Felice Varini au musée Bourdelle

Emile-Antoine Bourdelle (1861-1929), dit Bourdelle, oui bon bah je ne savais même pas qui c’était ce type. La honte. C’est en lisant un post de Higgins à ce sujet, que j’ai eu envie de découvrir ce petit musée de la ville de Paris, ainsi que l’exposition temporaire très contemporaine. Je suis enchanté de cette visite, tant l’exposition que la collection permanente, et l’endroit même. Vingt ans d’écart avec Rodin (1840-1917), Bourdelle a d’ailleurs travaillé pour ce dernier comme praticien dès 1893 (et jusqu’en 1908). Ce musée lui est donc consacré, et célèbre la création d’un incroyable sculpteur.

Felice Varini est un artiste contemporain au travail assez fascinant, il inscrit des motifs géométriques dans des espaces « réels », et ainsi en change la perception. Concrètement il colle par exemple des rubans rouges sur un bâtiment mais de telle manière que les lignes soient parfaitement rectilignes selon un point de vue. Du coup selon l’endroit et la manière d’où l’on regarde, la géométrie est plus ou moins « canonique ». C’est à la fois un jeu formel, mais aussi une manière de faire courir son regard d’un point à un autre lorsqu’on s’amuse à suivre ces lignes de « vue » curieusement matérialisée.

Varini est intervenu à plusieurs endroits de la collection permanente, et aussi dans des salles plus ou moins dédiées. Dans le grand hall qui contient les oeuvres monumentales de Bourdelle, il dessine ainsi des lignes rouges entre les différentes sculptures. Autant de chemins possibles pour le regard et une géométrie aussi esthétique qu’inattendu dans un tel lieu.

Felice Varini au musée Bourdelle

Sinon, un peu comme on le découvre sur une vidéo, des maquettes ou des photographies, l’artiste a utilisé la perspective de plusieurs salles en enfilade pour créer le genre de trompe-l’oeil qu’on retrouve sur des monuments entiers. Ainsi en se plaçant correctement, on peut avoir une vision parfaite du motif originelle, résultante autant distordue qu’on se déplace et qu’on évolue dans l’espace.

Felice Varini au musée Bourdelle Felice Varini au musée Bourdelle

J’aime vraiment beaucoup cette démarche, qui me fait un peu penser à Christo et ses emballages, et qui est plutôt ludique et qui éveille la curiosité. En outre, l’artiste n’essaie pas non plus de nous faire avaler une théorie alambiquée, et cette relative simplicité dans son travail, des lignes tracées la nuit grâce à des projecteurs sur des bâtiments (et puis on colle des rubans sur les lignes), en contraste avec ses effets spectaculaires sur le public font que j’ai beaucoup apprécié son oeuvre ainsi présentée.

Mais cette visite fut l’occasion de connaître Bourdelle et son oeuvre. Le musée consiste une très belle bâtisse qui a subi des extensions intéressantes assez récemment, ainsi qu’un jardin très agréable. Le tout est agrémenté de kyrielles de sculptures de tous les genres, et plutôt de grandes tailles. En effet, il a beaucoup travaillé pour des monuments, des fontaines ou des façades de bâtiments. Mais même à des dimensions monumentales, certaines allégories m’ont frappé par la richesse de leurs attitudes et par l’expression de leurs traits. Ainsi « L’Eloquence » qui trône dans le jardin (qu’on regarde forcément de très bas, vu sa taille) a un visage extraordinaire dont émane une singulière dignité.

Comme Higgins, « Bourdelle » pour moi c’est avant tout la Maillant dans le cultissime « Papi fait de la résistance », mais dorénavant je me souviendrais qu’il est le sculpteur dont l’oeuvre majeure a orné mes cahiers d’écoliers. Les fameux cahiers « Héraklès » de mon enfance avaient en effet comme emblème la statue de « Héraklès archer » de Bourdelle.

Cahier Héraklès

Cette sculpture est vraiment superbe, et elle impressionne vraiment de par cette tension extrême qui se répercute la musculature du demi-dieu, ainsi que sa posture et l’arc gigantesque qui animent le tout avec une grande énergie.

"Héraklès archer" de Bourdelle

J’ai aussi beaucoup aimé son « Adam » dont la posture un peu alanguie et l’expression sont très particulières.

"Adam" de Bourdelle "Adam" de Bourdelle

Sans conteste, l’oeuvre qui me plait le plus est celle-ci. « Le Jour et la Nuit », je ne sais pas si vous le voyez bien mais la Nuit est cachée derrière l’épaule du Jour. Les expressions, le sens du détail et de la pose, tout le plait là dedans.

