50 façons de dire fabuleux

Je renoue avec un roman 10/18 bien conforme avec ce que j’aime dans le genre, un livre néozélandais de Graeme Aitkens sur un thème très « gay ». Et il s’agit d’un excellent bouquin sur l’entrée dans l’adolescence, et en particulier pour les jeunes homos qui, en plus de subir ces transformations d’enfants à adultes, doivent aussi faire face à de singuliers désirs.

L’histoire se passe dans un coin paumé et cul-terreux de Nouvelle Zélande, Billy Boy, un garçon de 12 ans, n’aime pas trop travailler dans les champs avec son père. Il préfère jouer à incarner son actrice fétiche d’une série de SF, Judy, avec sa cousine garçon-manqué : Lou. Rapidement, il se rend compte qu’il a une attirance troublante pour les autres garçons, mais n’arrive pas à mettre des mots dessus. Il retiendra seulement « tantouze » dont on l’affuble, et une vague définition d’un camarade : « c’est des hommes qui portent des perruques, qui se déguisent avec des robes et… qui ont cinquante façons de dire fabuleux. ». Pour arranger le tout, Billy est obèse et terriblement complexé par son apparence. Il joue à touche-pipi avec un de ses camarades surnommé « le cafard », mais quand un superbe garçon de ferme débarque, Billy en devient rapidement et éperdument amoureux.

Voilà un roman qui décrit avec une belle acuité et sincérité les affres de l’adolescence, et des épisodes qui rappelleront certainement de cuisants souvenirs à certains. Il s’agit aussi de toutes ces pensées confuses et embrouillées, mélange de sentiments, de sexe, de cristallisation amoureuse, de fantasmes inavoués, qui sont très bien décrites et mises en scène dans le livre. On entre facilement dans la tête et le comportement du jeune ado, et l’auteur sait dessiner les contours d’un personnage attachant. On n’est pas non plus dans le drame terrible et déchirant, car les péripéties de Billy Boy sont souvent assez cocasses, même s’il lui arrive des mésaventures cruelles, tellement typique de cette période de brimades. C’est surtout l’occasion pour Graeme Aitkens de poser les bases d’une comédie familiale aux personnages croustillants et à l’ironie mordante. Billy Boy en tire certainement le rôle le plus flamboyant et hors-norme, mais le roman s’illustre aussi par des personnages secondaires très attachants.

J’ai été surpris et touché par Lou, par exemple. Autant l’homosexualité du garçon est révélée et mise en lumière dès le début, autant jusqu’à la fin du roman celle de Lou est gardée sous silence. Et pourtant au fur et à mesure du roman, il ne fait aucun doute sur la manière dont elle vit aussi son adolescence, et sur ses attitudes homosexuelles. Mais en réalité, il est aussi vrai que l’on va facilement taxer un type efféminé de « pédale », et beaucoup plus rarement (oser) remarquer une fille masculine. Lou est une gamine qui est un vrai fermier, et qui nie jusqu’au bout sa féminité, tout en s’identifiant au garçon de ferme, en fricotant avec une de ses copines et en matant des Playboys… Le bouquin est émaillé de dizaines d’anecdotes qui en trace un portrait à la fois très manifestement lesbien, et pourtant totalement tacite.

Ce bouquin se lit aussi très facilement, son style est simple et très « américain », avec beaucoup d’actions, de dialogue et un rythme agréable. On commence à être habitué à ces romans sur l’adolescence homo, mais celui-ci a un vrai charme, en étant authentique tout en ne tombant pas ni dans la comédie neuneu, ni le drame élisabéthain. Un peu cliché certes, mais je crois que ma vie fut un cliché, donc je n’ai pas de soucis pour m’y identifier. Hé hé hé.

7 Commentaires

  1. Un film a été adapté du bouquin. Ils en ont parlé la semaine derniere sur arte, dans un docu sur le ciné et la pédésexualité. J’avoue que j’en sais pas plus… peut etre sortira t’il en france.

  2. moi aussi j’avais été étonné de le voir dans ta pile de « livres à lire » croyant que c’était fait depuis longtemps, c’est une belle histoire, bien racontée et comme tu dis : « plein de personnages attachants » ;-)

  3. Quel livre! Il est vraiment intelligent parce qu’il traite le sujet avec beaucoup de vérité et il est vrai que je me suis souvent retrouvé dans le personnage de Billy Boy. Mais le petit plus est le contexte, le cadre dans lequel évolue le personnage. Il est tellement étrange et loin du mien, qu’il me donne quand même du recul.
    L’année passée, j’ai vu également le film lors du Festival Gay et Lesbien de Bruxelles, il était l’exacte reproduction du livre. Je le conseille ! http://tuveuxmaphoto.blogspot.com/2006/01/cin-un-festival-de-genres.html

  4. Moi z’aussi je suis horriblement déçu déçu déçu ! t’avais pas lu ce livre là ? :langue:
    Pour ce qui est du film, il est sorti en DVD mais je sais pas ce qu’il vaut.
    Par contre, il y a un autre livre « courrir avec des ciseaux » que je lis en ce moment (il paraîtrait même qu’un film en a été tiré ???) est-ce que tu l’as lu ? si oui qu’en as-tu pensé ? :book:

  5. Je viens juste de terminer ce roman qui est très bien même si Billy est tout de même une sacrée tête à claque, mais sans doute l’avons nous été et peut être bien que de temps en temps nous le sommes encore… Le film est réussi même s’il sacrifie un peu trop les personnages secondaires. Il mérite amplement le détour et puis les acteurs qui interprètent Billy et Lou sont formidables. Le film est édité en dvd par Antiprod et il passe sur Pink le 4 mars à 20h 50
    Il n’en demeure pas moins que pour la peinture d’un pré adolescent qui découvre son homosexualité Chronique d’un été de Patrick Gale est supérieur; mais c’est un chef d’oeuvre. Je l’ai lu grâce à ce que tu en avais écrit sur ton blog, un grand merci.:-)

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