La jarretière

Ce matin, dans les 7 secondes qui me servent à savoir comment je vais m’habiller, quelques dendrites me chatouillent le neurone embrumé, ce dernier me rappelle que je dois mettre un costard. Du coup, je tire une chemise de l’armoire, sors le fer à repasser avec sa table, dégage un costume sur son cintre. « Tiens ! », je me dis, « c’est le costume que j’avais mis la dernière fois pour le mariage de Jo ».

Je me prépare illico comme tous les matins, puisque comme tous les matins, je ne suis pas en avance. Mais finalement, j’arrive à mes fins, et je sors de l’appart tout pimpant avec mes zolies sossures que j’ai même pris le temps de cirer. J’hèle un taxi et je lui demande de me déposer dans la 7ème rue… heu nan, évidemment, là je rêve. Donc je prends ma ligne 11 à Goncourt, et puis mon RER A à Châtelet (oui nous les parigots, on s’approprie vachement nos transports, c’est MA ligne !). Comme il est très tard, je n’ai pas de difficulté à m’asseoir, et je me retrouve en face d’un jeune homme charmant, et de deux amies qui sont en grande conversation matinale.

Le mec me mate deux secondes, et tandis que je rouvre mon bouquin (que je garde à la main dans les correspondances, quand je ne lis pas carrément en marchant), j’en profite pour lui renvoyer la pareille. Je me la joue grave avec le costume, genre chuis un homme un vrai, alors que d’habitude j’ai un ticheurte Levis et un jean élimé. L’air dégingandé, je souris et je commence à lire, j’assure grave, avant l’arrivée à la Défense il va certainement me glisser son numéro de téléphone. Bon ça, c’est dans ma tête, et je chasse vite ces chimères, sinon je n’arriverais jamais à rentrer dans ma lecture. Et si je ne tourne pas les pages, ça va se voir, et je vais avoir la téhon. Aaaaaaaaaaah mode parano ON ! :mrgreen:

Et puis, je sens un truc dans ma poche intérieure gauche, un gros truc comme des kleenex en boule. Du coup, je glisse la main droite dans ma poche, tout en continuant à bouquiner. Et là j’en sors une SUPERBE JARRETIERE !

Instant sublime où le temps s’arrête, où la honte se cristallise et où l’on voudrait vraiment n’être jamais né. Temps mort. Je suis en costard et je viens de sortir de ma poche intérieure la jarretière de la mariée de la dernière fois ! Les deux meufs et le mec ont les yeux pointés sur ce petit bout de dentelles orné de jolies perles, et moi je deviens cramoisi (ce qui arrange grave la situation). Je souris comme je peux… je rigole, me mords la lèvre inférieure et tente d’ignorer les rires et pouffements de mes compagnons de route. Je range l’objet du délit, et j’ai simplement HATE que l’on arrive. D’un seul coup, le mec ne m’intéresse plus du tout, et mon bouquin est totalement passionnant. Ce n’est pas si grave je viens de passer pour un pervers ou un fétichiste. :mrgreen: (C’est tellement moi ces conneries…)

En effet, pour avoir su que la Volga était le plus long fleuve d’Europe (oui je sais ça dépend jusqu’où s’étend l’Europe) avec 3700 km, j’avais gagné la fameuse jarretière que j’avais mise innocemment dans ma veste. Et elle y est sagement restée jusqu’à ce funeste matin.

La Jarretière

(J’ai vu Ron ce soir, il peut témoigner qu’elle était bien dans mon sac !)

23 Commentaires

  1. Et bien je ne te félicite pas.

    Déjà que je soupçonnais Fcrank d’avoir quelques tendances secrètes hétérosexuelles… alors si Matoo s’y met, un édifice s’effondre.

    Je vais quitter le navire aussi, tiens.

  2. Génial. Pourquoi t’as eu honte, tu as enchanté la journée de tes trois voisins (combien de fois vont-ils la raconter, celle-là?)

  3. wouarf wouarf wouarf ! et pourquoi t’aurais pas le droit d’avoir une jarretière dans ta poche hein ? en quoi est-ce que ça fait de toi un pervers? :mrgreen:
    (si le mec est pas capable de comprendre ça, c’est certainement pas un mec pour toi)

  4. Peut-être même que, quelque part, sur un blog qu’on ne connait pas encore, un mec est entrain d’écrire quelque chose comme : « je prenais ce matin le métro, comme je prends le métro tous les jours, sans réelement faire attention, toujours à mi-chemin entre le coma et l’éveil normal. J’avais une place assise, bonheur de ceux qui poursuivent leur sommeil dans les transports en commun. Nous ne sommes pas nombreux dans la rame. En face de moi s’assied un jeune trentenaire, l’allure « jeune cadre dynamique ». Il me mate, je sens qu’il est pédé. Ca se sent, ça se voit. On se reconnaît, il parait. Il sort un bouquin, à l’envers. Quelques secondes plus tard, réalisant qu’il ne faisait que semblant, il le retourne. Allez savoir pourquoi, le mec fouille dans ses poches, et en sort « l’objet insolite du mois ». Un truc en dentelle ! Une gaine, une culotte, un string, une jarretière même, je n’en sais rien, mais un truc blanc en dentelle. La honte. Il est au moins aussi surpris que nous, je me marre bien. J’ai fait rire Françoise ce matin, vous savez, ma collègue de la compta qui déprime parce que tous les hommes sont des pervers. Et bien ce matin, j’ai même pu lui illustrer que même les homos se baladaient avec de la dentelle dans le métro. Vraiment une autre époque… ^^ »

    :boulet:

  5. C’est d’autant plus drôle et ironique, le fait que toi, pédé totalement assumé, tu te retrouves avec une jarretière, attribut oh combien féminin, dans la poche ! Sacré Matoo ! :pompom:

  6. Tu aurais été en Angleterre, tu aurais moins choqué…Tu serais même passé pour quelqu’un de très bien : imagine toi, décoré de l’Ordre de la Jarretière !:boulet:

  7. @ Non Matoo, il ne fallait pas rougir et baisser les yeux, simplement faire son petit show, regarder les 3 personnes dans les yeux, esquisser un petit sourire coquin et enfiler la jarretière sous ton joli pantalon de costume. Tu aurais récolté bisous et applaudissements:pompom::pompom:
    et puis pourquoi une jarretière serait forcémement un attribut féminin:mrgreen:

  8. ça aurait pu figurer en bonne position dans un scénar de Queer as folk… j’adorais cette série, mais c’est fini. tant pis;
    hier j’ai découvert tinsel town sur canal jimmy, un peu dans le même goût; excellentissime;
    à voir; ça repasse demain

  9. dans le même style il y a le coup du slip sur la chaussure, très facile à faire : la veille au soir vous vous dessapez vite fait en laissant pantalon et slip en tire-bouchon au pied du lit. Le matin vous enfilez un slip propre suivi du pantalon de la veille. Le temps d’arriver au métro, le slip de la veille est descendu doucement le long de la jambe. C’est sur le quai ou dans la rame qu’il fait son apparition sur votre chaussure. Quelques usagers observateurs et bien réveillés peuvent le voir là mais c’est mieux de le ramasser vous même pour l’amener aux yeux de tous (facon jarretière). Enjoy !

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