Les Témoins

Un film de Téchiné qui évoque les premières années Sida, avec un casting de rêve et une affiche closerienne assez mal venue, forcément ça donne envie d’aller se faire son idée. Histoire de se rendre compte du jeu des comédiens, mais aussi du traitement des événements, de la manière dont Téchiné rend cela avec sa sensibilité et son regard. Je ne suis pas déçu du résultat, j’ai bien aimé, même si je n’en ressors pas complètement convaincu et conquis.

Déjà, une chose est à saluer, le film n’est pas un docu-fiction sur le Sida en 1984. Il s’agit avant tout d’une histoire originale et à l’intrigue bien goupillée, et dont la maladie vient donner le prétexte à des « ruptures » intéressantes dans la narration. Je ne diminue pas non plus l’importance du film dans son rôle « témoin » (justement !), car il a aussi ce mérité de nous resituer en 1984-1985, et de rappeler cette période très étrange, entre chien et loup, où l’on commençait tout juste à réaliser ce qu’était le virus. Ensuite, j’ai vraiment trouvé les comédiens excellents et bien dirigés, avec un plus pour Michel Blanc et Emmanuelle Béart. Cette dernière est excellente, et très belle, malgré son bec de canard (nan mais vraiment elle ressemble à Daffy Duck avec ses lèvres collagènées) qui ne l’empêche presque pas de s’exprimer normalement.

Nous sommes en 1984, Sarah (Emmanuelle Béart) et Mehdi (Sami Bouajila) viennent d’avoir un bébé, et forment un beau couple libéré. Chacun peut aller voir ailleurs sans que l’autre n’en soit gêné. Le meilleur ami de Sarah, Adrien (Michel Blanc), un médecin d’une cinquantaine d’années, rencontre un jeune homme, Manu (Johan Libéreau, très charmant sans être d’une beauté fatale ou parfaite) dans un lieu de drague et s’en amourache. Manu vient de débarquer de province, et squatte la chambre d’hôtel (de putes), où sa soeur (excellente Julie Depardieu) vivote en attendant de gagner sa vie comme chanteuse lyrique. Adrien présente Manu à ses amis…

Le film est en trois parties qui sont clairement intitulées, et sont trois périodes distinctes. Ainsi la toute première, qui dure un certain temps, n’évoque absolument pas la maladie. Il s’agit plus d’une préparation au drame, une mise en scène délicate et joliment orchestrée, aussi parcimonieuse que la rupture sera tranchante. Car le film démarre comme une histoire d’aujourd’hui, et sans l’intervention du Sida, on aurait une suite qui ne serait pas du tout la même. Ensuite c’est la maladie qui se déclare, et les relations qui volent en éclats, les personnalités qui se révèlent ou s’affirment, et des paradigmes qui changent, des morts prématurées à accepter. Etrangement, le film se passe plutôt en frange de l’épidémie, et il ne fait qu’évoquer cela dans l’engagement militant d’Adrien, le médecin pédé qui lutte tout de suite contre le fléau.

J’ai beaucoup aimé le personnage d’Adrien dans ce qu’il a de plus ambigu et réaliste. Car on devine sa personnalité en quelques traits et quelques minutes, lorsqu’il s’éprend ainsi du jeune Manu et se jette à corps perdu dans une relation vaine. Il s’investit pleinement dans la lutte, autant pour combattre la maladie, que pour y gagner une certaine reconnaissance, et oublier sa misère sexuelle et sentimentale (même si un retournement de situation change cela à la fin). Le film est très homo dans ses intrigues, et il ne manquera pas de toucher la communauté pédé.

Le film est plutôt bien ficelé, mais tout de même il manque quelque chose pour en faire une vraie réussite. J’ai été sans cesse gêné par des maladresses ou des petits agacements que je ne pensais pas avoir pour un réalisateur avec une telle expérience. Ok c’est un film français, et on peut du coup plus se concentrer sur un ressenti plutôt que sur un jugement totalement formel. Mais là, il y a aussi quelques moments qui battent de l’aile, et, comme Orphéus le notait, faisaient penser à un premier (bon) film.

Ces points formels que j’évoque et qui m’ont un peu déçu, c’est sur l’évocation des années 80. A part quelques éléments vestimentaires ou de look, comme une coiffure, un blouson, ou la bagnole du héros, tout le reste n’est absolument pas dans le même ton. Alors je sais bien que ce n’est pas un blockbuster, et que l’objectif n’était pas de rendre l’époque à la perfection. Mais tout de même, les twingos garées dans les rues, les vues sur la tour Saint-Jacques avec ses échafaudages, ou les draps de l’hôpital avec « 2006 » inscrit, je pense que ça aurait pu facilement être évité. J’aurais été beaucoup plus « dans le truc » avec un film qui se donne beaucoup plus les moyens pour nous mettre dans l’époque (A part le clip des Rita qui déchire, évidemment !).

