« Les visionnaires » au théâtre du Nord-Ouest

De retour au théâtre du Nord-Ouest, hé hé hé, mais dans la grande salle cette fois, et pour aller voir une curieuse pièce, peu connue, et en vers de 1637. Il s’agit d’une comédie de Jean Desmarets de Saint-Sorlin qui était conseiller de Louis XIII, et chouchou de Richelieu. « Curieuse » car on ne s’attend pas forcément à un texte aussi fluide et moderne alors qu’il est en vers et qu’il a 370 ans, mais force est de constater que cela passe incroyablement bien, dans le fond comme dans la forme.

L’histoire fait irrémédiablement penser à du Molière, et apparemment cette comédie a servi d’inspiration pour les « Femmes savantes ». On suit en 5 actes les péripéties d’un père qui veut marier ses trois filles. Or il finit par rencontrer quatre prétendants, et réalise avec effroi qu’il a dit aux quatre qu’il leur refourguait une des filles. Seulement ils sont tous plus fous les uns que les autres, et chez les filles et chez les garçons. Une des filles, Hespérie, est persuadée que tous les hommes tombent en pamoison pour ses exceptionnels yeux. Une autre, Mélisse, est amoureuse d’Alexandre de Grand après en avoir lu les hauts faits, et ne veut épouser que son équivalent. Et la troisième, Sestiane, ne jure que par le théâtre et la création littéraire. Du côté des prétendants, on a Artabaze, un capitaine qui a une curieuse phobie des rimes et des figures de style. Il y a aussi Amidor, un poète talentueux et très précieux. Phalante est un homme (sensé être) riche et le montre bien. Filidan est un jeune garçon complètement illuminé, à qui l’on décrit une beauté et qui y succombe par la simple poésie de l’évocation.

Tous ces personnages, avec en plus le père, Alcidon, et un parent de ce dernier, Lysandre (Rhaa Lovely !), se croisent et circulent avec beaucoup d’énergie et de mouvements sur une scène presque nue. On n’a pas vraiment de lieu pour l’intrigue, et il faut quelques temps pour bien comprendre comment l’intrigue se met en place, et de quel genre de pièce il s’agit. Les personnages évoluent sur la scène, se rencontrent, échangent des répliques, puis vont et viennent. Du coup les décors ou les situations ne sont pas vraiment formelles, mais l’histoire prend rapidement et intelligiblement forme.

C’est une comédie, et en effet, on rit de bon coeur à des personnages caricaturaux extrêmement drôles, et surtout à des saynètes cocasses et vraiment dans la veine de Molière. J’ai beaucoup aimé le texte et les vers de l’auteur, que je trouve très bien dosé entre des moments « faciles » et fluides, avec des rimes qui font facilement passer le dialogue, et d’autres moments plus élaborés, avec des passages au niveau de langage fleuri et joliment écrit. Encore une fois, il est assez dingue de constater à quel point ces comédies du 17ème passent très bien aujourd’hui. Il suffirait de peu pour adapter ces textes à notre époque, et la mise en scène enlevé donne un rythme très agréable à l’ensemble.

Il faut saluer les comédiens qui sont globalement vraiment bons, qui ont à la fois une excellente diction, et qui endossent bien leurs rôles. On sent qu’ils ont une maîtrise de leur texte quand on les écoute, et que les vers coulent naturellement. Il n’y a alors pas plus agréable musique pour l’oreille, avec une compréhension immédiate de la situation et des dialogues, qui sont alors très réalistes malgré une construction littéraire des moins spontanées. Ils rendent vivante, drolatique et actuelle cette ancienne comédie, et nous ont fait passer un très bon moment.

