Linné : Classer la nature

Oh là là, encore un preuve de ma crasse ignorance, mais bon il n’est pas trop tard pour apprendre. Parce que Linné moi, je ne savais vraiment pas qui c’était avant de lire ce magazine (Les génies de la science N°26 Février-Mai 2006). J’ai même eu la stupidité d’affirmer qu’il s’agissait d’un magazine sur un scientifique français à ma traductrice suédoise qui l’avait vu traîner sur mon bureau. Elle m’avait alors regardé d’un air très bizarre comme si j’avais dit un truc vraiment très con.

Avec un nom pareil, je pensais vraiment que c’était un naturaliste français des Lumières (en ayant vaguement vu la couverture). J’ai rapidement découvert que Linné, de son véritable nom Carl Linnaeus, est né en 1707 dans le sud de la Suède, et qu’il est un héros national omniprésent de ce pays scandinave. Je suis vite allé dire à la traductrice que j’étais en effet un gros con, et nous avons bien rigolé.

Linné est donc internationalement connu depuis plus de 250 ans pour avoir publié en 1735 son « Systema naturae » qui propose une manière concise, efficace et précise de classer la nature. Depuis lors, son système a certes été perfectionné et révisé, mais il reste une référence en la matière, et le personnage demeure un scientifique au charisme indélébile. La preuve étant les « sociétés linnéennes » qui sont des associations qui ont été créées à l’époque, et qui sont toujours en activité. De groupuscules élitistes et vouant quasiment un culte à leur Linné-démiurge, ce sont aujourd’hui des associations type loi 1901 qui aident à « mieux connaître et faire connaître les sciences naturelles ».

Son classement me fait un peu penser à Mendeleïev et sa « classification périodique des éléments », c’est-à-dire que le fait d’ordonner comme cela la nature permet au final d’en dégager des schémas logiques, et ouvre à bien d’autres perspectives que la simple mise en catalogue. Linné crée surtout sa nomenclature binomiale qui remporte tous les suffrages par sa concision et sa précision.

Un binôme linnéen se compose de deux mots latins : le premier, un substantif commençant toujours par une majuscule, indique le nom du genre auquel appartient l’espèce étudiée, le deuxième, une épithète toujours en minuscule dit « nom trivial », donne le nom de l’espèce. Par exemple : Canis familiaris pour le chien, Canis lupus pour le loup, qui appartient donc au même genre que le chien.

Il est drôle de constater que Linné fut décrié en France, et que de grands hommes de l’époque (La Mettrie, Buffon, Maupertuis, Diderot) ont farouchement lutté contre, et critiqué les méthodes linnéennes. Il a fallu attendre les trois Jussieu (Bernard, Antoine Laurent et Adrien) pour que le système soit réhabilité, et amélioré par « la méthode naturelle de Jussieu ».

Le magazine dresse un portrait extrêmement complet et passionnant du scientifique (70 pages !), mais aussi de la manière dont son oeuvre a traversé les époques et les polémiques. Linné était assez charismatique et rigoureux pour qu’un véritable culte naisse de ses recherches et de son opiniâtreté.

Rappel :

Les Taxons

Les naturalistes ont réparti les êtres vivants en différentes catégories dont les principales dans l’ordre décroissant de niveau, sont :

Le règne (bactéries, protoctistes, plantes, champignons, animaux)
L’embranchement ou phylum (Arthropodes, Mollusques, Chordés, etc.)
La classe (Crustacés, Arachnides, Insectes, Poissons, Oiseaux, Mammifères, etc.)
L’ordre (Coléoptères, Diptères, Hyménoptères, etc.)
La famille (Canidés, etc.)
Le genre (Canis, etc.)
L’espèce (chien, loup, chacal, renard etc.).

Chacun de ces groupes constitue un taxon. Ainsi le loup (Canis lupus L., 1758) appartient au genre Canis, à la famille des Canidés, à l’ordre des Carnivores, à la classe des Mammifères, à l’embranchement des Chordés et au règne animal.

Linné : Classer la nature N° 26 - Les génies de la science

13 Commentaires

  1. Il y a un truc que je comprends pas…

    Si le loup est « Canis lupus » (canis = le genre de l’espèce ; lupus = le nom de l’espèce), pourquoi y a-t-il écrit, dans le petit paragraphe sur les Taxons, la liste d’exemples suivante :

    Le genre (chien, loup, chacal, renard, etc.)

    Comment le loup (canis lupus) peut-il appartenir, ainsi, au genre « canis » si – dans la liste d’exemples du « genre » – il est donné « chien, loup, chacal, renard, etc. ».

    Y a pas comme une erreur de ligne, mon Matoo ? Cette liste ne correspondrait-elle pas à « l’espèce » ?

    Sinon, ben merci parce que je passe souvent devant une rue Linné et je savais même pô qui c’était.

    :pompom:

  2. Matoo, vilain garnement, corrige moi ça de suite: le règne des bebetes unicellulaires eucaryotes c’est les PROTISTES, pas les PROTOCTISTES… Ceci dit, apparement, « protoctiste » se dit, mais ça me semble pas correct, ou alors rapidement traduit et nouvellement utilisé (le google fight + mon immense savoir dans le domaine me donnent raison ;)

  3. J’ai recopié ça du magazine… mais après vérification, ils s’étaient bien plantés pour l’espèce, donc peut-être aussi pour les protocmachins. Souvent ce sont des dossiers traduits de mags anglosaxons…

  4. La classification RECOFGE (Règne-Embranchement-Classe…) a pas mal dû s’adapter lorsqu’on a commencé à étudier la phylogénie de façon vraiment systématique (et génétique), c’est-à-dire avec l’idée que chaque taxon doit représenter non plus un caractère morphologique mais un ensemble de descendants (un clade) d’un même ancêtre, soit la recherche de l’arbre phylogénétique Vrai. On découvre par exemple que les reptiles n’ont pas de sens du point de vue phylogénétique (c’est-à-dire que si on inclut dans un clade tous les reptiles actuels, on doit aussi y inclure les mammifères), pas plus que les poissons (l’homme est beaucoup plus proche d’un saumon que le saumon l’est d’un requin). Au niveau nombre de noeuds, on a créé des sous-embranchements, des super-ordres, des infra-classes, en quantité impressionnante, ce qui était prévisible puisque l’arbre phylogénétique Vrai, il est essentiellement binaire. Et bien sûr ça change tout le temps. En attendant, ToLweb.org et WikiSpecies donnent un aperçu saisissant de ces constructions.

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