Diego, libre dans sa tête

Comme tous les matins, je prends le métro à Goncourt, et puis je file choper le RER A en direction de la Défense. Mais ce matin là, le RER merdait, et les un après les autres, les RER indiquaient un « retardé » jaune familier. Comme j’étais plutôt pressé, j’ai décidé de rebrousser chemin, et j’ai emprunté la ligne 1 du métro (qui suit le même parcours, mais en faisant un tas d’arrêts).

En montant dans la belle rame moderne et rapide, je me suis dit que bizarrement les mecs étaient vachement plus mignons sur la ligne 1 que sur la ligne A du RER. Dingue ! Et puis, on passe par tous ces quartiers chics où des gens qui montent, à priori, y habitent, ou bien descendent, et vont y travailler. Et à « Champs-Elysées – Clémenceau », elle est montée.

Une jeune femme de trente ans je pense, asiatique ou eurasienne, au type japonais je pense. Une femme d’une beauté hallucinante, un visage d’une finesse absolue, un air altier, un port distingué, et des fringues qui vont avec. Vous savez à la « Zadig et Voltaire », ces habits qui n’ont pas de marque reconnaissable, mais dont les matières, la coupe et la petite singularité marquent foncièrement la différence. Bref, une femme du quartier, me suis-je intérieurement exclamé. Nous étions tous les deux debout, et je l’observai du coin de l’oeil. Dès lors, j’ai essayé de m’imaginer qui elle était.

Je me suis dit qu’elle était déjà blindée de thune, peut-être une femme d’expatrié ? Ou alors (car je m’en suis voulu d’une telle misogynie implicite) expatriée elle-même ? J’ai laissé vagabonder mon imagination, et elle est passée par tous les rôles, métiers, statuts et personnages de cinéma. En tout cas, c’était clair, elle était à l’opposé même de moi. Forcément. Inéluctablement. Tous les signes extérieurs le prouvaient.

Deux strapontins se libérant, nous nous sommes assis côte à côte. J’avais mes écouteurs sur les oreilles, elles avaient les siens aussi. Je pouvais voir dans sa main, son Ipod-mini bleu métallisé, et la barre de progression de la chanson en cours. Le hasard a fait se présenter à mes esgourdes le mp3 de « Diego, libre dans sa tête », la version de France Gall. Oui j’avoue, j’adore France Gall, celle du « Tour de France 88 ».

Je souris intérieurement, et j’attends qu’elle commence à pousser la chansonnette. Je jette un regard à gauche, et j’arrive à lire le titre sur l’écran rétroéclairé de ma voisine nippone. Je vois d’abord à la barre de progression qu’il vient de démarrer depuis quelques secondes seulement. Et alors je déchiffre : « Diego, libre dans sa tête – France Gall ».

J’ai souris deux fois plus, en constatant que cette femme, que je ne connais pas, ne connaîtrais sans doute jamais, dont je me sens si diamétralement opposé par nature, est assise à côté de moi dans le métro, et que nous écoutons au même moment, dans une extraordinaire et stochastique synchronisation, le même morceau.

C’est cool le métro. ;-)


France Gall – Diego, libre dans sa tête

27 Commentaires

  1. J’ai lu ton billet avec et sans « Diego ». Avec, j’ai remarqué qu’il prennait une toute autre dimension. On imagine davanatge le moment que tu décris, on te voit côte à côte avec cette jeune femme, vos oreilles à l’unison, écoutant et fredonnant le même refrain, libre dans vos têtes…
    Cette chanson est décidemment l’une des meilleurs de Michel Berger, même si perso, j’ai une petite préférence pour celle live de Johnny.
    Bonne fêtes à toi ;);)

    Pedronzeweb

  2. Joyeux Noël Matoo!! Bear4u a raison, c’est le genre d’anecdotes qui n’arrivent pas souvent, et surtout pas dans le métro… Merci de nous l’avoir rapporté, les rictus se sont malheureusement (ou heureusement) dessinés sur mon visage…

  3. ça aurait pu être marrant que dans vos oreilles respectives se jouent « la grosse bite à dudule »… je vois d’ici le tableau, en train de chantonner l’un et l’autre à tue tête…

    bon… ok…:boulet:

    je sors

  4. AAAAAAh mais fallait lui montrer !! Elle aurait cru que tu la draguais mais tu aurais dit que non après vous seriez alle boire un verre et t’aurais appris qu’elle de la meme bourgade que toi et la tu lui aurais c’est bon je t’ai reconnu fantomas enleve ton masque.

    Oue en fait c’est peut etre mieux comme ca.

  5. Certes le RER A va plus vite, mais pour avoir été forcé de le prendre un jour de panne de métro (sic), je sais que je préfère nettement ma ligne 1 beaucoup beaucoup plus beautiful people :-D Bon ok si c’était pour aller taffer peut-être je prendrais le RER mais j’en serais malheureux ! Car il ne faut pas croire qu’il n’y ait que de jolies jeunes femmes aux balladeurs synchrones sur la ligne 1 : il y a aussi, de manière très régulière, des arrivages de choupinous divers (cadre-costumes, racailles-marais, bourges-de-neuilly) et souvent délicieux – au moins pour les yeux !

  6. Diiingueu !!!

    Moi aussi à l’époque j’étais hyper fan de France et de Michel (la version de France des « princes des villes » est top si je puis me permettre…)

  7. Que de souvenir en lisant ton billet. J’ai participé comme choriste à une série de concerts en septembre 1998 et cette chanson en était.
    Bon d’accord c’était pas France Gall, mais je ne peux pas réécouter ce titre sans un pincement au coeur.

    PS : ce n’est pas de la misogynie de l’imaginer femme d’expat parce que friquée d’allure lointaine étrangère, peut-être plutôt du réalisme, non ?
    Cela dit à part si tu l’as entendue parler un sabir exotique, elle pouvait très bien être aussi une parisienne de souche.
    Ça a un petit annonce dans Libé (pour leur part belle, celle de certaines parfois)

  8. Ah là là ces parigots ! Ils passent à côté de gens toute la journée et se parlent même pas. Nous au moins les bouseux, on est sociable. On rencontre moins de gens mais on leur parle. Regarder quelqu’un pendant vingt minutes en faisant semblant de pas le regarder, détourner le regard quand les regards se croisent, c’est quelquechose qu’un cul-terreux comme moi ne comprendra jamais.

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