« Les visionnaires » au théâtre du Nord-Ouest

3 Commentaires

  1. oui, votre billet est intéressant; je souhaite y ajouter si vous le permettez à votre « Il faut saluer les comédiens qui sont globalement vraiment bons », qu’il faut je pense les saluer plutôt deux fois qu’une, la raison en est que le Théâtre du Nord-Ouest porte à la scène une dizaine, voire plus, de pièces de théâtre par an, sans compter les nombreuses lectures de textes, ceci afin d’assouvir la soif de « grandeur » d’un couple de « prêteurs »-en-scène (et non pas de metteur-en-scène) qui ont non seulement une vision du théâtre on ne peut plus classique (au sens de la médiocrité d’un manque d’accomplissement artistique qui se croît devenir de l’art une fois fait « parler » ou « mis en bouche », ou plutôt en « bouchées » (en boucher, c’est comme on voudra) non seulement un texte, mais l’oeuvre entière d’un auteur (grandeur artistique et recherche de renommée académiesque oblige)! on assiste donc souvent à des massacres bien en règle, parfois à des réussites, qui ne sont dûes qu’aux jeunes comédiens qui se défoncent tellement au travail qu’ils arrivent quelque fois, à partir de directives saugrenues saupoudrées d’ordres dictatoriaux émanant de « pretteurs »-en-scène à l’esprit bourré de « belle philosophie » agrémenté d’un zeste d’ostie, à relever une mise en scène souvent vide et d’où surtout toute idée du théâtre est absente, ou alors aplanie comme après le passage d’un poids-lourd, celui de la vacuité intellectuelle, barque trouée de part en part, menée par un couple « connoisseurs » du grand monde où passe un sens dont seul leur esprit éclairé d’un amour réciproque de la fin en soi sait saisir et « expliquer » (mais jamais au grand jamais « expliciter ») aux apprentis-comédiens, et encore, sans jamais omettre de se perdre dans des considérations ératiques et forcément incomplètes puisque le seul moyen qu’à le comédien de comprendre, et ainsi de mettre en acte les désirs de ces pharaons auto-couronnés du texte, est d’aller chercher l’image exacte que ces « rêteurs »-en-chaîne ont à l’esprit mais qu’ils ne savent jamais communiquer clairement. Ainsi, oui, il faut applaudir ces comédiens qui s’acharnent à faire du mieux qu’ils peuvent et quelques fois, malgrés les conditions détestables de travail, réussissent à porter à la scène une partie essentielle de quelque chose. Ces comédiens qui, bien évidemment, ne sont JAMAIS payés (sauf évidemment les 3 ou 4 privilégiés du roi et de la reine), pas un centime! : en effet, un couple princier dont le bol déborde de hautes pensées leur offre l’opportunité non seulement de jouer dans un « grand théâtre », mais (laissez-moi rire) surtout de « devenir comédien » sous leurs ordres diffus! quoi demander de plus? C’est ainsi qu’on peut monter autant de pièces et lectures par an, s’approprier ce loisir qu’ils transfoment en droit sans jamais payer pratiquement personne; c’est ainsi que cette industrie grotesque de « l’oeuvre complète » perdure et qu’ils s’en font une gloire. Il reste à ajouter ce qui n’est jamais crié haut et fort, c’est que ce théâtre peut vivre grâce au prix des entrées et surtout aux dons annuels d’un milliardaire. Mais pourquoi payer des comédiens après tout? hein? c’est presque devenu une règle de nos jours! en tous cas ces personnes à la tête du Nord-Ouest contribuent fortement à ce que cette habitude de fonctionnement, depuis des dizaines d’années, chez-eux (oui c’est une « grande famille » bla bla bla), en devienne une. Et après tout, les comédiens, ce sont des saltimbanques, non? des amoureux de l’art qui n’ont que faire d’être payé, non? qui préfèrent mordre du texte plutôt que dans une bonne cuisse de poulet, non? Pour ma part, ce lieu détestable dont personne du public ne sait vraiment comment il fonctionne, d’où mon billet ici, j’en ai eu une courte expérience : j’ai un jour passé une « audition », il fallut alors que je devienne et sois sur scène, en moins de deux minutes s’il-vous-plaît, l’image exacte que cette caricature de « metteur-en-scène » avait dans son esprit sans qu’il fournisse plus d’explications…. je ne convins pas évidemment! moi qui avait déjà à l’époque derrière moi le sillon d’une expérience de jeu de 12 années au théâtre! j’en fus,on s’en doute, sur le moment assez retourné, car c’était la première fois (dieu du théâtre merci!) après avoir joué dans tant de pièces, et avec des metteurs-en-scène, des vrais, et non pas des moindre, que j’étais confronté à un « metteur-en-scène » de cette nature, autrement dit sans aucune nature, quoique avec un peu de tempérament (la « classe » d’académicien du « théâââtre » en a besoin je présume).
    Et le clou de ce quart-d’heure (pas plus!) d’essai, a été la soirée où se jouait un spectacle dans le théâtre, spectacle auquel j’étais évidemment convié (l’apprentis-boucher-de-scène qui m’avait fait « travailler » le rôle l’après-midi ne m’avait pas encore donné sa « réponse » -qui vint seulement plusieurs semaines plus tard (encore une nouvelle marque de respect)-, convié donc pour faire connaissance avec le haut talent de ces bouchées-en-scène gargantuesques (c’est comme cela que souvent ça se passe au théâtre, le comédien qui est susceptible d’être pris pour un rôle se doit de voir au moins une réalisation scénique de la personne avec qui il se peut qu’il ait l’occasion de travailler, ceci afin d’en discuter ensuite et de faire plus ample connaissance)….. hé bien il a fallu que je débourse 5 euros pour aller voir le spectacle! Ceci, lecteurs, vous l’aurez compris, est la marque de fabrique du respect que l’on porte au comédien au « théâtre » du Nord-Ouest; je pense là-dessus ne pas avoir à faire de dessin!
    Pour finir, que l’on me comprenne bien, l’origine de ma volonté d’écrire ce billet ici présentement n’est aucunement due à une quelconque once de ressentiment envers le fait de n’avoir pas été engagé pour le rôle, j’en savais assez au bout d’un quart-d’heure d’essai et du spectacle auquel j’assistais le soir pour savoir pertinemment par-devers moi que je ne voudrai jamais au grand jamais travailler avec ce type de personne! Ce billet je l’écris pour vous monsieur qui avez assisté à une représentation au Nord-Ouest, histoire de vous en faire découvrir les coulisses inavouables, je l’écris pour les pauvres apprentis-comédiens afin qu’ils sachent à l’avance à quoi ils peuvent s’en tenir s’ils jouent là-bas, qu’ils sachent avant tout qu’ils seront pris déjà parce qu’ils sortent d’une école de théâtre et qu’ils ne sont pas retors puisqu’ils s’imaginent naïvement qu’ils ont été sélectionné pour un rôle (souvent il s’agit de l’Ecole Florent, qui constitue pour ce couple d’illuminés un vivier inépuisable de personnes naïves parce qu’elles n’ont pas d’expérience dans le métier.) Donc chers comédiens, pour en revenir au début de mon billet, je vous salue bien bas, je salue votre courage de travailler pour et avec ces pingouins, et votre jeune naïveté sans pareille, je salue enfin votre ténacité à ne pas quitter le ou les spectacles en cours dans lesquels vous avez été « engagés », malgrés les diktats scéniques et les multiples crises (où quelques fois certains en viennent aux mains) dans lesquelles ces personnes non-respectueuses du théâtre et de la vie vous font baigner (je n’avance rien au hasard, je tiens ces informations de discussions avec plusieurs jeunes comédiens enrôlés (c’est le cas de le dire) dans un spectacle au Nord-Ouest. Et à ces deux pingouins-pharaoneux-aux-« pensées »-à-jamais-inexplicites-parce-que-vides, je dis « avalez votre théâtre et disparaissez » pour le bien de l’art, pour le bien de la société, pour le bien de l’humanité (puisqu’il vous semble la « cotoyer » et lui donner un sens) ».

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