« Expodrome » par Dominique Gonzalez-Foerster & Cie

J’avais redécouvert le superbe Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris lorsque j’ai visité l’exposition Dan Flavin, que j’avais trouvée pas mal, mais sans plus. Là, il s’agit d’une exposition assez originale de Dominique Gonzalez-Foerster puisqu’elle investit ces lieux immaculés avec des oeuvres créées en collaboration avec d’autres artistes. Voilà une démarche que je trouve plutôt sympathique, et puis qui faisait présager pas mal de bonnes choses. En effet, l’artiste a créé une sorte de parcours dans des univers graphiques ou sensoriels très forts, et elle profite complètement de l’espace génial que représente ce musée.

Eh bien, le résultat je ne l’ai pas trouvée terrible du tout… Merde alors, quel foutage de gueule parfois ! Et dieu sait que je suis ouvert et sensible, que j’aime le minimalisme et que je suis prêt à m’esbaudir aux propos pédants et précieux du commissaire d’expo le plus onaniste, mais là ça dépasse mes « limites ». Donc je me remets aussi en question, les limites dont je parle sont aussi peut-être mes oeillères et mon étroitesse d’esprit, ainsi mises en exergue…

Il y a donc 6 espaces mis en scène et en « arts » par les artistes d’« Expodrome » : Solarium, La Jetée, Promenade, Panorama, Cosmodrome et Cinéma. Je ne résiste pas à vous recopier des extraits de la brochure, eux-mêmes tirés du catalogue d’expo.

Elle l’appelle Expodrome parce que c’est une plateforme pour envahir le temps, trouver d’autres types « d’expositions » : au soleil, à la lumière, à la pluie violente, à la diaphanéité des espaces célestes.

Bon ok, pourquoi pas… En effet la scénographie de l’ensemble est réussie, et véhicule beaucoup d’émotions et de « sensations » : lumières, contrastes colorés, formes, messages sonores, fusion de supports etc. La citation ci-dessus est un peu verbeuse, mais ça me parle, et surtout cela se justifie par la nature des oeuvres présentées.

Solarium se trouve sur les escaliers qui mènent à la salle Raoul Dufy où se trouve une gigantesque fresque (60 sur 10 mètres) : « La Fée Electricité », une allégorie commandée pour une Exposition Universelle. Solarium de Nicolas Ghesquière est un ensemble de blocs qui ressemblent un peu à des éléments d’une digue en plein milieu des escaliers, avec une loupiote dessus. Ouai ok c’est sympa, mais quand on lit ça :

[…] on voit le soleil au-dessus de l’horizon, non pas le soleil, l’apparence du soleil, une surface unie, une immobilité traversée de flairs et d’expositions. […] Les lueurs dessinent des ombres instables sur les marches. On pense à une apparition subite, au reflet de l’éclipse (Paris 1999) sur les promeneurs.

Mein gott, bienvenue dans l’ère du Nawak ! C’est Madame Lucifer qui a écrit l’article, aidée par Jeff au moins !

Ensuite, on arrive donc à cette fresque de Raoul Dufy qui est pas mal du tout, sans me rendre non plus extatique. Et il y a une musique de Bashung dans la pièce. Ah d’accord… Mais voilà ce que j’aurais du ressentir et conclure :

Sonorisée, l’oeuvre prend, sous sa charge historique, l’air d’une fiction féérique.

J’ai trouvé ça légèrement abusé…

Entre deux espaces ensuite, on retrouve les blocs de Nicolas Ghesquière qui empêchent presque de passer… La Jetée Le procédé est intéressant, et le texte de la brochure est uniquement descriptif et concis. Je préfère ! En effet, l’incursion d’un élément d’apparence naturelle mais « surnaturel » et dans le contexte muséologique, crée une singulière rencontre. On se demande vraiment ce que ça fait là, et c’est une entrave qui fait s’interroger.

