Le Matoo est entêté

Il s’est passé plein de choses ce week-end… Notamment, samedi dernier, où avant de rejoindre mes compères pour nous restaurer en de sombres contrées, j’ai d’abord fait un tour chez mes parents (enfin c’est chez ma mère officiellement, mais je dis toujours « mes parents » puisqu’en pratique c’est le cas). Ma môman recevait quelqu’un que je voulais voir, et comme il venait « pour le café », elle m’avait demandé d’arriver tôt.

Or, on n’est rarement à cheval sur ce genre de conventions dans ma famille, et la plupart du temps je la rappelle en lui disant que j’ai trop besoin de grasse-matinée, et que j’arrive plus tard. Mais là j’ai eu le tort de tomber dans un de ces moments où elle est inflexible et complètement stressé. Et je la connais ma maman, et je l’aime beaucoup beaucoup, mais il y a un truc que je refuse au maximum c’est la compromission dans son petit jeu de culpabilité. Elle adore nous (moi, mon frère, mon père) nous mettre en défaut simplement pour nous ressasser ensuite cela pendant 24 000 ans (si je te jure, comme le Plutonium 239 pour qu’il perde naturellement la moitié de sa radioactivité). Et là je l’ai senti GROS comme une maison !

Je devais passer à la banque, et ensuite aller chez mes parents pour déjeuner. Mais j’étais vraiment naze, et je me suis dit que je pourrais m’esquiver à la banque plus tard dans l’aprème, et puis manger sur le pouce en arrivant (voire dans la cuisine pendant qu’ils prennent le café sur la terrasse…). Mais quoi qu’il arrive, j’ai conscience que j’ai déconné, que j’avais tort, et surtout je n’avais pas verrouillé (alors que d’habitude je suis très prudent) toutes les issues. Je l’appelle sur le quai à Châtelet alors que mon RER pour Cergy est en partance, j’ai trente secondes pour lui expliquer.

« Allo Maman, c’est Mathieu. Désolé, je t’ai pas prévenu mais j’ai pioncé ce matin, et là je prends le RER, j’arrive à Cergy à 13h, c’est ok ? »

Là il faut que vous compreniez que normalement ma mère est hyper cool et s’en fout comme de l’an quarante que j’arrive à l’heure ou pas (si je suis là je mange, sinon je pique dans le fridge à la cool). En outre, les invités ne vont pas débarquer avant 14h30 tels que je les connais.

Elle me dit super énervée : « Ah nan mais tu te fous de ma gueule, tu avais dit que tu déjeunais avec nous, et tu vas arriver tard, et ça va être la galère pour aller te chercher, et ils vont arriver, et je voulais que nous ayons tous fini de manger. Ah vraiment tu es chiant et gnagnagnagna. ». Je renifle tout de suite le piège psychologique : elle va venir me chercher, et j’ai un plan Plutonium 239 dans les mains. En plus, elle n’est pas très bien en ce moment, et elle est en train de coincer comme un bleu.

J’ai moins de 5 centièmes de seconde (ouai comme X-Or pour se transmuter) pour réfléchir, trouver une parade, éviter le chantage psychologique, voire renverser la situation.

Je décide alors de taper très fort, et de faire appel à mes supers pouvoirs ! Je sors mon prisme lunaire, et hop. Sailor Moon est en moi !

« Maman, ok pas de problème. Ne t’inquiète pas pour moi. J’irai à pied à la maison, ne viens surtout pas me chercher, et ne t’occupe pas pour le déjeuner, je me débrouille. Comme ça au moins même si j’arrive après eux, bah y’aura pas de scandale. »

Bon ma décision entraîne pas mal d’aspects positifs et négatifs, étudions-les… D’abord, j’ai réussi à éviter le piège maternel machiavélique en ôtant toutes les dépendances matérielles à mes parents (Marc-Aurèle attitude). Ensuite, j’ai normalement réussi à la surprendre assez pour que ça se finisse par une bonne partie de rigolade (ou une crise genre Potassium 40… dont la demi-vie est de 1,3 milliards d’années). Et si tout va bien, elle va s’en vouloir à mort qu’on en soit arrivé là, et surtout que je vienne à pinces. Gnark gnark !

Putain, par contre, sa mère, sa race, j’ai une heure et quart de marche pour arriver chez môman à pied !!!!!!!!! Quel con, mais quel con !!!

:croa:

Enfin, ce qui est décidé est assumé jusqu’au bout (Marc-Aurèle attitude). J’ai donc marché. Putain ce qu’elle est longue cette putain de chaussée Jules-César de mes deux !

Je me doutais bien qu’elle appellerait sur le chemin, et qu’elle avait plus d’une idée en tête.

« Mathieu, c’est maman. Bon tu vas arrêter de faire ta mauvaise tête, et tu vas répondre au téléphone, ça suffit les gamineries. Ton frère est en train d’arriver, il est en retard lui aussi. Appelle-le, et il vient te chercher. Il fait très chaud, ce n’est pas prudent de marcher comme ça dans la chaleur. Allez viens vite, je m’inquiète de ne pas te voir arriver ! »

Oooh comme c’est habile… Si je l’appelle, elle va me faire une scène, et je vais craquer. Si je ne fais rien, elle va me dire que je lui ai fait se faire un sang d’encre et tout. Bon le coup de la chaleur, ça passe, c’est pas comme si je faisais une étape du Paris-Dakar, là c’est juste Cergy-Osny. :mrgreen:

Donc, j’ai réglé le truc en appelant mon frère.

