Shortbus

Ah moi il suffit de me dire que John Cameron Mitchell sort un film, et je cours le voir. En effet, depuis « Hedwig and the Angry Inch » qui est un de mes films cultes, et que je trouve doté de toutes les qualités, je n’attendais que ça. Et je n’ai pas été déçu, j’ai trouvé que c’était un très bon film.

Ce n’est pas non plus le plus grand chef-d’oeuvre que la Terre ait porté, mais j’ai trouvé un charme fou à cette oeuvre, et surtout un grand talent de réalisateur à John Cameron Mitchell. Je sais que ce qui retient l’attention des médias et des gens, ce sont les fameuses scènes de cul, qui sont non-simulées donc, et je serais hypocrite de dire qu’elles ne sont pas importantes. Tout tourne autour du cul, mais c’est tellement décomplexé et désinhibant qu’on finit par ne plus trop faire gaffe aux bouts de bites et de nichons qui se baladent. En outre, le film raconte vraiment quelque chose, et son propos est assez intéressant et impliquant pour que le sexe ne redevienne qu’un prétexte à une vraie histoire.

L’histoire c’est celle de plusieurs personnes en proie à des problèmes « sexuels » divers et variés, et qui se retrouvent dans un club underground, le « shortbus », pour tenter de trouver un sens à leurs errances et questionnements. Inutile de dire que tout cela est très new-yorkais, et aurait pu difficilement être situé ailleurs. Il y a Sofia qui est sexologue et qui n’a jamais eu d’orgasme avec son mari, qu’elle aime et désire pourtant sincèrement. Elle a pour patients un couple de gays, dont l’un d’eux souhaite faire entrer un troisième. Le mec qui veut le trio est un peu étrange, il filme tout ce qu’il fait, dont une autofellation avec éjaculation buccale (ça vous dit quelque chose ?), et ne remarque pas qu’il est lui aussi espionné par le voisin d’en face. On croise aussi Severin, une dominatrice SM qui a un problème avec son vrai patronyme. Tous ces gens, et bien d’autres, se retrouvent au « Shortbus », et s’ouvrent à de nouvelles expériences… ou pas !

J’ai trouvé que pour des comédiens amateurs, le film était tout de même remarquablement joué. J’y ai étonnament reconnu (je dois être un peu le seul sur cette planète) Sook-Yin Lee (qui jouait la fabuleuse Kwahng-Yi dans « Hedwig », un tout petit rôle mais qui m’avait marqué) dans le rôle titre. Je l’ai trouvée particulièrement convaincante, et j’espère bien qu’on la reverra. Après il y en a un peu pour tous les goûts, mais on reconnaît bien les appétences de Cameron Mitchell, pote de Gus Van Sant et Jonathan Caouette, pour les jeunes mecs canons et aux regards singuliers.

Et ça baise en effet dans tous les sens, et ça se pose des questions, et ça vire aux scènes les plus queers qui soient, avec donc beaucoup d’humour et de dérision, d’aigre-doux et de tendre-amer. Mais surtout, j’ai eu l’impression que cela montrait un peu la voie vers la nouvelle sexualité. Cette manière décomplexée de se représenter le désir et le plaisir sexuel, sans forcément avoir une orientation ou schéma normatif, c’est peut-être bien la sexualité du futur (proche) ? Et ce qui est génial dans ce film et qui est formidablement bien approché par l’auteur, c’est que le sujet principal du film c’est l’amour. Avant tout, c’est d’amour dont il s’agit. Le sexe est une de ses expressions, mais les personnages du film sont dans l’émotion, dans le rapport humain, dans le désir, dans l’altruisme, dans la volonté de s’affirmer dans leur couple et leur relation amoureuse.

Le film n’est pas exempt de défaut, et il a un côté un peu gratuit qui peut agacer, mais je trouve qu’avec tous les risques de virer dans le trash ou l’intello, ou bien de simplement vouloir choquer, là John Cameron Mitchell a incroyablement bien joué. Son film est beau et troublant, et il marque encore son temps d’une empreinte indélébile, comme Hedwig l’a marqué pour moi, il y a cinq ans.

L’avis des copines : Niklas, Julien (un avis super négatif qui se tient), Laurent, Demonz, fluctuatnecmergitur, tazdeville, kolokani.

