Les Maîtres du monde

Je continue ma découverte de l’univers littéraire de Gilles Leroy, et c’est drôle car petit à petit, j’ai aussi l’impression de mieux cerner l’écrivain, derrière le roman. Et ce bouquin là m’a stupéfait, j’ai été complètement conquis. J’avais aimé « Grandir » pour ce mélange génial entre un ton qui, pour moi, prenait le meilleur de la littérature américaine, avec une plume à la redoutable efficacité. Et là j’ai retrouvé son écriture qui me charme au plus haut point, mais surtout une histoire qui m’a bouleversé.

« Les Maîtres du monde » met en scène deux garçons. L’un d’eux, David, est plutôt un fils de bourge d’une périphérie parigote huppée, et l’autre Lucas, débarque de sa banlieue pourrie pour intégrer un « bon » lycée. David survit au sein d’une famille assez déjantée, avec une mère distante et neurasthénique, et un beau-père chirurgien. Ce dernier a pour objectif vital de pratiquer des opérations de chirurgie esthétique sur leur fils, qui est né avec un trou à la place du visage. Lucas est lui élevé par sa grand-mère, qui arrive difficilement à tenir un bistrot dans cette banlieue décrépite d’où ils viennent.

C’est David qui est le narrateur tout au long du roman, qui se déroule chronologiquement et sur pas mal d’années. Une sorte de saga qui raconte en définitive l’histoire d’amour passionnelle et plus ou moins malheureuse entre David et Lucas. David qui l’a aimé dès le début, et Lucas qui n’a pas donné grand-chose en apparence… On vit donc vraiment dans le regard et le ressenti de David, qui rend rapidement le lecteur comme une sorte de confident, tant sa manière de raconter est prenante et intime. Surtout, la passion amoureuse que le narrateur entretient pour Lucas, et la manière dont ce dernier évolue au fur et à mesure des années et des rencontres, m’ont alpagué dès les premières pages, et m’ont difficilement abandonné l’ultime page tournée.

Il faut dire que je m’identifiais particulièrement à ce David, pour maintes raisons bien personnelles, et que certains épisodes de leur tumultueuse histoire m’ont bien touché. Le récit est avant tout celui de l’adolescence et de ses affres, et il place le lieu, ce fameux lycée, comme un point central de l’évolution des deux héros. Et puis, il y a tous ces personnages secondaires, et surtout la mère, qui m’ont énormément plu et intrigué.

En fait, j’y ai retrouvé la vigueur, l’originalité et la passion qui m’avaient tellement fasciné dans « L’agneau carnivore » d’Agustin Gomez-Arcos. Et le parallèle entre les mères, et les deux frangins avec les deux amants, m’a tout de suite sauté aux yeux. De même que cette extraordinaire écriture, cette manière de décrire la passion qui vous fait dresser les poils sur les avant-bras, et une « autopsy » des personnages qui ne peut laisser insensible.

On y retrouve pas mal des thèmes de « Grandir » avec la figure maternelle ambivalente, les amours homos contrariées, les difficultés de justement « grandir » et personnages aussi attachants que hauts en couleurs. Je suis décidément drôlement sensible à la plume de Gilles Leroy. J’ai conscience que tout le monde ne peut pas le percevoir de la même manière, mais moi j’adhère complètement à un récit aussi beau et poignant.

Les Maîtres du monde - Gilles Leroy

5 Commentaires

  1. Si tu le compares à l' »Agneau carnivore » alors, je vais me jeter sur celui-là, d’autant que, dans un genre différent, j’avais bien apprécié Champsecret. :redface:

  2. Je pensais dire un mot sur « Champsecret » (joli signifiant), mais tu as déjà causé. Aussi je te conseille un plus ancien « l’Amant russe » où on le suit dans une péregrination soviéto-socialiste à l’époque brejnévienne. Un jeune guide de l’Intourist l’accompagne dans ses émois gays. C’est très touchant et bien raconté.
    A quoi son prochain ?

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