Après, on trouve un très grand espace du musée qui est simplement vide, complètement vide… et qui s’appelle Promenade. Cette oeuvre de Christophe Van Huffel est donc un parcours, une balade dans une curieuse vacuité. Mais si l’oeuvre est intangible, elle se manifeste très clairement car il s’agit d’une bande sonore qui figure une pluie ou un environnement tropical. Et c’est vrai que c’est assez marrant et fascinant comme expérience, pas à se taper le cul par terre, mais cool. Encore une fois la brochure m’a beaucoup fait rire :

[…] tropicalisation radicale de l’espace d’inspiration cinématographique. […] les spectateurs eux-mêmes, qui se retrouvent à errer dans le présent d’une ville, soumis aux aléas du climat, coincés comme Dominique sous un pavillon dans un parc de Taipei en attendant qu’il cesse de pleuvoir, alors qu’ils pensaient visiter le parc.

Panorama est un grand panneau dans une courbe qui présente des diodes de couleurs qui s’allument et s’éteignent en forme de trucs et de machins.

Traduction :

[…] une vision lumineuse et nocturne des grands ensembles urbains de la planète, version contemporaine des panoramas du XIXe siècle.

Mouaif…

Le Tapis de Lecture est un carré de moquette, avec des bouquins disposés dessus.

[…] il faut y lire d’emblée un certain déplacement de la littérature : sortie de sa réserve, échappé de la librairie, retraduite en espace, en couleurs, déplacée sur le sol d’un musée dont elle n’est pas séparée, renversée enfin dans le champs des arts plastiques. La littérature : un art plastique.

Cosmodrome est très intéressant dans la complexité de la mise en scène pour une oeuvre muséologique, plus que pour l’effet final. A vrai dire, la musique de Jay-Jay Johanson n’a là rien d’exceptionnel, et les effets windows media player fournissent de très belles animations… (peut-être meilleures que celles présentées là) On rentre dans une pièce qui est dans le noir complet (on ne voit même pas son corps) et dont le sol est couvert de sable noir. Il s’agit ensuite d’un gentillet spectacle lumineux et sonore, mais il n’a pas dégagé pour moi l’émotion transcendante décrite là :

Véritable son et lumière, il fonctionne comme certaines expositions de la fin du XIXe sicèle, environnements complets, générateurs de sensations, crées pour simuler des naufrages, des orages. Ces simulations précèdent à la fois le cinéma et et une certaine idée de l’exposition.

Et enfin la partie Cinéma qui est tout bêtement une rétrospective des films de Dominique Gonzalez- Foerster. Mais là, je ne peux pas… Les plans en super 8 des vacanciers sur la plage… nan, nan, je n’y arrive pas.

Chez DGF, c’est aussi le choix d’une technique, le 35mm, le super 8 ou la dv, qui génère un temps, un espace et qui prend littéralement en otage la réalité au présent […] Elle montre des présents exacerbés, littéralement déployés, fabriqués dans la réalité des supports techniques employés. Le spectateur erre, attends, glisse dans la durée de la projection, soumis aux aléas du direct et du climat qui fabriquent, image après image, le film.

En conclusion, à part quelques éléments sympathiques, je n’ai pas du tout été sensible à tout ce qui est censé se dégager de cette exposition. Et c’est dommage, car l’endroit se prête à merveille à des belles mises-en-scène et appropriations de l’espace. Encore une fois, je n’affirme pas que l’artiste ne vaut rien, ni que j’ai spécialement bon ou mauvais goût, mais je n’ai pas « compris » ses démarches, ou alors leurs portées effectives.

NB: Par contre 5 euros l’expo temporaire, et gratos pour la collection permanente ! J’aime les musées de la Ville de Paris !!! :pompom:

« Expodrome » par Dominique Gonzalez-Foerster & Cie

12 Commentaires

  1. c’est toujours bien de donner son avis sur un peu tout. l’air du temps..le mauvais temps et autre péripétie quotidienne.

    Il est aussi dans l’air du temps de réduire l’art contemporain à des critiques faciles et souvent indignes

    Dan Flavin est par exemple une des artistes les plus importants du XXème siècle … C’est très amusant de lire  » exposition que j’avais trouvée pas mal mais sans plus » . C’est donc cela …On consomme une expo pour « trouver des trucs pas mal » ; ou mieux « parler de foutage de gueule » ….C’est un peu court jeune homme .

    Il faudrait peut être avoir l’humilité de comprendre que des mécanismes complexes , des réflexions et des propositions artistiques difficiles ne consomment pas comme un Mac Do ou une toile un dimanche de déprime.

    Ce discours anti art contemporain est enfantin . Il faut savoir dépasser cela …. Et ce n’est pas si compliqué que cela en a l’air.

