Yves Klein – Corps, Couleurs, Immatériel

Je ne connaissais vraiment pas grand-chose à Yves Klein avant cette exposition, en tout cas pas grand-chose à part son IKB (International Klein Blue), ce bleu incroyable, et ses anthropométries (les corps de femmes trempés dans le fameux bleu et appliqués sur des toiles). J’ai adoré cette exposition du Centre Pompidou, car elle permet non seulement d’apprendre énormément de choses sur le parcours artistique de l’artiste, mais elle explique aussi avec beaucoup de pédagogie sa démarche et son « manifeste ».

Alors comme d’habitude, on ne peut pas être d’accord avec tout, ou surtout on ne peut pas être sensible à tout, mais la démarche, elle, est immanquablement à saluer. Et personnellement, je suis resté scotché par certaines oeuvres de l’artiste. Evidemment je suis aussi un peu turlupiné et cyclothymique quant à ce que je pense du type. D’un côté, on voit rapidement qu’il s’agit d’un fils à papa et maman (deux peintres) qui fait de l’art, parce qu’il est né dedans et qu’il a les moyens de ses idées fantasques. Un peu à la Sophie Calle qui cherche ce qu’elle peut faire pour se distraire de son existence bourgeoise, et qui a le loisir de chercher sa voie artistique, plutôt que de bosser pour subsister (mais j’aime aussi beaucoup beaucoup son travail !). Et d’un autre côté, je suis fasciné par les découvertes formelles (ces couleurs !) qu’il a faites, les théories qu’il avance, et les différents projets échafaudés. Il y a dans son rapport à la couleur, et à un certain minimalisme, la force et l’incroyable énergie que je trouvais chez Aurélie Nemours, et qui m’avait tant plu chez elle (mais elle avait indéniablement le « rythme » en plus).

Yves Klein est mort très jeune, à 34 ans d’une crise cardiaque (?), et est un artiste très important malgré une production finalement pas si prolifique que cela, mais certainement une contribution à l’Art de son époque qui va bien plus loin. L’exposition présente l’ensemble de ses travaux et performances à travers plusieurs salles, qui tentent aussi de faire comprendre ses démarches et ce qu’il avait en tête. Comme je le disais précédemment, à certains moments j’ai envie de lui foutre des claques, et à d’autres, je le trouve génial.

J’ai totalement succombé au triptyque coloré du bleu, rose, or. Dans toutes leurs représentations : toiles, éponges, objets, je trouve vraiment que ces oeuvres sont formellement superbes, et évoquent un foule de sensations. J’ai aussi beaucoup aimé ses ventes de « Zone de sensibilité picturale immatérielle ». Arf. Des bouts de papiers qu’il cède pour un kilogramme d’or avec écrit simplement et justement : « Zone de sensibilité picturale immatérielle ». Le nawak n’est pas loin, mais il faut avouer que son discours a quelque chose d’intéressant. De même on voit toutes ébauches de projets qui confondent littéralement les éléments de la nature. Il imaginait des fontaines de feu, des feux en eau ou des mélanges improbables des deux. Il a ainsi « designé » des tas de constructions plus ou moins improbables qui montraient l’étendu de son talent et de ses ambitions.

Une chose que je connaissais pas de lui, ce sont toutes ces oeuvres à base de cartons passés à la flamme (alimenté au gaz, d’où certaines railleries de l’époque). Cela donne de très belles oeuvres (de manière tout à fait formelles encore une fois), en plus que de mystérieux messages picturaux. Vraiment pas mal. Et enfin les anthropométries qui concluent l’exposition, et qui sont les images que l’on retient de l’artiste. Ces toiles sont étranges car, en plus d’être assez jolies (esthétiquement quoi), elles témoignent d’une véritable empreinte du modèle, d’une implication physique tangible et entière. C’est très fort de se dire qu’il y a vraiment eu une femme qui s’est collée contre la toile. Un peu comme on est fasciné par des marques de mains trempées dans la couleur dans les peintures rupestres, je suis dérouté et séduit par ces « traces » bleues (car il est toujours là, quasiment, l’IKB).

