Livre 5 – V

On n’a pas lieu d’admirer ton acuité d’esprit. Soit. Mais il est bien d’autres qualités dont tu ne peux pas dire : « Je n’ai pour elles aucune disposition naturelle. » Acquiers-les donc, puisqu’elles dépendent entièrement de toi : sincérité, gravité, endurance, continence, résignation, modération, bienveillance, liberté, simplicité, austérité, magnanimité. Ne sens-tu pas combien, dès maintenant, tu pourrais acquérir de ces qualités, pour lesquels tu n’as aucune incapacité naturelle, aucun défaut justifié d’aptitude ? Et cependant tu restes encore de plein gré au-dessous du possible. A murmurer, lésiner, flatter, incriminer ton corps, chercher à plaire, te conduire en étourdi et livrer ton âme à toutes ces agitations, est-ce le manque de dispositions naturelles qui t’y oblige ? Non, par les Dieux ! Et, depuis longtemps, tu aurais pu te délivrer de ces défauts, et seulement, si c’est vrai, te laisser accuser de cette trop grande lenteur et de cette trop pénible difficulté à comprendre. Mais, sur ce point même, il faut t’exercer, et ne point traiter par le mépris cette lourdeur, ni t’y complaire.

Pensées pour moi-même, Marc-Aurèle.

Voilà. Plutôt que de se plaindre, il faut évaluer le problème et le résoudre. Si l’on manque de telle ou telle qualité, il suffit de l’acquérir. Tout cela est en notre contrôle, et donc ne repose que sur notre volonté et persévérance. Une des pensées récurrentes de l’empereur est qu’on peut agir sur ce qui dépend de nous, et cela ne sert à rien de se prendre la tête sur ce qui n’en dépend pas. Or on a justement tendance à se mettre martel en tête à propos de ce sur quoi on ne peut agir (et donc pédaler dans la choucroute), tandis qu’on simule l’impotence ou qu’on ignore les domaines d’amélioration à notre portée. C’est tellement plus simple d’être dans l’impasse et de gésir, et tellement pratique de ne pas prendre ses propres « problèmes » à bras-le-corps.

8 Commentaires

  1. ça me fait plaisir de te voir dans ces dispositions, mais dis-moi, il mangeait déjà de la choucroute, le Marc-Aurèle, t’es sûr ?:afro:

  2. Ah oui, bon anniversaire, cher insulaire lettré. A propos, entre gésir et gémir , mon coeur balance, surtout avec ce temps parisien calamiteux auquel, j’espère, tu échappes en ce moment

  3. Phil> Nan gésir c’était vraiment ce que je voulais dire, mais j’avoue que c’est surtout pour utiliser ce verbe si rarement mis dans cette forme (c’est l’infinitif de « gisant »).
    :afro:

  4. Je connaissais : ci-git mon commentaire, mais gésir n »est pas de mise, aux Marquises….euh non, à Oléron. D’ailleurs, c’est marrant, je lis aussi souvent le blog de XIII, qui en en vacances sur l’île de Bréhat. Solidarité insulaire de la blogosphère? Enfin, continue à nous abreuver de mots inusités, ça fait bouger les quelques neurones qui me restent. Bonne fin de vacances et ne te fais pas piéger dans le passage du Goix. Et encore bon anniversaire, vieux Matoo!

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