Promeneurs du dimanche

Le week-end ne se présentait pas sous les meilleurs augures. Déjà depuis trois jours, je ne me sentais pas très bien. Toujours ma sempiternelle manie de rogner sur mon sommeil pour tout concilier : amis, boulot, blog, sorties… Du coup quelques semaines d’abus, une forme physique amoindrie, et vlan, je me retrouve sur le carreau. Et puis un vague à l’âme diffus et croissant, des courbatures, une envie de gerber, bref, pas bien quoi. Il s’agit surtout d’un cercle vicieux entre fatigue, maladie, spleen et irritabilité. Mon boulot est assez stressant et prenant en ce moment, et cela ne préfigure qu’un commencement au vu des semaines qui arrivent.

Père Lachaise

Et le week-end dernier, je devais aller chez mes parents vendredi, voir des potes samedi après-midi, aller à deux soirées qui s’enchaînaient le soir, et une expo ou un ciné le dimanche avec d’autres compères. Je m’avançais avec fébrilité dans cette fin de semaine en oxymoron : une sorte de bonheur apocalyptique. Mais je sais bien qu’une confrontation familiale n’est jamais bonne lorsque je suis dans un état pareil. Seulement je m’étais engagé, et ma mère tenait vraiment à ce que je vienne les voir à Osny. Du coup, dès le vendredi soir, j’étais clairement au fond du gouffre.

Père Lachaise

Un mélange subtil de famille qui me sort par les yeux, d’état physique déliquescent, de moral en berne et d’idées noires, m’a délicatement embaumé, et jusque samedi en début d’après-midi, j’ai du simuler un relatif bien-être pour pôpa et môman. Je n’avais qu’une hâte, c’était de fuir, de m’enfermer chez moi, de dormir un siècle, et de me faire réveiller par une bonne pipe de mon Prince Charmant (c’est vachement mieux que les baisers pour réveiller une princesse, je vous promets). C’est dans ces moments là en plus que ma mère et mon père choisissent d’être les plus relous, ou alors c’est moi dont le discernement est troublé par mon état (certainement).

Père Lachaise

J’ai enfin chopé mon RER à Cergy-le-Haut, j’avais des envies de pleurer qui m’étreignaient, et dont je ne pouvais deviner la cause tant les raisons se mêlaient. J’ai annulé tous les projets du week-end, et déjà j’ai senti un poids en moins. K. m’a confirmé qu’il me rejoindrait chez moi après sa soirée, cela m’a laissé quelques heures seul. Et puis toute cette fin de week-end à me reposer a été consacrée à me reposer… dans ses bras.

Père Lachaise

Père Lachaise

Dimanche, il a tout de même fallu émerger, mais seulement pour aller bruncher à l’Autre Café en amoureux, puis aller nous oxygéner en se baladant au Père Lachaise. J’adore cet endroit. Certains trouvent ça glauque, moi au contraire, je m’y sens parfaitement à l’aise. Ces vieilles tombes sont autant de traces du passé qui ont perdu le côté triste et « perte » de la mort, il ne s’agit plus que d’un souvenir qui perdure et peu à peu s’estompe, comme s’érodent peu à peu les noms et les années sur ces pierres tombales. Ce cimetière n’a rien à voir avec les habituelles allées tirées au cordeau, les alignements de blocs de marbres et plaques plus ou moins kitschs.

Père Lachaise

Comme beaucoup de gens, j’aime surtout les mausolées imposants et richement ornés, ou bien certaines curiosités, comme des statues, des décors sculptés qui interrogent ou des noms aux évocations familières. Mais cela reste un cimetière, et c’est donc particulièrement calme et silencieux, juste propice au recueil et à l’introspection. Et aussi aux bisous dans le cou au recoin d’un chemin.

Père Lachaise

Si vous voulez vous promener à Paris, et que vous ne connaissez pas bien, ou alors vous avez envie de changer des quartiers que vous arpentez couramment : ce site est génialissime. Vous y trouvez des kyrielles d’itinéraires qui cheminent dans tous les quartiers parisiens, avec moult détails sur les bâtiments (architectures, styles, curiosités etc.), et même des précisions sur les styles des HLM ou des lieux publics. Cette dernière caractéristique surtout, fait toute la différence et est une des grandes qualités de ce site. Pour apprendre un peu plus de l’urbanisme parisien et aussi se débarrasser de ses préjugés en adoptant une vision un peu plus aiguisée et moderne, je vous conseille de fouiller ce précieux repaire/repère.

PS : Si, si, ça va bien maintenant je vous assure, j’ai bien dormi. :mrgreen:

21 Commentaires

  1. Le Père Lachaise est effectivement un endroit fascinant. Il y a les tombes touchantes (par les épitaphes, les dates de naissance et de décès trop proches, parfois la photo), beaucoup de tombes quelconques et puis les étalages innombrables de la vanité humaine (le poète inoubliable dont personne ne se souvient plus, le président du syndicat de la charcuterie en gros, l’esthète qui a voulu faire de sa tombe une oeuvre d’art, le parvenu qui a voulu un truc mastoc genre temple grec qui en foute plein la vue aux voisins). Il y a les monuments aux fusillés, aux déportés, aux attentats. Au championat des vanités humaines, quand même, la palme revient au carré des dirigeants communistes français. Les Duclos, Thorez et leurs collègues staliniens se sont fait faire (ou offrir par les camarades?) des pierres tombales plus énormes les unes que les autres, de vraies tombes de parvenus. Curieuse conception des valeurs prolétaires.

