Jamais sans mes soeurs

C’est en lisant ce post de Kozlika, qui a eu beaucoup d’échos dans la blogosphère, que j’ai repensé à cette histoire. Une histoire assez commune j’imagine, puisqu’elle est arrivée à mon frère, et que nous ne sommes que des gens très ordinaires. J’y ai pensé car j’ai adoré cette manière dont Kozlika décrivait cette jeune fille, qui outrepassait son rigorisme familial (ou bien qu’on imagine comme tel) et faisait une belle démonstration de féminisme adolescent. Et cela m’a remémoré ce qui est arrivé à mon frangin en 1994, et les années suivantes.

Tout a d’ailleurs commencé en 1992, où tandis que je m’esbaudissais dans les dunes corses, mon frère faisait la romanesque connaissance d’une charmante rochelaise. Cela l’encouragea quelques mois plus tard, à aller faire son service militaire à La Rochelle. Et la ville lui plut au point qu’il décida de s’y installer. En 1994, alors que je passais mon bac, mon frère était cuisinier dans un des restaurants du port. L’été est l’occasion de faire travailler pas mal d’extras pour la saison, et la fille d’un des employés, un homme marocain de l’âge de mon père, a ainsi rencontré mon frangin. Ce dernier en avait 20, et la fille en avait 23.

Evidemment, arriva ce qui devait arriver, ils tombèrent amoureux l’un de l’autre. Et rapidement, mon frère apprit qu’ayant 23 ans, vieille donc, et n’étant toujours pas mariée, elle était « promise » à un type de 50 ans qui l’attendait au bled. Et tout s’est rapidement enchaîné : elle qui refuse cet état de fait, les parents et la soeur aînée qui apprennent l’existence de mon frère. Et patatras : mon frère se fait agresser et menacer par le mari de la soeur, la fille voit son passeport et ses papiers confisqués, et elle est séquestrée avant d’être envoyée de force au Maroc. Elle s’enfuit de justesse avec l’aide de mon frangin, et après un épisode digne d’un soap policier de France2, ils finissent par se réfugier dans l’appartement de mon frère. Ce dernier demande l’aide des flics, et va porter plainte. Cela effraie la famille de la fille, et donne un peu de temps aux tourtereaux pour réfléchir.

Mais bon, ma môman après ce récit circonstancié dit ce que toute môman aurait dit. « Bon, tu laisses tout tomber à La Rochelle, et tu te ramènes à la maison ! » Et mon frère de rétorquer : « Mais je ne peux pas la laisser ! ». Et ma môman de logiquement répondre : « Tu l’emmènes avec toi, allez hop, vous venez à la maison ! ».

Voilà comment nous nous sommes retrouvés pendant un peu moins d’une année de retour à notre famille nucléaire, et donc surnuméraire puisque nous avions adopté la copine de mon frangin. (Quand j’ai vu le film de Coline Serreau « Chaos », j’ai beaucoup pensé à elle, et à ce qui aurait pu aussi lui arriver…) Elle nous a beaucoup parlé de ses parents, de ses soeurs qu’elle adorait, et cela m’a aussi aidé à comprendre un peu ce qui s’était passé ces dernières années, pour qu’on en arrive à de tels événements. Evidement, son histoire est facilement transposable à d’autres milieux, d’autres religions, et d’autres situations.

Le pire c’est qu’elle était certainement la plus sage de ses six soeurs, celle qui avait toujours tout fait pour satisfaire les uns et les autres, et qui avait même porté le voile pendant un moment (mais avait décidé d’arrêter finalement). Mais son désir de liberté était plus fort, elle voulait poursuivre ses études, travailler, devenir indépendante, et épouser qui elle voudrait. Elle nous racontait comme les choses étaient différentes lorsqu’elle était môme. Ses parents étaient des gens très intégrés, et sa mère s’habillait à l’européenne, et même fumait des clopes. Mais c’est par sa soeur aînée que ça a commencé, embrigadée dans la cité, et les parents ont suivi (bizarrement plus les femmes que le père…).

La copine de mon frère a toujours très difficilement supporté de vivre loin de ses proches. Elle voulait protéger ses soeurs surtout, et puis ses parents lui manquaient, ce qui est totalement compréhensible. Elle a fini par quitter mon frangin après quelques années pour revenir près des siens, et encore une fois, surtout pour ses soeurs. Elle a son propre appartement, malgré les qu’en dira-t-on, et ses parents acceptent qu’elle vive son indépendance, même s’ils ne voient pas cela d’un très bon oeil. Elle fait le maximum pour mener sa barque, tout en respectant et vivant proche de sa famille.

Je pensais à cette histoire par rapport à cette transformiste dont parle Kozlika, car cette ex-copine de mon frère n’arrive pas à se détacher complètement, ce que je comprends parfaitement (comme certains pédés qui ne peuvent pas à couper les ponts avec leurs parents homophobes). Mais du coup, j’espère qu’au bout du compte, les choses changeront, et que sa famille comprendra qu’elle a fait le bon choix, le sien.

15 Commentaires

  1. « comme certains pédés qui ne peuvent pas à couper les ponts avec leurs parents homophobes »…parce que la qualité principale de toute mère/père bien toxique c’est la Culpabilisation de son enfant. Que celui qui n’a jamais subi ça soit béni sur six générations

  2. Tu dis toujours que tu as une vie très ordinaire, et une famille très banale, mais à chaque fois tu nous sors des histoires dignes des séries d’été de TF1 ;-)

    (désolé pour la photo mais je ne sais toujours pas pourquoi elle est si grosse ^^)

  3. « la qualité principale de toute mère/père bien toxique c’est la Culpabilisation de son enfant. Que celui qui n’a jamais subi ça soit béni sur six générations. »

    Ron, on peut subir et résister.

