Renaud Camus présente ses Travers

Je passe un week-end très laborieux et, sinon l’amoureuse présence de mon chéri, je n’ai tenu qu’un seul engagement qui était de venir à une rencontre avec l’écrivain Renaud Camus, à l’occasion de la sortie de plusieurs bouquins de l’auteur. Samedi après-midi donc, je suis allé chez l’artiste Jean-Paul Marcheschi qui est un proche de Camus, et avec une petite sélection de blogueurs, blogueuses et férus de l’écrivain, nous nous sommes donc croisés. Madame de Véhesse était l’instigatrice de l’événement, et j’étais déjà très heureux de la revoir après tout ce temps.

J’ai aussi eu l’insigne honneur de rencontrer un de mes papablogs, Gvgvsse, ou de revoir Julie et Zvezdo, et aussi de faire brièvement connaissance de blogueurs d’un cercle que je connais et lis sans bien le fréquenter, comme Ruines Circulaires ou bien encore Touraine Sereine et l’Esprit de L’Escalier. Je me sentais un peu comme le moins littéraire de l’assemblé, mais certainement le plus pédé (hé hé hé). Mais ce qui caractérise aussi Renaud Camus c’est le fait qu’il soit un auteur pédé, et dans le genre bien décomplexé. C’est d’ailleurs un des traits qui m’a toujours surpris, comment un mec finalement aussi conservateur et parfois réac peut aussi avoir publié les récits les plus détaillés et impudiques de ses relations sexuelles ?

Je suis arrivé en pleine conversation sur les écrits antérieurs de l’auteur, que je ne connais pas vraiment, n’ayant lu que « Tricks » et le « Lac de Caresse ». Mais les thèmes abordés m’étaient familiers puisque j’en avais déjà pas mal discuté avec Madame de Véhesse, c’est-à-dire tous les gimmicks littéraires de l’écrivain et la manière dont il crypte ses écrits, établie des références plus ou moins pointues (qui m’échappent la plupart du temps), ou joue sur la forme (et les mots) dans une exploration de « sensations de lecture » plutôt intéressantes. Et comme les sorties de bouquin concernaient les deux tomes du « Journal de Travers », le sujet du journal a pas mal été évoqué. Du coup, le rapprochement avec la notion de blog peut se faire, surtout pour une somme de récits aussi proches du journal intime, et compilant des événements aussi détaillés.

La différence majeure entre le blog et un journal d’écrivain se trouve-t-elle dans la qualité d’écriture ? Dans le fait que l’un soit gratuit et amateur, et l’autre un objet commercial et professionnel ? Je me demande quelle sera l’évolution de cette forme même de littérature alors que l’on peut déjà lire en ligne les blogs de certains écrivains (je pense à Stephen McCauley notamment). Le journal est souvent, comme l’était à la base le « Journal de Travers », un matériau brut pour l’auteur qui peut ensuite y puiser des idées ou des pistes pour des romans. Mais le blog a aussi énormément de défauts dans son immédiateté de publication, et dans le fait que les informations y soient distillées au compte-gouttes. C’est vrai que la publication d’une somme circonscrite a l’avantage de présenter un contenu homogène et mieux maîtrisé par l’auteur.

J’ai eu droit à mes bouquins et puis à une dédicace de Renaud Camus, qui me félicite pour mon blog, mais surtout pour son humour. Apparemment il rigole bien en lisant (de temps en temps) mes billevesées. Huhuhu. :mrgreen:

Après la présentation et les questions d’usage, nous avons bu quelques verres et discuté entre participants et avec l’écrivain. C’est là que j’ai demandé à un gars, que j’avais reconnu sans savoir qui il était, si on se connaissait vraiment. Ce dernier en était aussi persuadé, et me dit qu’à son avis il y a un rapport avec Biarritz. Puis, il me dit son nom Sébastien M. Aaaaaaaaaaaaah ! Comment ne l’ai-je pas reconnu !? Mouahahahah, les hasards des rencontres… Il accompagnait là un autre garçon que je connaissais aussi de GA. C’est étonnant de se rencontrer ainsi, dans un tel contexte et après trois ans et demi. Car ce Sébastien est un ex de Diego tout simplement. Un ex qui était venu dîner chez M. et moi à l’époque, et avec lequel nous avions aussi passé un week-end à Saint-Briac.

Nous avons évoqué un peu les blogs, et je lui ai expliqué que j’en avais un. Et puis ça a fait tilt : « Si tu es venu dîner chez moi et M., alors j’en parle forcément sur mon blog puisque je l’ai commencé exactement quand j’ai commencé à habiter avec lui. ». En effet, on retrouve facilement les traces de Sébastien, lors de ce dîner ou bien du week-end (avec les irrésistibles commentaires de M. Arf.). C’est drôle d’exhumer ce genre d’articles, qui étaient du coup beaucoup plus « journal intime » qu’aujourd’hui.

