Il pleure dans mon coeur

C’est drôle quand j’ai le blues, je pense toujours à ce poème. C’est le premier que j’ai appris à l’école, je ne sais plus en quelle classe ou quelle année. J’ai encore le souvenir de l’avoir recopié au tableau noir. On écrivait dans des cahiers avec la page de droite quadrillée, et la gauche blanche, celle qui servait aux illustrations. Elle était cool cette instit car elle notait la récitation, mais aussi la qualité de ce qu’on avait créé en regard. Pour ceux qui n’avaient pas appris leur leçon, c’était un moyen de grappiller quelques points, et éviter le pire.

Je me rappelle que les premières fois, je le lisais sans le comprendre. Et puis un jour, plic ploc, y’a eut un déclic. Evidemment c’était un jour de pluie, et un jour de cafard. Et les mots sont devenus des pensées, je suis entré en résonance avec le poème. La prof m’avait regardé un peu bizarrement quand elle m’avait noté mon dessin. J’ai eu une bonne note mais elle avait ajouté dans la marge : « Un peu lugubre tout de même. ». J’avais dessiné un coeur qui pleure avec un couteau en plein dedans, et ces pleurs tombaient en pluie de sang sur un personnage tout rabougri et misérable en bas de la page.

Mylène était en moi, et je ne le savais même pas !!!!!!

Reste que ce poème me revient en douces litanies à chaque vague à l’âme… En ce moment, il est d’une stupéfiante pertinence.

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s’écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !

Paul VERLAINE (1844-1896)
(Recueil : Romances sans paroles)

28 Commentaires

  1. +1 !
    c’est un des rares poèmes dont je me souvienne parfaitement. Et que je n’avais eu aucune pein à apprendre d’ailleurs à l’école. Des mots simples et fulgurants.
    (bises)

  2. :eek: il y a des choses comme ca, qui marque une vie. tu aurais pu tomber sur plus mavais. As tu pensé à envoyer un bouquet de fleurs à ton instit, car elle le mérite bien :love: bon la phrase qui tue maintenant : »après la pluie le beau temps » :lol:

  3. Pleurs et pluie,
    Malheurs et coeur réjouit…
    La pluie bat au dehors,
    Le linceul se pose,
    Dur de se sentir fort,
    Avec une triste prose.

    J’ai droit à une bonne note ? :kiss:

  4. C’est marrant, moi c’est ça, du même auteur, qui me vient systématiquement:

    Les sanglots longs
    Des violons
    De l’automne

    Blessent mon coeur
    D’une langueur
    Monotone

    Tout suffocant
    Et blême, quand
    Sonne l’heure

    Je me souviens
    Des jours anciens
    Et je pleure ;

    Et je m’en vais
    Au vent mauvais
    Qui m ’emporte

    De-ci, de-là,
    Pareil à la
    Feuille morte.

  5. Ce poème, si mélancolique, Verlaine l’a écrit dans sa cellule de la prison de Mons (Belgique) où il purgeait une peine de deux ans pour avoir blessé par balle Rimbaud qui venait de rompre…

  6. Mon poème préféré de Verlaine commence par :

    Bon chevalier masqué qui chevauche en silence,
    Le malheur a percé mon vieux coeur de sa lance.

    Le sang de mon vieux coeur n’a fait qu’un jet vermeil,
    Puis s’est évaporé sur les fleurs, au soleil.

    Et le poème s’appelle « Sagesse » ! :eek:

  7. Alors comme ça tu as le blues ?

    C’est aussi mon poème préféré de Verlaine…
    et été on m’a appris un petit canon simplissime à trois voix sur le 2ème quatrain, c’est très mélancolique et beau.

  8. J’aime bien Verlaine, mais je préfère encore Nerval, dont j’ai tout de suite retenu « Fantaisie », étudié en cinquième:

    Il est un air pour qui je donnerais
    Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
    Un air très vieux, languissant et funèbre,
    Qui pour moi seul a des charmes secrets.

    Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
    De deux cents ans mon âme rajeunit :
    C’est sous Louis treize ; et je crois voir s’étendre
    Un coteau vert, que le couchant jaunit,

    Puis un château de brique à coins de pierre,
    Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
    Ceint de grands parcs, avec une rivière
    Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

    Puis une dame, à sa haute fenêtre,
    Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
    Que, dans une autre existence peut-être,
    J’ai déjà vue… — et dont je me souviens !

  9. C’est plus fort que moi, Paul, même si qu’il écrit bien, je lui en veux encore :pleure: .
    (et je le trouve si bourgeois bon sang de bois, il eût été tellement plus profitable à l’avenir des (belles) lettre qu’il assumât son homosexualité et n’envoyât pas Arthur se perdre en des lointains asséchés, tous les mêmes, ces gens bien nés http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Verlaine :roll:)

  10. ah ben ça c’est marrant, je voulais écrire un post dans un autre forum pour exprimer mon humeur du jour, et je tombe sur ton post. Avec le poeme que je voulais citer, qui me revient aussi systèmatiquement à chaque coup de blues.

    :gne:
    au moins ça m’aura fait sourire, contre toute attente…

  11. C’est drôle car moi en ce moment je fais une recherche sur Paul Verlaine et je récite ce poème devant ma classe. Je suis en secondaire 3 (au Canada)! Un poème très intéressent qui cherche à éprouver des sentiments de tristesses sans savoir pourquoi…;-)

  12. :protection: :pompom: ;-) :yeuxlove: :xpleure: :xkiss: :tresgene: :tirelangue: :smile: :shock: :salut: :roll: :rogne: :rogne2: :rigole: :redface: :petard: :noel: :mur: :jeu: :ghost: :gateau: :fleur2: :fleur1: :dodo: :coeur: :citrouille: :chiotte: :chat: :boulet: :book: :aubergine:

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