"Le Jour et la Nuit" de Bourdelle

Et pour finir, un superbe visage (L’Epopée polonaise) qui a servi pour un monument à Mickiewicz (poète et activiste polonais, un des grands symboles patriotiques du pays). Apparemment c’est la femme de Bourdelle qui a servi de modèle, et je suis impressionné par la rigueur et la rectitude du visage. Je lui trouve une attitude incroyablement altière.

"Epopée Polonaise" de Bourdelle

Il faut absolument aller visiter ce musée (de la Ville de Paris, donc gratuit pour la collection permanente, et pas cher pour l’exposition) et profiter du jardin s’il fait beau. Une très chouette balade du dimanche à deux pas de Montparnasse.

PS : Je viens de lire (en tapant les noms des deux artistes dans google) que je ne suis pas le seul à avoir fait le lien entre Varini et Christo. Walalalala, ça me fait plaisir !

10 Commentaires

  1. :boulet:
    je persiste et je signe: nouvelle manifestation schyzophrénique de la cybercréature qui peut à la fois se la péter à une soirée Pink, gigoter dans un backroom sur Madonna et disserter sur l’esthétique de Varini; il manque l’écoute assidue du derier Scott Walker pour faire bonne mesure!
    Mais que fait Nicolas Police? :eek:

  2. Xarro> Ouiii j’ai pu constater cela sur place !!
    L’Arno> Bah c’est bien possible ! On trouve dans sa bio : « 1993 Station Jean-Jaurès, Métro de Toulouse ». C’était ça ?

  3. tu as nettement mieux approfondi le sujet… du coup j’ai presque honte d’avoir abordé bourdelle et varini aussi rapidement; mais je suis touché et heureux non seulement de t’avoir fait découvrir mais aussi que tu aies aimé… Merci pour les images que j’avais eu la flemme de chercher, notemment le cahier héraklès.
    Abraço (je baigne dans un milieu brésilien…)

  4. Matoo > Ben, c’était il y a bien longtemps, 13 ans en effet, je ne suis pas retourné à Toulouse depuis. Ca doit être celle-là. Merci ça va me changer ma life, je ne pensais qu’à ça depuis… :afro:

  5. Bonjour
    Si quelqu’un est intéressé je suis en train de restaurer un bronze représentant Héraklès archer de Bourdelle (32cm/32cm) sur socle marbre
    le prix serait de l’ordre de 300,00 € (bronze réalisé selon la technique de la cire perdue)
    Salutations

  6. bonjour, je suis interessée par l’archer herakles, quand terminerez vous la restauration? où peut on le voir? merci de votre répnse

  7. je me permet de relaisser un message avec mes coordonnées pour l’héraclès de Bourdelle que vous êtes en train de restaurer, si vous avez l’obligeance de me contacter : margojp@tiscali.fr
    je vous remercie par avance.

    Marguerite Benazeraf

  8. En fait, je suis un peu perplexe en voyant les oeuvres de Varini.
    Car en fait, je m’étais déjà extasié devant le travail de Georges Rousse, qui créait des scénographies un peu du même genre: des pièces entières peintes apparemment de façon aléatoire. Et puis, au final, un unique point de chute, depuis lequel tout se mettait en place, et cette délicieuse impression de voir l’image se décomposer lorsqu’on s’en éloignait…
    Des arcs biscornus qui s’assemblaient pour concourir en un cercle parfait. Des lignes courbes qui se déformaient pour apparaître parfaitement droite au final.
    Je trouvais juste l’idée magique.
    A la base, il est photographe, et ces mises en scène sont avant tout là pour une photo. La photo finale du montage, avec cette étrange impression de trompe l’oeil, d’éphémère, de fragile.
    Pendant longtemps, j’avais cherché un recueil de ses photos, en vain. Et finalement, j’ai eu la surprise de voir qu’une expo lui était consacrée à la Maison des Arts de Malakoff. Beaucoup de photos, mais aussi une oeuvre créée dans la Maison elle-même, pour l’occasion.
    Juste un pur régal.
    Et puis, en allant au MacVal il y a quelques semaines, j’ai vu un montage de Varini, justement. A nouveau, une oeuvre directement « peinte » sur les murs et colonnes du musée.
    Et là, je me suis demandé qui avait copié qui.
    En fait, je ne suis même pas sûr qu’on puisse vraiment parler de plagia, je pense qu’ils ont une démarche du même ordre, mais avec chacun leur vision, et leur « patte ».
    Mais retrouver ce même effet chez deux artistes différents m’a fait un peu perdre de ma candeur.
    J’étais prêt à crier au génie avec G.Rousse, je ne serais plus si enthousiaste aujourd’hui.
    Bref, si tu as l’occasion, regarde aussi quelques photos de lui; ça devrait te plaire.

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