    Prendre un peu de temps et ne pas consommer l’art comme un produit ou un jeu vidéo .

  2. je t’admire pour avoir su écrire tout ça… Je ne retiens qu’une formule (que je partage en-tiè-re-ment) : foutage de gueule !!! :doute::hum::eek::mur:

  3. -> Nicolas Walf : « c’est un peu court jeune homme » la formule est facile. Les expos, on se les « appropie » comme on peut, avec ses tripes, ses exigences, ses goûts, l’air du temps, ses repères historiques, contextuels, sa connaisance ou sa méconnaissance de « la vie, les oeuvres de l’artiste » Pour ma part, dire qu’une expo ne m’emballe pas plus que ça, ne relève pas d’un mode de consommation rapide de l’art. J’ai toujours tendance pour ma part à considérer que c’est généralement du foutage de gueule. Et comme Bacri dans un film, j’ai assisté à un vernissage de peintre à la pointe de la pointe. Je contemple et je me dis : »tiens c’est bizarre cette toile, elle me semble à l’envers. » Elle l’était. Je n’en tire aucune fierté mais savoir qu’une tripoté de savants de l’art contemporain s’était extasiée devant le machin à l’envert, moi je me pisse dessus de rire. Allez bonne soirée.:ok:

  4. Sigh, le premier commentaire me fait doucement sourire. Si Nicolas Walf avait justement pris le temps de découvrir ce blog avant de juger son auteur, il aurait pu découvrir très vite que le Matoo ne consomme en rien bouquins, expos, films et autres comme il boufferait une baguette de frites et que ses commentaires, même si on n’en partage pas la teneur, sont toujours réfléchis.:book:
    Qui plus est, j’en rajoute une couche, je crois me rappeler que le Matoo n’est en rien hermétique à l’art contemporain, je me rappelle de posts où il esssayait de faire partager son enthousiasme pour jenesaiplusquoimaisluis’enrappelera.

  5. à Nicolas Walf : Je ne pense pas que Matoo ait la prétention ici d’analyser quoi que ce soit. Je ne pense pas non plus qu’il réduise l’art contemporain à du simple « foutage de gueule » (enfin, j’espère, sinon les ébauches de discussions que j’ai eu avec lui concernant l’art conceptuel n’auraient servies à rien). Sa réaction me semble au contraire intéressante car révélatrice de la posture de gens effectivement néophytes à qu’il est nécessaire de donner les bonnes clés – le bon vocabulaire – les bons repères – pour qu’ils comprennent pleinement ce à quoi ils font face dans une expo d’art contemporain.
    Le travail de DGF joue beaucoup sur des sensations perceptives qui questionnent entre autres notre rapport à l’image, à la représentation du monde réel dans lequel nous vivons. Ce monde est saturé d’images, et c’est le rôle de l’artiste que de proposer des alternatives à ces images. L’industrie culturelle – car je pense sincèrement que nous sommes tout bonnement entrés dans l’ère du tout industriel culturel – ne permet peut-être plus de faire la part des choses, et facilite la consommation.

    Et puis, effectivement, les textes de DGF sont quand même super emphatiques.

    à Matoo : Je te défends un peu là pour une fois, non ?

  6. Nicolas Walf> Ce que tous mes commentateurs indiquent là, c’est qu’en effet je ne suis pas du genre à réduire l’art contemporain à du foutage de gueule. Si tu lis le post en entier tu peux remarquer que je mets en défaut ma propre opinion, en disant que je manque certainement de culture sur le sujet.

    J’ai tout de même le droit de ne pas être sensible à une expo ! Et malgré tout, j’en dis beaucoup de bien !!!

    Margondin> On a assez parlé (et dieu sait que j’ai aimé ça :langue: ) d’art conceptuel tous les deux, et en effet tu m’a éclairé avec bonheur sur bien des choses. :love:

  7. ok ok Matoo ! désolé pour mon français , je suis allemand et je ne suis pas très bien exprimé ! je faisais des recherches sur cette exposition que je trouve remarquable et suis tombé par hasard sur ton blog ….qui m’a appelé tous les imbéciles et inévitables commentaires sur l’art contemporain . L’extrême droite dans le monde entier adore cracher sur l’art contemporain avec les mêmes arguments…A Berlin nous avons le musée de l’art interdit de sinistre mémoire ….