Shortbus

9 Commentaires

  1. Le sexe, un prétexte à une vraie histoire?
    C’est un peu plus qu’un prétexte non?

    Déjà, ça ne parle que de ça. Et pas à la façon faussement décomplexée de Sex and the city.
    Pas comme un gadget, un ornement qui sert à décorer avec quelques dialogues croustillants, et quelques gags lors des coucheries de Samantha, mais parfaitement séparé des histoires d’amour sérieuses de Carrie.
    Dans Shortbus, toute coucherie est déjà une histoire d’amour sérieuse.

  2. salut matoo,
    comme d hab, un super commentaire, digne de télérama….
    moi, j ai vu le film ce soir, assez trash…mais une bonne impression d ensemble, et j adore la fin !
    mais bon, c est vrai que les scénes de Q sont assez hot…pour un film visible en ville….
    @+

  3. euh… « Shortbus » vous le classeriez dans la catégorie des films d’arts et d’essais ou pas ? Parce que mes collègues ne connaissent pas… et justement : le ciné d’art et d’essais : ‘connaissent pas non plus… je crois que je dois les nommer :boulet:… ça me désole…

  4. Kaléidoscope multisexe jouissif et poignant, miracle fait film, il montre ce à quoi devrait ressembler le monde et la « sexualité ». On y voit une relation jeune/vieux non perverse, deux garçons, trois garçons, deux filles, trois filles, dix filles, deux filles et un garçon, trois garçons qui se sucent, un qui suce un garçon qui en suce un troisième qui bouffe le cul du premier, des vibromasseurs, une fille qui se masturbe, un couple sado-maso, mixte, unisexe, bear, hard, cuir, un micheton jeune et mignon, un « gay » qui roule une pelle à une « hétéro » frigide, un noir qui n’a pas une énorme queue, un couple à trois monogame, des étreintes imprévues, du sexe en dehors des codes et des identités, des corps : on y voit des corps, fait rarissime dans le cinéma (cette boîte noire du puritanisme et de la différencedessexes, de toutes les oppressions d’ailleurs), on y voit une bite, une chatte écartée, une bite qui rentre dans une chatte, dans un cul, un gode, un fouet sur des fesses, un gars qui lèche les pieds d’une fille, on regarde ça. Et tout n’est pas « naturalisé », comme dans la grotesque scène finale du Parfum. Chacun est là, avec ses malheurs, ses échecs, ses technologies de jouissance et de désir.
    A voir, à faire voir, à effectuer, à rendre réel, à réaliser. Après ça on ne peut plus dire que le monde n’est pas beau.

  5. Matoo, ton analyse du film m’avait vraiment donné envie de la voir et j’ai enfin pu le voir hier dans mon cinéma d’art et d’essai fétiche (durée totale de la projection : 1 semaine, comme quoi le puritanisme n’est pas si loin que ça même dans les salles qui se disent ouvertes à l’art).

    J’ai adoré et je dois dire que je suis sorti de la salle dans un espèce d’état de grace assez étrange. J’en suis ressorti vidé (aucun jeu de mot), fatigué mais heureux. Comme si ce film avait fait sortir quelque chose qui me bloquait.

    Etrange impression.

    Merci de m’avoir fait connaitre un film que je ne serai peut-être pas allé voir de moi même (je vais assez peut au cinéma).

  6. Pas tout à fait d’accord avec ton billet concernant ce film (que j’ai vu hier soir lors de sa dernière diff chez moi). Certes c’est un bon film, agréable et bien joué (superbe bande son également avec un Scott Matthew excellent ! :) ) et où les scènes de cul ne sont pas juste posées là pour faire parler du film (ce que j’avais craint au début). Mais c’est quand même un film extrêmement maladroit, certainement trop « facile » par certains aspects (chaque personnage à un problème dans la vie, problème qui se symbolise dans leur vie sexuelle) et beaucoup trop « dirigé » par le réalisateur : on n’arrête pas de nous montrer les clés du film comme si le spectateur ne pouvait pas de lui-même l’interpréter. Beaucoup de passages sont donc trop « gros », trop évident, trop pointé du doigt. Dommage, parce que ça aurait pu être un très bon film, scènes de cul explicites ou pas…

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