  4. Sorry de casser l’ambiance, mais ta mère a assuré :lol:
    Crois moi, une mère préfère son fils homo que mort, ce n’est qu’une question de temps !L’homophobie de la mère tient au fait qu’elle ne sera jamais grand mère naturelle, du moins, si tu peux adopter ce que j’espère tu pouuras faire bientôt, elle changera !:petard:

  5. Merci Matoo et merci Kozlika pour ces deux billets tellement vrais!
    Le pire, ou le plus drôle dans tous ça, c’est que par expérience personnelle, je sais que ça s’arrange pas avec l’âge.

    Dans mon groupe d’amis très proches, tous quasi trentenaires, nous sommes trois couples mixtes : un couple homo beur-espagnol et deux couples hétéros beur-française et français-beurette(?), tous bien installés, PACSés et même propriétaires pour l’un d’entre nous.

    Rien de très anormal, sauf qu’il y a trois familles qui ignorent tout de cette double vie de leurs rejetons. Vive le non-dit…
    Du coup, les trois conjoints « européens »(s’ils me lisaient ils me turaient pour cet adjectif) planifions de créer une assoce pour les personnes dans la même situation. Parce qu’eux, nos très aimé-e-s autres moitiés, ils sont habitués à mentir, et à dissimuler, et à manipuler leurs parents pour arriver à leurs fins. Et ils sont surtout habitués (certains ne me croiront pas mais je vous l’assure) à vivre dans l’inconscience, sans peur, ou plutôt, sans jamais penser à cette peur qui reste parquée quelque part dans leur inconscient…

    Mais nous, les affreux judéo-chrétiens, on nous a pas préparés à vivre comme ça! Au contraire, on a été éduqués pour avoir peur de tout, tout prévoir et tout dire..
    Du coup, si il y a en a d’autres qui veulent ce joindre à notre groupe de psycothérapie collective pour conjoints dans cette situation, n’hésitez pas!

  6. c’était certainement la plus sage … c’était peut être ça le souci.

    Je pense que les autres n’ont de prise sur nous que celle que nous leur accordons ( généralisation très hâtive et tranchée, je sais ;-) , mais c’est plus souvent vrai que le contraire, à mon sens. )
    J’ai fait partie de ces filles qui essayent d’arranger tout le monde, d’être ce que chacun lui demande d’être, quitte à oublier qui on est pour de bon et quitte à se trahir.
    On croit être aimé plus – enfin on l’espère – mais on ne gagne rien à ce jeu à part le mépris des gens qui exigent ce genre de transformation de nous, d’autant plus de mépris d’ailleurs plus non la réussit, cette transformation.

    On se rend compte, même, que s’ils nous respectaient en tant qu’individus on n’aurait jamais eu à satisfaire ces demandes, puisqu’elles n’auraient jamais été faites. Le mépris était déjà là.
    il y a des gens dont il est impossible de se faire aimer pour ce qu’on est. je pense aussi qu’on a pas d’autres choix que de se proteger d’eux, souvent par la fuite, particulièrement si on les aime quand même :/ .

  7. Je ne sais pas si je vais être compris avec mes mots mais je me lance:

    Quoi qu’il se passe dans nos vies personnelles, la famille pour beaucoup reste un refuge, un besoin fusionnelle et je comprend bien le choix qu’elle à fait parce que cela reste pour elle un repére important dont elle ne pourra jamais se passer…

    :roll:

  8. « il y a des gens dont il est impossible de se faire aimer pour ce qu’on est. je pense aussi qu’on a pas d’autres choix que de se proteger d’eux, souvent par la fuite, particulièrement si on les aime quand même » : ah tiens, krysalia connaîtrait donc ma maman ?

    Boutade à part, il ne faut pas se faire d’illusions, qu’il s’agisse de religion, de pratiques culturelles (comme celles des mariages arrangés), d’orientation sexuelle ou de professions à vocations (rarement thuneuses sauf miracle), les familles ne comprennent jamais, puisque respecter nos « choix » (alors qu’en plus dans la plupart des cas ils ne sont pas délibérés) reviendrait à reconnaître que durant toutes leurs propres vies ils se sont fourvouillés et emprisonnés eux-mêmes derrière des contraintes qui n’avaient pas de sens.
    Le pire c’est quand ils font genre ils font avec, qu’on commence à se bercer de l’illusion qu’ils ont enfin compris, et qu’au détour d’une phrase, d’une conversation, d’une démarche entreprise à notre insu, on s’aperçoit que non non ils n’ont toujours pas renoncé à leurs façons de voir les choses et de nous les imposer.

    PS : les femmes sont souvent leur propres liberticides, celles qui n’ont pas la force ou le courage de se révolter adoptant l’hyperconformisme prosélyte face aux autres (avec fièrement affiché le sentiment du bon chemin suivi). Pour ne pas parler de religions, un exemple tout bête : pourquoi s’empressent-elles toutes une fois mariées d’adopter comme nom d’usage celui de leur mari alors que la loi ne les y oblige pas ? La plupart des hommes si on en discute comprend qu’on n’ait pas trop envie de changer d’identité en cours de vie si l’on a commis aucun crime, eux-mêmes n’auraient pas spécialement envie de prendre le patronyme de leur conjoint(e). Les femmes, elles, comprennent beaucoup plus difficilement et même si elles comprennent, quand vient leur tour s’empressent de se conformer à ce vieil usage.

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