  2. Je vais souvent au Père Lachaise, je m’y sens bien moi aussi. Ou moins mal en tout cas.
    Marrant (à moins que triste) un dîner à caractère familial lundi soir m’a plombée exactement comme ta visite à Osny l’a fait. Ce n’était pas non plus refusable, mais j’avais une telle envie de m’en échapper.

  3. J’aime ce genre de poste, ou je peux comprendre et m’y retrouver…:boulet:

    jolies photos, jolis details…

    je ressent un peu les meme choses parfois quand je vais chez mes parents, avec en prime le droit d’avoir moman au telephone tous les jours…:ben:

  4. Matoo,
    as-tu déjà vu au Père-Lachaise, cet homme qui construit son tombeau en forme de pyramide ?
    Ca vaut la peine de faire le détour…
    Et puis, il y a tant à ressentir dans ce lieu.
    Quand j’habitais Paris, j’y allais très souvent.
    Ce n’est pas un lieu triste, mais un lieu poétique et humain.

  5. le Père lachaise quand j’y suis allé la première fois, c’était armé de mon appareil photo pour me donner une motivation et du courage. :help: J’ai une trouille bleue des cimetières. Mais je voulais surpasser cette peur diffuse, et je suis même aller jusqu’à rentrer dans un caveau où la porte n’était pas close. Une chaise à gauche semblait m’attendre et un vase fêlé à droite. Et puis les « tiroirs » de chaque côté. Pas très fier, mais par le vitrail cassé, un bout de branche verte et un rayon de soleil m’ont rappelé à la vie. Ouuuuf !!

  6. Les lieux comme les cimetières me donnent toujours, étrangement, un sentiment de bien être peut être est ce le calme, l’atmosphère qui y règnent. En Inde, assister aux crémations au bord du Gange est aussi un moment très fort car contrairement à chez nous, cela se passe au grand air, en pleine ville et au milieu du monde, des hommes et femmes qui continuent à vivre.

  7. C’est fou cette sensation que nous sommes nombreux à partager. Effectivement un moment de calme, reposant, dans un autre monde d’abord poétique : pouvoir se promener en silence, longuement, ne jamais en avoir fait le tour, toujours découvrir de nouvelles choses.
    J’ai toujours cette impression d’être dans une ville, en dehors de la ville, c’est tellement gigantesque que l’on n’entend pas les bruit de Paris, vraiment être ailleurs, au calme, se ressourcer et repartir.

    C’est troublant aussi tous ces commentaires qui disent la même chose!

  8. Je sens que je vais écrire un billet intitulé « Spleen dans la blogosphère », entre toi, 4Largo, Miss Rainette etc etc…c’est le top en ce moment, vive le printemps, le soleil et les Mamours !!
    Mais moi ze t’aime mon Matoo :petard:

  9. Puisque ça va mieux, alors :

    LOC. INVAR.
    * vu les intempéries.. (à cause de)
    * vu que nous n’en savons rien …
    * au vu de la situation, nous avons renoncé
    * au vu et au su de tous…(en public)

    Je sais, je sais… et c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité…
    :redface:

  10. Beau plaidoyer pour le Père Lachaise. Je suis comme vous tous, c’est mon refuge lorsque la frénésie parisienne s’ajoute à une déprime liée à un futur ex trop lointain, un emploi peu gratifiant, des ascendants trop présents et un collatéral pas assez à l’écoute… Heureusement, il rest la lecture du MatooBlog, à 01h53, seul en haut d’une tour, à la lueur de centaines d’écrans et le ronronnement peu poétique de climatiseurs (19° toute l’année, venez, venez, ça conserve).
    Bisous mon Matoo

  11. Et là ma note chouchou.
    Je suis venue te lire hier et j’ai peur que lorsque je reprendrai le blog celle ci soit aux archives (comme tu peux le constater je ne bloggue pas pour quelques jours… eheheh… Mais la cousine est sous la douche !)

    J’adore, tu illustres de très belles photos en démarrant sur totalement autre chose

    Tu dis plein de choses sur toi tes états d’âme, la façon dont tu es perçu dans ta famille

    Tu prends le RER à Cergy le Haut. C’est moche einh ? C’est à gerber comme tu dirais. C’était pas trop mal parti pourtant. Bien sûr il faut loger les gens mais de là à faire n’importe quoi…

    Et puis ensuite tu parles du sujet illustré. Tu parles de tes ballades
    Je te remercie du lien. Je l’ai mis en favori
    Le père lachaise j’ai pas tout exploré. Je voudrais la prochaine fois aller rendre hommage à Moddigliani et surtout à Jeanne sn modèle qui s’est jeté dans le vide quelques jours après sa mort alors qu’elle était enceinte de lui. Sa famille l’avait rejetée.

    On va aller faire un tour à Paris aujourd’hui et ce soir salon du livre…

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Petite opération antispam à résoudre : * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

:bye: 
:good: 
:negative:  
:scratch: 
:wacko:  
:yahoo: 
B-) 
:heart: 
:rose:   
:-) 
:whistle: 
:yes: 
:cry: 
:mail:   
:-(     
:unsure:  
;-)  
 
Partages