Voilà une exposition à ne pas manquer, histoire de se faire un avis et de découvrir l’univers de cet homme atypique, entre foutage de gueule et génie artistique selon les opinions… Moi je reste dans mon instinct fluctuant, parfois agacé dans mon âme de prolo, ou captivé par une folie, une grande ironie, et concrètement, une création qui me parle énormément.

L’avis des copines : Mathieu, Jul (qui fait aussi des antropométries à sa manière).

Yves Klein - Corps, Couleurs, Immatériel

17 Commentaires

  1. Extrait du feuilleton (vachement long, je sais, mais bon, c’est la vie) que j’écris chez moi deux fois par an (arf) : « Je m’étais retrouvé donc dans l’après-midi à déambuler dans les différentes salles consacrées à Klein au MAMAC. Etre accompagné comme je l’étais de mon amie versée dans les arts était une aubaine : je pouvais ainsi aller au-delà du simple critère esthétique des oeuvres et recevoir quelques explications et références biographiques bien senties. J’appris ainsi que, dès l’adolescence, Yves Klein s’était penché vers une recherche d’ordre spirituelle. Cela commença dès ses 19 ans, en 1947, avec le judo, vu essentiellement à l’époque comme un art martial d’élévation intellectuelle et de maîtrise de soi, plus que comme un simple sport comme cela tend à être le cas aujourd’hui. Il partit même au Japon perfectionner son art, atteignant un haut grade de la ceinture noire qu’aucun français n’avait encore atteint à son époque. Parallèlement, dès son entrée dans le monde de judo, il s’intéressa à la mystique de la Rose-Croix et finit par devenir membre d’une des obédiences les plus connues, l’AMORC. Très tôt, dès ses vingt ans, il développa une obsession pour la couleur bleue et vit en elle  » la couleur pure « . Sur un fascicule livré avec l’exposition, je pus lire à ce sujet qu’il déclara  » Le bleu n’a pas de dimension, il est hors dimension, tandis que les autres couleurs elles en ont … Toutes les couleurs amènent des associations d’idées concrètes … tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a de plus abstrait dans la nature tangible et visible. « . Cette obsession le conduisit à développer toute une série de monochromes d’un bleu très particulier dont il élabora une formule spécifique, brevetée en 1960 sous le nom d’I.K.B. Tout au court de sa carrière d’artiste, il développa ainsi une série d’oeuvres, dont des formes de sculptures murales, avec des éponges marines collées à même la toile et imprégnées de cette couleur. Il finit par décéder très jeune, à 34 ans à peine, d’une crise cardiaque, en 1962. » (cf. fin de ceci)

  2. Je me situe dans les dubitatifs, ou au moins les distants. Effectivement le bleu est beau, effectivement certaines productions sont charnelles et envoutantes. Mais le personnage est fatigant. Il est un des premiers à pratiquer la mise en scène continuelle et personnelle pour parvenir, le happening vidé de sens, l’intellectualisme intellectualisant au service de soi, de soi et de soi encore.
    Mais tu as raison, il y a quelque chose qui prend, dans cette sauce :-)
    As-tu vu la concorde en bleu Yves Klein, le soir de la nuit blanche ?
    Bonne journée !

  3. Super article sur un artiste dont je ne connaissais que le nom. Et diablement dans la tendance de rematérialisation post-dématérialisation qu’on observe actuellement dans le design (quoi « déformation professionnelle » ??? :langue:)

  4. Outre les classiques oeuvres bleues, roses ou dorées, l’exposition met surtout en avant la douce folie de Klein. Ses lettres adressées aux plus hauts dignitaires de l’époque, incluant le Dalaï Lama, le Pape et le président de la fédération internationale de judo (interrogation sur l’absence de mer bleue ou proposition de coupler une bombe atomique à l’IKB). Les souvenirs de sa femme et les images de son mariage sont très émouvants et il est également très intéressant de comprendre certaines de ses méthodes de fabrication, notamment celles utilisant le feu. Enfin, les bornes audio astucieusement placées au centre des salles principales sont vraiment très instructives pour les enfants, petits et grands.