  8. Dominique Gonzalez-Foerster revient sur le médium de l’exposition après 5 ans « d’abstinance ». Elle appartient à une catégorie d’artistes qui, depuis les années 1990, réalisent des installations qui questionnent : 1. le rapport à l’espace ; 2. la place du spectateur (je vous renvoie tous à Jonathan Crary, qui a écrit « L’art de l’observateur ». Il a écrit de nombreux articles sur Olafur Eliasson en questionnant la place du spectateur et son rôle dans la production de l’oeuvre) 3. la nécessité de l’exposition comme médium d’analyse de l’oeuvre, du réel, et bien sûr, pour résumer les deux précédents points, du rapport de l’oeuvre et du spectateur, de l’oeuvre et de l’espace. Bref son travail est une question de territorialité et déterritorialité. elle appartient à cette génération pétrie des réflexions de Foucault, de Deleuze, de Bergson, de Merleau-Ponty, d’un côté, de Rosalind Krauss et de Yve-Alain Bois, de l’autre. Son travail est très conceptuel et contextuel. d’ailleurs, elle a inspiré une génération de curateurs avec à leur tête Nicolas Bourriaud (esthétique relationnelle, post-production) et Éric Troncy (j’oubliais Stéphanie Moisdon qui est l’une des curatrices/critiques d’art qui connaît le mieux son travail). Des artistes qui appartiennent à cette catégorie sont : Pierre Huyghe, Philippe Parreno, Douglas Gordon, Liam Gillick, ou encore Rirkrit Tiravanija et Pierre Joseph. L’exposition au MAmVP est très intéressante. D’abord parce que DGF réinvestit le médium de l’expo, en proposant une expo expérimentale, puis, parce que le MAmVP est le seul musée à prendre autant de risque avec un budget-limite. C’est super risqué et savant.
    Le commentaire de Matoo est très intéressant et je ne crois pas qu’il soit obligé de travailler dans le milieu de l’art pour comprendre (Jean Clair et l’art contemporain), mais justement, le principe n’est pas de comprendre, mais d’interroger le rapport que l’on entretient avec l’art contemporain. Ça, il le fait très bien. donc, c’est sa vision de l’expo de DGF prend le risque de proposer une thèse anti-thèse, qui se remet en question. Cela dit, je comprends aussi la réaction de Nicolas Waif, et je suis heureuse qu’il s’intéresse au travail de DGF. J’ignore si DGF envisage de faire quelque chose à Berlin, cette ville étant tellement bouillonnante, je ne serais pas étonnée.
    Les amis, vous savez ce vous devez faire demain. votre devoir pour demain : aller visiter l’expo de David Lynch à la Fondation Cartier!!!!:-) (je n’y travaille pas, j’y ai travaillé fut-ce un temps)… j’ai hâte de voir ce qu’il a proposé à la fondation cartier.:salut:

  9. un commentaire un peu enretard mais dans le même musée (tout beau tout (remis) à neuf) il y a aussi à voir pour se consoler de l’expodrome Fischli & Weiss 2 artistes suisses juste parfaits…

  10. Yes. J’espère avoir le temps d’aller visiter l’expo de Fischli & Weiss… c’est jusqu’au 13 mai. mais j’aurai préféré aller voir celle à la Tate pour comparer un peu… Tu l’as vu, Matoo, l’expo ? Alors ? Comment l’as-tu trouvée ? Géniale ?
    Vous les amis,
    Il y a une expo qui se prépare à Beaubourg… et comme on aime mettre de la pression sur les épaules de Beaubourg, tout le monde attend de cette expo qu’elle fasse sensation… il s’agit de « air de paris » curatée par Christine Macel… Pas d’infos si ce n’est de checker sur le site du centre pompidou… vous y trouverez un forum de discussion que je trouve un peu vérouillé… allez voir ce forum, si vous avez du temps… ne me demandez pas mon avis, je glane des infos ça et là…
    je tire ma révérence…:salut:

  11. J’ai lu hier un excellent compte rendu très critique de cette exposition dans le dernier Art21, sous la plume de Sébastien Pluot et Tristan Trémeau. Un exotisme petit bourgeois disent-ils en substance. j’acquiesce totalement.

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