Renaud Camus s’est montré très charmant, et extrêmement ouvert à la discussion, aux échanges et aux éclaircissements sur son oeuvre et ses références. Me voilà maintenant avec 1600 pages qui évoquent une année dont je parle souvent ici, puisque ce journal commence en 1976… D’ailleurs je disais à l’auteur que « Tricks » m’avait énormément fasciné aussi parce que j’y retrouvais beaucoup de résonances avec ma vie de pédé d’aujourd’hui, malgré sa sortie en librairie en 1978. Evidemment, l’époque est différente, et les bouleversements du Sida ont radicalement changé les choses, mais il n’empêche que les similitudes que j’y avais trouvées n’étaient pas anodines pour moi.

8 Commentaires

  1. Merci Matoo, de m’avoir prévenu pour la radio. Je vous suis très reconnaissant. C’est si innatendu comme je l’ai dit déjà sur ma réponse à votre commentaire.
    Votre blog est très riche et je suis ravi de le rencontrer. je vais m’y installer un moment.
    encore merci, à bientôt

    Michel

  2. L’oeuvre de Camus m’intrigue, semble t’il pour des raisons que tu as évoquées dans ton post de 2005. Ca fait bien longtemps que je me demande si ça vaut le coup de lire Tricks pour aborder R Camus. Très honnêtement, je me demande si Tricks a bien vieilli ou bien si son impact a tenu à la nouveauté qu’il représentait et au contexte de l’époque (avant que le minitel, puis Internet n’aient rendue assez banale la consommation sexuelle à gogo). L’autre problème est que Mr Camus est bien prolifique, qu’il n’est pas édité en poche, et qu’aborder son oeuvre demande bien du temps et de l’espace de rangement… Mais là on tombe franchement dans le trivial, oublions ces dernières considérations et concluons: tu m’as donné envie de l’aborder comme on aborde n’importe quel écrivain, en s’en remettant au hasard.

  3. RC m’a expressément demandé « qui est Matoo? », il voulait te parler. Il te lit, donc? Mdr!! Je me rappelle que je lui avais envoyé un lien vers ce post
    http://blog.matoo.net/index.php/archives/2004/08/04/onanisme-onirique-ferroviaire/

    Le moins littéraire, le moins littéraire… le moins classique, on va dire, mais les lectures classiques, ça se rattrappe, l’oeil et le coeur, on l’a ou on ne l’a pas.

    A plus, ça m’a fait drôlement plaisir de te revoir, tu n’avais pas l’air trop fatigué. :kiss:

  4. Peter> Non ce n’est pas du tout un ami, heu il me semblait que c’était clair, et je trouve certains de ses propos odieux. Politiquement je suis plutôt à 180° de lui, mais d’un point de vue littéraire, je trouve qu’il y a vraiment quelque chose.

  5. L’un des intérêts des blogs est justement l’immédiateté de sa publication, ce qui d’une part préserve la « fraîcheur » de l’impression et d’autre part fait qu’il ne soit qu’autocensuré mais évite la censure d’un éditeur, comme ce fut le cas pour le journal de Matthieu Galey qui a beaucoup de parenté avec ton blog.
    Le fait que le blog comme la plupart des journaux littéraires publiés soit lacunaire avec leurs personnages (et non des personnes pour le lecteur qui n’a rencontré aucun des acteurs du blog) qui arrivent, disparaissent et parfois reviennent bien des pages après, est une grande source de plaisir par la stimulation de l’imaginaire que provoquent ces intermittents d’une comédie humaine que l’on suit comme on suivrait un feuilleton dont quelques épisodes seraient à jamais égarés.
    Ce qui est rare chez Renaud Camus c’est cette liberté de ton loin du prèt à penser, sans les opinions qui te dérangent, mais je ne crois pas qu’un seul de ses lecteurs ne puisse pas être géné par telles ou telles de ces remarques, il n’aurait pas écrit Tricks, cela est indisociable.
    Je ne voit que peu de différence entre un journal écrit sur papier(?) puis publié (beaucoup sont écrits aussi pour tenter de fixer le temps qui passe) et par exemple ton blog dont le style mélange de mots précieux et de langages parlé, de propos prosaiques, crus et de reflexions critiques et existenTielles et bien d’autres choses encore n’est pas très éloigné du journal de Renaud Camus dont j’aime particulièrement Journal d’un voyage en France (ed Hachette/POL)
    Merci pour tes adresses de blog qui me font découvrir des merveilles… :-)

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