« Le Cid » à la Comédie Française

Je n’étais jamais allé à la « Comédie Française », et grâce à Henri, j’ai pu y voir samedi une de mes pièces préférées. Je n’ai pas découvert « le Cid » de Corneille à l’école car ça n’a étrangement jamais été au programme, mais un jour j’étais tombé sur le texte de la pièce dans les bouquins de mes parents. J’avais ouvert ce petit livret (un Larousse Classique qui date de Mathusalem, et que je leur ai subtilisé hé hé hé), et j’avais été happé en quelques vers par ces sublimes répliques, et cette grandiose intrigue. Et « le Cid », de « Rodrigue as-tu du coeur ? » à « Va, je ne te hais point. », en passant par « Nous partîmes cinq cents » et « Ô rage, Ô désespoir », c’est avec Cyrano de Bergerac certainement une des oeuvres les plus connues du répertoire classique. Merci l’école d’ailleurs pour la plupart, ou merci le hasard pour moi, j’ai lu, relu et relu ces alexandrins pendant quinze ans avant de la voir enfin jouée.

Quel plaisir donc de voir ce bijou littéraire pour la première fois en « vrai », et dans un tel écrin que la salle Richelieu en plus ! Malgré tout, je n’ai pas été emballé par toute la représentation, et je me sentais presque coupable d’avoir à reprocher des choses à cette grande institution nationale. Il faut dire aussi qu’à force de l’avoir lu, je m’en suis fait une idée très claire, et que j’ai du mal à accepter quelque dérogation à cela. Et puis je sais que je ne suis pas du tout un spécialiste de théâtre (ni de quoi que ce soit), mais je suis encouragé par cette critique que j’ai trouvée en cherchant quelques infos sur le web.

Cette critique (c’est marrant en regardant la blogroll du mec, je me rends compte que nous avons beaucoup de lectures en commun) est carrément acrimonieuse, et je ne peux pas autant condamner ce que j’ai vu. Mais dans l’ensemble, j’ai aussi été déçu par des éléments qu’il cite. Notamment le rôle principal, celui de Rodrigue, tenu par « Alexandre Pavloff », qui a une diction des plus hasardeuse et donne un rythme vraiment étrange à certaines répliques (j’avais presque envie de me marrer…). Mais aussi Chimène (Léonie Simaga) ou Don Diègue (Roger Mollien) qui, dans une moindre mesure en comparaison de Rodrigue, qui manquaient un peu de panache (à mon avis).

Mais surtout, je n’ai pas apprécié une partie de la mise en scène, il s’agit de cette manière de faire se jeter les gens les uns sur les autres ou sur le sol, ainsi que la direction des comédiens. Le « Ô rage Ô désespoir » scandé à plat ventre exprimait certes le désespoir et la décrépitude du personnage, mais gâchait aussi carrément la force et la tension dramatique du célèbre monologue. Et puis parfois les répliques sont délibérément appuyées et rendues un peu expressionnistes, cela ne m’a pas vraiment convaincu.

Par contre, j’ai beaucoup aimé les costumes et les décors. La simplicité des procédés pour changer de scène ou les accompagnements musicaux, l’occupation de l’espace scénique, tout cela était bien efficace et plaisant. Outre cela, j’ai trouvé que l’Infante (Elsa Lepoivre) était sublime, ainsi que le Roi (Jean-Baptiste Malartre) et le Comte (Christian Blanc) dont l’élocution et le jeu m’ont vraiment transporté. Du coup, j’aurais aisément voulu la comédienne qui jouait l’Infante dans le rôle de Chimène, et aussi celui qui faisait Don Sanche (Loïc Corbery, bien plus mignon et à l’excellente diction) dans celui de Rodrigue.

J’ai passé un très bon moment, et il s’agit d’un spectacle de grande qualité, et qui donne envie de retourner voir d’autres productions dans un tel cadre.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas l’histoire, nous sommes en Espagne dans le royaume de Castille, à Séville, au XIe siècle. Rodrigue est un jeune noble, dont le père Don Diègue est un vétéran respecté de la cour. Chimène est la fille du Comte de Gormas, qui est l’homme fort du moment. Chimène et Rodrigue sont épris l’un de l’autre, et leurs parents voient la chose d’un très bon oeil. C’est l’Infante (la fille du Roi) qui a arrangé cet hymen, elle est amoureuse de Rodrigue, mais ainsi elle sait qu’elle n’en a pas le droit, donc elle veut ainsi étouffer ses sentiments.

Le Roi décide de nommer Don Diègue gouverneur de la ville aux vues de ses grandes victoires militaires passées, ce qui ulcère le Comte, jaloux de cette faveur (il pense qu’il a plus le mérite de cette fonction). Ce dernier provoque donc Don Diègue, et l’humilie d’un soufflet. Le vieil homme ne peut se battre contre le Comte qui est un fin escrimeur. Il va donc trouver son fils, Rodrigue, et lui demande de le venger en combattant le père de Chimène. Rodrigue sait qu’il doit venger son père afin de recouvrer son honneur, même si cela doit lui faire perdre sa Chimène. Mais il sait que dans le déshonneur, il la perdait tout de même.

Rodrigue provoque le père de Chimène et l’affronte désespéré. Il tue le comte. Chimène est alors malmenée entre son amour pour Rodrigue et son honneur bafoué. Elle demande au Roi la tête de son amant pour venger son père, tandis que la ville est menacée par les arabes…

« Le Cid » à la Comédie Française

12 Commentaires

  1. eh beh une grande courge de secode, en entendant Chimène, elle a pleuré; véridique! Comme quoi, même si le Français n’est pas souvent au top, on y arrive à encore à produire le pincipal : l’émotion.
    Bon moi perso, c’est L’illusion comique que je préfère. Et les Paravents; mais bon c’est aut’ chose! :book:

  2. La salle Richelieu, ça doit être les pires fauteuils de tout Paris. Mais la qualité des productions et la magie du lieu font supporter l’inconfort du postérieur…

  3. Et Dieu sait qu’il on dépensé un fric fou pour refaire la salle. Mais Matoo a raison, quand on connait bien un texte on a tendance a s’en imprégner et on refait la mise en scène. Je me souviens encore du Cid joué « moderme » il y a quelques décades, en jean’s avec des échelles et un grand tissu rouge recto, noir verso pour tous décors. Au moins tu as vu cette pièce dans un autre environnement. (j’ai joué Rodrigue une fois… j’étais jeune, prétentieux et mauvais !) A+

  4. Ah la la, Rodrigue et Chimène, après Cyrano, Christian et Roxanne… Les souvenirs de mes lectures d’antan remontent. :book:

    « d’antan », ça y est, moi aussi j’arrive à la 30aine, la jeunesse me paraît bien loin… :lol:

  5. moi j’ai pleinement goûté mon plaisir d’entendre des vers loin de mes souvenirs de collège…
    j’ai été aussi assez gêné par la diction de Rodrigue… je pense que c’est une volonté de la mise en scène, destinée à marquer l’impétuosité de son caractère adolescent, c’est dommage parce que l’énergie et les intentions qu’il apporte sont plutôt bonnes… en revanche j’ai adoré chimène, l’émotion qu’elle arrive à garder pendant toute la pièce, le rapport très réussi avec sa suivante. Bravo au Français et à Brigitte Jaques-Wajeman de donner leur chance à de jeunes comédiens (comme Rachida Brakni dans Ruy Blas en 2002…)

  6. tout le monde à plat ventre , comme c’est vrai. C’était déjà régulièrement comme ça quand j’y allais. Maintenant ça m’énerve trop^^

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