Le thème musical est extrêmement redondant, et j’en ai reconnu les premières notes (évidemment) puisqu’il s’agit d’un morceau de Philip Glass. J’ai été assez gêné comme je l’avais été dans « The Hours » puisque c’est encore une fois une reprise d’une oeuvre existante (« Metamorphosis » pour « The Hours »), remaniée pour le film. Là, clairement c’était un extrait de Satyagraha : « The Protest », dont on entend que le début et avec des instruments différents. Cette réutilisation a été assez parasite pour moi car j’ai du mal à en entendre une version pareille, même si ce n’est pas mauvais, et mon oreille s’attend toujours à autre chose.


Satyagraha (Protest) – Philip Glass

Donc vous voyez, j’ai aimé, mais ce n’est pas non plus l’extase…

L’avis des copines : Dfromparis, Psykokwak, Marcel Dugomier, Gregoo, Patrick, Celui qu’il, le nain masqué, Nij, Toli, Julien, MonsieurT, Orphéus.

Les Témoins

15 Commentaires

  1. A la séance de 20h10, devant moi, il y avait deux garçons qui s’embrassaient. L’un portait une casquette, l’autre pas. J’étais témoin.

  2. Je suis allé voir ce film le jour de sa sortie !! J’en ferai la même critique… Et j’ai également remarqué « 2006 » sur les draps ;-)
    Mais une question me « chagrinne »…. Est-ce que je suis le seul à y avoir laissé des larmes ?

  3. Pour le théme musical, oui, c’est dommage d’avoir réutilisé un thème muscial déja utilisé il n’y a pas si longtemps dans un grand film qui touche à peu près le même public.
    J’ai rien remarqué pour le non respect des années 80.:book:

  4. Vu aussi tout les anachronismes… et si en fait c’était tout simplement un pont entre cette époque pas si lointaine et maintenant… pour nous faire comprendre que rien n’est fini et que cette histoire pourrait arrivait encore aujourd’hui… et surtout que le sida n’est pas fini !!..
    (à un détail prés… la drague en extérieur tué par internet !)

  5. Pas aimé, pas aimé du tout. En fait, pour être plus précis, c’est même pas que je n’ai pas aimé, c’est surtout que je n’y suis absolument pas entré. Le film est froid, manque d’empathie et est marqué par de grossières erreurs de raccords qui ne peuvent/doivent pas se retrouver dans un film de cette envergure.

    J’attendais beaucoup plus au vu du réalisateur et du casting, je n’en suis que plus déçu…

    http://www.winlooseperfect.com/blog/index.php/2007/03/19/121-les-temoins-bacle

  6. Personnellement j’ai bcp bcp bcp aimé et marqué.

    C’est bizarre, mais c’est 5 mn apres etre sorti de la salle que je me suis mis a chialer ma race. Chelou.

    Les acteurs sont excellents, le flic détestable a souhait, et emmanuelle béart est excellente dans le role de la jeune mère rejetant son enfant.

    Un film froid comme la vie.

  7. Ben moi je n’ai pas vraiment aimé ce film. Tu dis que ça devrait intéresser la communauté gay. Mais on ne la voie pas beaucoup dans le film ! A part une ou deux scènes dans un parc rapidement expédiées, une prostituée aux grand coeur comme on en voit dans tous les films et le personnage de Michel Blanc (qui, lui, est à peu près intéressant), ils sont où les pédés dans ce film ? Elles sont les folles ? il est où le milieu gay avec l’irruption de la maladie qui vient foutre le bordel ? C’est rapidement dit par Michel Blanc mais ce n’est visiblement pas le sujet du film qui se contente de nous montrer un jeune gay très hétéro, très « comme il faut » (le syndrome Brokebare Mountain?) avec la même chemise à carreaux du début à la fin… (Un film de « honteuse » ?) Mais bon, c’est du Téchiné : un gros mélo où les personnages n’arrêtent pas de parler de leurs sentiments en claquant des portes, avec, ici, une petite touche sur l’irruption du SIDA. Pour un meilleur aperçu de ce qu’a été l’irruption de la maladie dans les milieux gays, et tout simplement en France, j’avais été beaucoup plus impressionné par le documentaire « Bleu, blanc rose » pourtant très sobre.

  8. j’ai adoré ce film, je l’ai vu il y a 10jours et il me « hante » encore!! le ton du film est assez direct et cru mais finalement démontre sans hypocrisie une partie du monde gay… (par contre je dis bien une partie!) Moi j’ai au contraire remarqué les voitures d’époque, les vignettes années 80 sur les pare-brises mais pas remarqué le « 2006 » sur les draps de l’hopital! j’ai adoré le personnage, Manu, l’acteur joue très bien…

  9. Téchiné n’est pas Ozon et se fout de faire un film d’époque maniéré. Il a juste eu envie de retrouver l’esprit de liberté des films de la Nouvelle vague libérés des carcans du film de studio (voix off à la Truffaut, montage saccadé à la A bout de souffle…), et il n’avait pas les moyens de le faire, je pense. D’où le parti pris de pas fignoler les détails du style twingo et 2006. Quand on découvre le film, ça perturbe mais quel ton et quelle fougue. J’ai pleuré !

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