  5. J’alais dire qu’il a une expo permanente au MAMAC de Nice… mais Urobore m’a précédé !

    D’ailleurs, il y a un moulage de son corps tout en bleu au MAMAC. Il faisait partie de l’école de Nice je crois…

  6. J’ai vu l’expo qui était en tournée, de passage à Angers, avant de s’arrêter à Paris. Je ne sais pas si il y a plus d’oeuvres au Centre Pompidou, mais ce que j’ai pu déjà voir à Angers ne m’a pas laissé indifférent, loin de là.

  7. Plus j’avançais dans cette expo et plus je me disais  » j’ai pas fini d’avoir du bleu et du rouge étalés dans les endroits les plus étranges de l’appart ». Et quand Nous (le Jul et le moi-même) sommes arrivés aux toiles « calcinées » j’ai d’abord pensé à la « recette » appliquée sur la toile pour la faire brunir puis je me suis dit qu’il serait dangereux pour notre appart de voir le Jul continuer à travailler sur la voie qu’il suit, sorte de parallèle involontaire avec Klein et qui risque donc de le conduire à ces toiles fort dangereuses. Mais je me suis dit qu’un petit chalumeaux serait parfait pour mes crèmes brûlées… je crois que le Jul va pouvoir continuer sur la voie Klein…

  8. Vivement le making-off du Jul qui balance la peinture sur le corps nu et sans défense du Capitan, qui va ensuite se jeter contre les toiles de son homme afin de mieux l’épouser (la toile, et l’homme ! ;-)).

  9. C’est pas moi qui me jette sur les toiles, mais c’est moi qui enduit le Jul ou qui lui pulvérise des produits colorés tout partout. En même temps qu’un peu sur les meubles. Si parmi tes nombreux lecteurs il y en a un qui connait un atelier d’artiste par cher et assez grand (et avec le gaz)…:help:

  10. Franchement, moi, je ne suis pas un fan. d’ abord, les 3 couleurs que je déteste sont le bleu, le vert et le rose. Et puis, les monochromes…Je préfère Mathieu, Soulages, et surtout Francis Bacon. Klein, bah !…

  11. dimanche dernier de passage dans la capitale nous avons essaye de’y entrer mais il y avait trop de monde. ce ci dit je ne suis pas un fan ,boltanski,allechinski?vialat,ou bioules me touchent plus a signaler que soulage a fait une importante donnation au musee Fabre de montpellier (pas encore ouvert).

  12. au fait es tu allez voir le dernier woody allen scoop sans parler de la qualite du film le mechant joue par hugh jackman(tres tres lovely) remplacerai bien jake g.:love:

  13. Au fait, j’y pense, à propos de l’IKB : c’est en fait une resucée d’un bleu de cobalt qui était très couramment employé au Moyen-Âge dans la réalisation d’enluminures. Ce qui n’empêche bien sûr pas ce bleu d’être captivant.

  14. Outre l’expo, j’ai trouvé les gens à l’expo très beaux ! :love:
    Leurs mines amusées en voyant les films de « making of » des tableaux « anthropométriques », toute une atmosphère…
    Et les lettres de Klein pour proposer de peindre, en pleine guerre froide, les ogives nucléaires en bleu, avec copie à Sa Sainteté le Dalaï-Lama, Sa Sainteté le Pape Pie XII, M. le Président de la Fédération internationale de judo…etc, sont vraiment hilarantes.
    10€ l’entrée tout de même : MM. les organisateurs ne perdent pas le nord. :hum:

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