Sunshine

Danny Boyle n’a pas fait que des films que j’ai adorés, mais il a tout de même « Trainspotting » et « Petits meurtres entre amis » à son actif, et rien que cela lui confère un intérêt renouvelé. J’avais aussi vraiment été impressionné, et avais beaucoup aimé, « 28 jours plus tard ». Il n’y avait que lui pour créer un film de zombies avec un scénario qui tenait la route et des propos sous-jacents qui donnaient à l’oeuvre une portée bien plus importante. Là encore, je pense que c’est ce qu’il a fait avec « Sunshine », mais certainement un brin moins efficace.

On avait déjà eu « Solaris » qui avait contrebalancé les blockbusters « Armageddon » and co, avec un film fantastique à l’image léchée, mais au propos mystique et singulier (et le cul de Clooney en bonus). Avec « Sunshine », on est bien dans le film de SF, et à bien des égards j’ai pensé à « 2001, l’Odyssée de l’espace », grande (ultime ?) référence s’il en est pour les amateurs de cinéma de SF. Mais Danny Boyle conserve la veine populaire et l’action du blockbuster, il complique juste un peu la donne en ajoutant son piment habituel, de délires ironiques, de situations incongrues et de retournements inattendus. Mais surtout, il a créé un pur bijou esthétique, car « Sunshine » propose des visions de l’espace qu’on a rarement vu plus belles et travaillées (mais moins réalistes que celles de 2001 !).

Le film se passe intégralement dans le vaisseau spatial « ICARUS II », où sept astronautes se rendent vers le soleil. Notre étoile se meurt et pour la réactiver, les hommes décident d’y lancer une nouvelle charge nucléaire gigantesque. Une première mission avait échoué sept ans plus tôt dans des circonstances inconnues, et c’est là le dernier espoir. Le vaisseau est armé d’un immense bouclier pour se protéger des rayons du soleil, et les membres de l’équipage vivent de manière différente, mais très forte, cette mission. Ils savent qu’ils vont certainement mourir, et certains nourrissent aussi un certain mysticisme par rapport à l’astre solaire. Une fois arrivé aux abords de Mercure, alors que tout contact avec la Terre est coupé par les perturbations électromagnétiques, ils reçoivent un message de détresse d’ICARUS I.

Tout cela est bien typique d’un scénario de film « spatial » classique, mais c’est sans compter l’imagination débridée de Danny Boyle, et surtout la manière dont le produit final est superbe. Car « Sunshine » se voit au cinéma avant tout pour profiter d’images à couper le souffle. La musique et les sons sont aussi très importants et pas mal réussis, sauf peut-être pour certains moments où c’était tellement fort que ça vrillait les tympans (mais je crois que dans la première salle aux Halles, ils abusent un peu). Le vaisseau m’a vraiment fait penser au « Discovery » de 2001, et idem pour l’ordinateur de bord qui a une voix féminine, mais dont le lien avec HAL 9000 est indéniable. On retrouve aussi tout un décor très au point, et une technicité futuriste qui est très agréablement dosée. Ainsi une salle de réalité virtuelle pour retrouver les sensations de la Terre après plusieurs années dans l’espace, ou bien écosystème autarcique pour permettre une production autonome d’oxygène et de nourriture etc. La fin aussi dans une ambiance « physique quantique » incertaine est très bien induite par la réalisation, et j’ai aussi inexorablement pensé à la fin de 2001 lorsque Dave Bowman traverse le monolithe.

J’ai été un peu déçu par les personnages par contre. Là on ne peut vraiment pas louer l’originalité de l’auteur, on retrouve au contraire tous les clichés du genre. On a un capitaine un peu illuminé, un psy qui psychote complètement sur le soleil, un second avec des grosses burnes et un caractère emporté (Chris Evans évidemment… qui barbotte dans l’azote liquide avec beaucoup de grâce), une femme-enfant sensible, une femme mûre, posée et proche de la nature (Michelle Yeoh), un héros anti-héros positionné exactement comme on l’attend (Cillian Murphy). Rien de très passionnant là-dedans, et c’est certainement ce qui fait que le film n’emporte pas complètement mon suffrage. Parce que du coup, on n’est pas extrêmement surpris par le déroulement du scénario, et que certains dialogues sonnent vraiment trop « Armageddon ».

