Lunar Park

J’ai lu la plupart des romans de Bret Easton Ellis, et j’aime beaucoup son style et son panache, un peu moins les thèmes redondants et finalement une écriture vitriolée qui commence à sérieusement faire « années 85-90 ». Donc j’attendais quelque chose de différent pour celui-ci, et je n’ai pas été déçu. Ce bouquin est du Bret Easton Ellis dans sa pure tradition littéraire, tout en étant vraiment singulier dans son approche et dans sa construction.

L’auteur s’est toujours énormément regardé le nombril, et a toujours brodé sur son univers, ses souvenirs et ses fréquentations. Mais là il pousse encore plus loin la supercherie en proposant un bouquin qui prend la forme d’un roman autobiographique. Une bio que j’adorerais voir David Lynch adapter au cinéma, tant les différentes ruptures dans le livre correspondent aux univers successifs du cinéaste.

Le héros c’est donc l’auteur lui-même, Bret Easton Ellis. Il se raconte en tant que jeune écrivain à succès, blindé aux as, et blindé à toutes les substances illicites possibles, sexuellement versatile, et incapable d’assumer une relation intime. Rapidement, il appert que l’auteur romance tout cela, et affabule même pour mieux nous arnaquer ou nous séduire. Et il est tellement fort à ce petit jeu, qu’il est bien impossible de saisir le vrai du faux. Mais peu importe car le bouquin est prenant, bien écrit et devient de plus en plus fascinant à mesure qu’on le parcourt.

L’écrivain explique comment il a eu un enfant (pas désiré) avec une actrice, étoile montante d’Hollywood, et comment après avoir sombré dans la drogue et la débauche, il l’a épousée et a décidé de renouer avec son fils de onze ans, Robby. Sa femme a aussi une petite fille de 6 ans, Sarah, et d’une précédente relation. Le récit prend alors une tournure assez différente, et l’auteur s’appesantit sur cette période charnière, nous faisant alors basculer complètement dans un autre univers. Mais ses gimmicks sont toujours là : l’image du père, le milieu superficiel et branchouille de LA, la drogue et les tentations, les petites gonzesses et mectons qui excitent son imagination, etc.

Se mêlent peu à peu à un récit plutôt classique des personnages des romans de Bret Easton Ellis et des souvenirs d’enfance, comme « Patrick Bateman » qu’il pense apercevoir ou bien sa maison actuelle qui semblerait se transmuter en sa maison d’enfance. Des signes qui trahissent autant une paranoïa de l’écrivain, des problèmes d’alcool et de drogue, qu’un véritable glissement dans le paranormal. Et dans tout cela, se dessine surtout le rapport à son père, qu’il met en parallèle avec sa relation déficiente et laborieuse avec son propre fils.

Le livre est donc assez complexe dans sa construction mais aussi dans ses « effets ». La véracité ou non des faits relatés m’importent peu, mais on sent que l’auteur a déposé avec circonspection des morceaux lui-même dans l’histoire, et c’est très touchant. Il a l’air d’exorciser beaucoup de choses dans le bouquin, et même derrière une kyrielle de fanfaronnades, je le trouve très habile dans cet exercice de style. Ce n’est certainement pas le premier titre par lequel découvrir l’auteur, mais au contraire, lorsqu’on le connaît un peu, on prend beaucoup de plaisir à lire cet opus-ci.

L’avis des copines : Petitpoissauteur, Panama, Oli.

Lunar Park - Bret Easton Ellis

11 Commentaires

  1. Je n’ai pas encore lu le dernier roman de B.E.E mais j’avais lu les autres et j’avais beaucoup aimé leur style un peu Salingerien mais un Salinger qui aurait décidé de mettre enfin le nez dehors. On peut reprocher à B.E.E cette lucidité qui ne trouve aucune rédemption, ni pour l’histoire, ni pour les personnages, mais au fond, je trouve que c’est une posture qui a le mérite d’être plus honnête que d’autres. Tout se passe dans l’espace fin du débordement, à cette étroite limite entre le réel et le fictif.

    Si tu ne l’as pas déjà fait, jettes un oeil et une oreille (ou les deux) sur le petit site dédié à B.E.E chez son éditeur Random House: http://www.randomhouse.com/kvpa/eastonellis/

    M.

  2. Etant un fan de BEE, j’ai été et je suis toujours extrémement déçu par son dernier livre, dont j’ai fait le sujet d’un post il y a quelque temps. Je n’y ai vu que le délire parano d’un héros continuellement sous trip ou sous tranquiliseurs. BEE fait volontairement la confusion entre l’auteur (lui) et le héros, mais finalement, tout ce qu’il raconte sent le réchauffé, au mieux. On n’y crois plus, la magie est passée pour laisser place à l’ennui.
    Désolé, les junkies, je n’ai jamais trouvé ça excitant.
    BEE est devenu ringard, comme le nom de ces marques qu’il s’excrime à nous jeter à la figure. C’est un comble !
    Relisez donc American Psycho ou Moins que zéro. Lunar Park est une immense déception.
    La vérité est toute simple : BEE a vieilli. Son style et son dernier roman aussi.

  3. Moi, j’ai bien aimé la couverture, avec des gros caractères faciles à lire. Si c’est aussi clair à l’intérieur, je crois que je vais l’acheter. Ce sera mon premier livre de l’année.

  4. @ Matoo : Inutile de circonvenir Héliogabale (mon Nabaztag) ! Il n’aime que son maître !:mrgreen:

    Non franchement je suis horrifié par ce bouquin. Quand l’espèce de chose avec un oeil sur le dessus de la tête et plein de poils attaque sa famille la nuit, pendant une panne de courant, on est au niveau d’une mauvaise série B asiatique des années 70.

    Le seul truc de ce roman qui aurait été sympa, c’est la schyzophrénie de l’auteur/écrivain qui se demande si c’est la vérité ou s’il fait un mauvais trip.

    Et puis BEE a plagié trop de trucs : le manga « Lain » en particulier, pour les enfants qui disparaissent et qui envoient des messages sur internet. Je comprends qu’il n’ait pas trop creusé la chose.
    Il y a aussi les griffes de la nuit, critters etc, etc.

    Suis hyper déçu.:pleure:

  5. J’ai trouvé « Lunar park » pas mal, voire meilleur que ses autres romans, la problématique de l’incertaine limite qu’entretient l’écrivain avec ses personnages, ses fantasmes et ses lecteurs dans l’ordre et le désordre s’inscrit capricieusement dans le style BEE, sexe (quoique), drogue, R&R et meurtres, comme d’habitude avec un regard ironique et cruel sur (son?) milieu social et familial!
    Plus mature, oui, c’est plutôt mieux!

  6. perso je sui fan 2 bret et du bratpack dc G adoré ms je préfére qd mem lé loi 2 lattraction(C peut etr pa le meilleur ms G une histoire ac ce bouk1 et ok pr ladaptation par Lynch.Ki a ADORE mulholland driv?

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