog à mon grand regret.
    Tout cela parce qu’il semblait difficilement concevable qu’un gamin de 17 ans écrive si bien voire si juste et que son histoire d’amour avec un camarade de lycée puisse se dérouler sans rencontrer d’hostilité majeure alors qu’elle se passait dans une  » petite  » ville de province.
    Pourtant sans avoir à m’épuiser en analyse textuelle je peux confirmer à surrealatino que c’était vrai même si des effets de style rendaient quelquefois les contours de cette histoire un peu irréels notamment parce que le nom de la sympathique ville de l’ouest où elle prenait cor ne fut jamais cité, ni sa rivière, ni le nom du fleuve tout proche.
    Bien avant l’affaire Garfieldd, l’auteur de ce journal en définitive très intime tentait de protéger ainsi son anonymat de l’implacable  » google « .
    Il est dommage que peu ont compris cela.

  28. Je te remercie Gast pour ces précisions, j’ai adoré le blog de Hans Castorp, et j’ai beaucoup regretté qu’il l’ait fermé, privant les internautes de sa sensibilité. Mais je rejoins Yann sur l’absence d’obligation à respecter la vérité dans un blog, tout en évitant bien sûr les manipulations qui desservent des personnes ou des causes. Super Matoo d’avoir lancé le sujet ! :kiss:

  29. Puisque Gast, avec qui je corresponds régulièrement, m’a signalé qu’on évoquait mon « cas » dans ces commentaires (je ne lis d’habitude que les billets eux-mêmes via Bloglines), je veux juste dire que j’existe toujours (!), que je continue à écrire quelque part, chaque jour ou presque ; simplement j’ai choisi de le faire dans un blog qui n’est référencé nulle part ; je n’en donne jamais l’adresse et l’on ne peut y arriver que par hasard ; autant dire qu’il a fort peu de lecteurs. Je n’ai donc pas été dégoûté de tenir un blog, mais en revanche j’ai développé une certaine méfiance vis-à-vis d’un certain type de lecteurs. Car si l’on parle des auteurs, il y aurait aussi beaucoup à dire des lecteurs…
    En bref, je tiens un journal en ligne davantage qu’un blog, et ne me soucie pas d’être lu ou de recueillir des commentaires.
    Amitiés d’Angers, jolie ville (pas si petite) baignée par la Maine et la Loire…

  30. Une décennie plus tard, je google « Nico Da Fu », je tombe sur cette page, et je me rends compte que mon cerveau ne m’a pas joué de tour…
    J’étais un vrai fan de la prose de Nico ; la preuve, c’est que 10 ans plus tard, je me souviens encore de ce qu’écrivait ce jeune ado. Ses mots me touchaient, me portaient un peu aussi, et j’ai aujourd’hui une vraie nostalgie de ces quelques années d’innocence auxquelles ce blogueur avait un tout petit peu participé.
    Matoo, si jamais tu as son contact, n’hésite pas à m’en faire part, j’aimerais lui dire merci ;)

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