Le Caïman

On avait d’abord annoncé ce film comme un « Michael Moore » version anti-Berlusconi, mais les potes qui sont allés le voir m’ont plutôt expliqué qu’il s’agissait avant tout d’une comédie dramatique qui cachait en effet quelque facette politique. Et c’est vraiment plus ça qu’un vulgaire documentaire en forme de libelle. Nanni Moretti livre là un film qui m’a vraiment plu, il réussit à parler de Berlusconi en abîme tout en concentrant sa narration sur l’histoire de ce producteur aux abois.

Bruno Bonomo est un producteur de films de série Z, il a épousé une de ses actrices fétiches dont il a deux garçons, et a de grosses difficultés financières. Il se démène entre sa femme qui entérine leur rupture, son entreprise qui fait face au marasme de l’industrie cinématographique, et une rencontre inopinée avec une jeune réalisatrice qui lui propose de tourner un film « Le Caïman ». Bruno est tellement embrouillé dans ses affaires qu’il ne saisit pas tout de suite qu’il s’agit d’un métrage qui s’inspire plus que largement de la vie de Berlusconi. On voit donc cet homme se débattre entre ses problèmes personnels, ses problèmes financiers ou ses soucis pour trouver des acteurs ou boucler un budget inexistant. C’est lorsqu’il lit le scénario ou ensuite quand ils démarrent le tournage que des images du « Caïman » se matérialisent et viennent pimenter le fil de l’intrigue…

Voilà une comédie italienne tout en saveurs, on y trouve beaucoup d’humour et de scènes très cocasses, de l’ironie et de la dérision, un rythme saccadé et énergique, des excellents comédiens et comédiennes, mais pas mal de mélo aussi et des sentiments exacerbés. Saupoudrées ça et là, les scènes qui montrent Berlusconi, soit imaginé par le producteur, soit en images d’archives, soit joué finalement par Nanni Moretti « himself », font découvrir le type que l’on connaît déjà. Pourri, démago, populiste et poujadiste… un type qui a choisi la politique pour s’éviter la taule. Baaah on ne va pas non plus critiquer plus que cela, vu qu’on a les mêmes à la maison !

Vraiment un bon film, même si la fin m’a un peu déçu. En effet, il se termine de manière un peu brouillonne et brumeuse, alors que jusque là c’était un film construit et structuré. Du coup, on n’a pas vraiment l’impression que l’intrigue est correctement finie, ou que les personnages ont livré tout ce qu’il fallait. Et malgré tout, on a droit à une ultime scène en apothéose avec un Nanni Moretti comédien particulièrement inspiré et inspirant.

Le Caïman

7 Commentaires

  1. Pour comprendre la fin, il faut savoir que tous les répliques prononcées par les acteurs incarnant Berlusconi proviennent réellement de sa bouche, ie compris les paroles terrifiantes de la fin. On a donc trois phases; la première phase incarnée par un acteur qui joue le Berlusconi que tout le monde a en tête, un Berlusconi un peu mafieux, un peu vulgaire et par là pas si inquiétant; la deuxième phase avec le Berlusconi des images d’archives. L’image devient un peu plus sombre, il est plus inquiétant et parallèlement à cela le producteur est de plus en plus perdu comme le Berlusconi malfaisant commence à influer sur l’état d’esprit des italiens. La troisième phase avec Moretti: le Berlusconi substantiel, tel qu’il est au plus profond. Pourquoi Moretti a-t-il choisi de jouer lui-même, lui qui ne ressemble pas vraiment à l’ancien président du conseil? J’ai une hypothèse: c’est pour montrer que tous peuvent devenir Berlusconi, il a empoisonné la vie politique, le populisme est désormais solidement ancré dans les têtes. Il faut se souvenir qu’au début des années 90, la classe politique venait de subir le choc de « mains propres », elle était totalement discréditée, il y avait donc un boulevard pour le populisme, boulevard dans lequel s’est engouffré Berlusconi. Même s’il disparaît maintenant, tout le monde est plus ou moins devenu berlusconien. Comme tu le vois, ce n’est pas une simple « comédie italienne »

  2. Rhaaa…me suis fait traité de « salepetass de spammeuse » :mrgreen:
    Je disais, avant de me faire jeter comme une grosse pupute, que je n’avais pas apprécié ce film car j’attendais un peu plus de fiel de la part de Moretti. J’ai trouvé le film avec trop de longueurs et sans véritable fin. Peut-être suis-je bêtement resté sur le « Viva Zappatero » de Sabina Guzzante qui n’était qu »un documentaire et malheureusement pas une fiction.

  3. zai pas tout compris à la fin: il tourne seulement une scène avec son budget riquiqui, façon baroud d’honneur, ou il essaie vraiment de tourner le film?

  4. Euh, d’abord, si, on peut critiquer, même si on a les mêmes à la maison, tant qu’on critique aussi les mêmes à la maison.
    Et puis, je trouve au contraire que la fin est d’autant plus forte qu’on s’était peu à peu éloigné de Berlusconi pour suivre le producteur, comme tous ceux qui, peu à peu, se désengagent de la politique (par lassitude?) pour ne s’inquiéter que de leur vie personnelle, pour finalement se faire rattraper par la politique (fasciste, ici). Et ça sert, à mon avis, de coup de massue derrière la tête alors qu’on ne l’attend plus.
    J’ai entendu ou lu quelque part que Moretti a joué Berlusconi dans la dernière partie car personne d’autre voulait le faire. Est-ce vrai?

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