Un très bel écrin donc, et une petite déception malgré quelques atouts scénaristiques (dont ce voyage vers le soleil qui donne lieu à de belles paraboles mystiques) ; disons qu’il aurait pu être encore un peu moins « blockbuster » tout en conservant l’action et le côté « entertainment ». Et puis je sais que je pousse le bouchon mais dans l’espace, il n’y a aucun son, puisque pas d’air, et pourtant ils ne peuvent pas s’empêcher d’en produire des tonnes. Or ce silence si « inhumain » était aussi, à mon opinion, un des extraordinaires effets cinématographiques de 2001.

L’avis des copines : Demonz, Gfthanos, Raka.

Sunshine

13 Commentaires

  1. Raaah ce Matoo, des critiques toujours bien menées. Je me joins à toi pour dire que la bande son est vraiment extra et les images (ce final !!!! ) un régal ! Juste pour cela je suis tenté de me refaire Solaris et 2001, pour contrebalancer ma propre critique de Sunshine…

  2. Le basculement dans le grand guignol à partir de l’arrivée de tu-sais-qui ne t’a pas géné? J’ai trouvé qu’à partir de ce moment là, on sombrait un peu dans le n’importe quoi, surtout que j’attendais une montée de l’élément philosophique/mystique du film plutot que cette affaissement qui fait ressembler le derniers 1/3 du film à une série B

  3. J’ai trouvé que c’est un film avec beaucoup de promesses, pas tenues. Mais je ne suis pas sortie « déçue » pour autant, c’est un produit cinématographique très visible. Exemple de choses qui m’ont parues des promesses pas tenues, choses pas abouties : l’aspect mythologique (la cosmogonie ambiante ; le fil narratif possible autour d’Icare), le recommencement éternel, retour infini devrait-on dire (réitération du voyage, retour du capitaine de Icarius I, scène finale) ; l’approche du Soleil et de Dieu ; la déité du Soleil et de la lumière et sa puissance génératrice… j’ai vu (à tort ou à raison, c’est peut-être subjectif) beaucoup de petites perles : mais pas le collier. Le fim contient bien une histoire : il ne la raconte pas. A sa manière, Sunshine persiste dans l’ombre narrative.

    J’ai eu l’impression que

  4. oups, j’ai l’impression que j’ai changé d’avis sur un début de phrase et que j’ai oublié d’effacer. Bon, pendant que j’y suis, je crois qu’on peut quand même le conseiller non ? ça fait un peu « Lynch dans l’espace », c’est un objet pas évident à identifier mais je l’ai trouyvé intriguant. A cause des ombres, peut-être.

  5. XXL> Oui moi aussi j’ai été surpris, mais au final j’ai trouvé que c’était assez similaire à l’effet « 28 jours plus tard », et ça m’a plu. J’ai aussi regretté qu’il ne file pas plus la métaphore solaire (mais j’aurais alors aussi critiqué cela, je crois huhuhu).

  6. J’ai bien aimé le film pour le réalisme des images impressionnantes et des effets spéciaux qui m’ont fait embarquer dans l’histoire, mais pour ce qui est de certains éléments du scénario parcontre… comme la scène où Mace est projeté dans l’espace à -273, c’était loin d’être crédible!

  7. Tout comme Chondre, je me dois d’exprimer ma grande surprise devant l’absence de scénes avec le torse de Chris Evans! Je m’imaginai déja les scénes où, s’approchant du soleil, l’équipage allait devoir abandonner quelques épaisseurs de vêtements..:love:
    Bon tant pis, faudra aller voir cette croutasse de FF 2 pour se rincer l’oeil!:mur:

  8. bon, j’en reviens à l’instant. J’avais beaucoup aimé 28 jours plus tard… mais lá c’est mieux. Même si freddi perd beaucoup de sa crédibilité (justement l’effet freddi). et bordel, cillian murphy, quoi.

  9. C’est du capillotractisme à gogo ce film.
    D’ailleurs j’aimerais bien connaitre la recette du mec qui a reussi a vivre dans Icarus I 7 ans (si je me trompe pas) avec surement plus d’eau ni vivre… ni oxygène.. ?

    C’est un peu du n’importe quoi ce film!
    Mais le pire au niveau capillotractisme et dans le retournement de la tombe de Darwin c’est le transporteur 2. Les mecs ont oubliés d’apprendre et d’appliquer les lois de Newton, notemment en cas de chute libre, a=g a=g a=g… comment les mecs arrivent-il a se battre debout sur les sièges pendant que l’avion est en chute libre ?

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