« Allo Jérôme, c’est Mathieu. »

« Ah bah t’appelles c’est cool, je quitte juste l’A15. Dis-moi où t’es, et je passe te prendre. Maman m’a raconté. »

« Nan merci, je viens à pied. Pas de problème, on se retrouve là-bas. »

« Allez Mathieu, déconne pas, fais pas ton teubé. Je suis à côté en plus. Elle va criser et tout, allez viens !!! »

« Jérôme, merci mais non. Tu me connais. J’ai dit que j’y allais à pied, j’y vais à pied. Dis lui bien que j’ai appelé quand tu arrives là-bas. A toute. Salut. »

Et là, je suis certain qu’il va essayer de me choper au passage, donc j’ai feinté en empruntant le chemin des peupliers !! Ah, ah, ah ! Je suis malin ! En effet, j’ai vu la bagnole de mon frère passer à travers les haies ! Mouahahahahah ! Sailor Moon Power !

Bref, je suis arrivé complètement épuisé chez mes parents, mais très content de ma connerie préadolescente. Mon père évidemment a trouvé ça complètement débile, et donc forcément génial. Et ma mère a juste dit « Bon eh bien tu vas manger alors maintenant, j’ai mis la table pour toi. » « Non merci maman, je t’avais dit de ne pas t’en occuper. J’ai mangé un sandwich sur le chemin. »

« Eh bien, moi avec tes manies tu m’as coupé l’appétit, je n’ai pas pu manger. Et pourtant je suis malade, je ne me sens pas très bien encore. Remarque c’est bon pour mon régime… »

Et moi je réponds tranquillement : « Ah ouai c’est cool pour ton régime, c’est vrai ça, tant mieux alors. Y’a du coca light au frigo ? ».

Les invités sont arrivés un quart d’heure après moi… ;-)

On en a juste reparlé quand je suis reparti de la maison, et ça a été. On a même rigolé de mon petit pétage de plombs, qui ne sera malheureusement pas interprété autrement. J’ai abandonné l’espoir de toute rationalisation de nos relations, mais j’essaie juste de faire en sorte de ne pas me faire embarquer dans un jeu psychologique de plus. Et la prochaine fois, je ne me mettrai pas en porte-à-faux du tout (car j’ai conscience que je suis tout de même le fautif dans l’histoire) !

24 Commentaires

  1. *La* solution pour pacifier tes relations de familles, ce serait pas un vélo ? :)

    (Jonas, le Monsieur il a dit « une heure et quart »… On aiiiiiiiiime la desserte inter-banlieues !)

  2. J’ai pensé la même chose qu’Eustazio en te lisant!
    Chez moi, ma soeur et moi on développe systématiquement des stratégies communes face au crises névrotiques de nos parents…

  3. « inflexible et complètement stresséE »,
    parfois, ta mère. J’imagine très bien la scène : j’ai la même à la maison (quand je vais chez elle). Un modèle sûrement assez répandu, tchernobylesque. Les radiotéléphononucléides, capables de pourir ta demi-vie restante, et les suivantes, ne s’arrêtent pas toujours à la frontière…
    Rien à voir, mais j’ai lu que c’est un de nos présidentiables, un grand homme, qui fut l’auteur, ou en tous cas le promoteur, de cette brillante trouvaille comme quoi le nuage potentiellement nocif allait épargner notre précieux territoire nazional.
    Conclusion : il faudrait lui demander la recette !

  4. salut matoo, ….. bon je ne connais pas tes parents mais si je peux me faire l’avocat du d….. trouve une autre parade la prochaine fois …

  5. Mon frère ne comprend pas. Il trouve qu’il vaut mieux céder tout de suite. Comme ça on est tranquille, et puis ça ne coûte pas trop (ma mère n’est vraiment pas relou, mais je suis aussi très intransigeant sur certains aspects). Mais c’est vrai que moi je refuse net certaines choses, et surtout pas cette relation de culpabilité et de dépendance.

    J’aurais pu aussi prendre le bus vous savez ! Mais je voulais rester honnête avec ce que j’avais dit. :-)

    Et puis j’aime bien faire des trucs débiles comme ça. C’est marrant ! :ok:

  6. Putain, tu le fais encore à ton âge ????
    Moi, je le faisais plus jeune, maintenant c’est impossible !
    Je suis trop vieux, trop bobo pour le faire
    Cergy – Osny à pied !!!! Vraiment tu as toute mon admiration
    Je ne sais pas où tes parents (enfin ta mère mais bon…) habitent mais les miens sont sur les hauteurs (pres de la prison et du Leclerc) et franchement je ne le ferais pas !!

  7. Ah les mères… ça me rappelle la fois où ma mèèèèère, apprenant que j’ai décidé de m’installer à Montréal, m’a sorti ce superbe : « dès que tu es installé tu m’appelles et on s’occuppera tous les deux de ton intérieur ! »
    AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRRRRGGGGGGGGH !!!

  8. Pas facile les relations parentales quand on ne veut pas tout concéder. Je dois avouer que j’étais mort de rire quand j’ai vu tes comparaisons avec les temps de demi-vie des éléments chimiques! :rigole: Tant que ce n’est pas un cas d’Uranium 238, ça devrait être OK :book:

  9. en même temps c’est vrai qu’il y a comme un satisfaction personnelle d’aller au bout d’une décision qu’on a prise, parfois un peu contraint par soi même, les autres ou les circonstances :mrgreen: .
     » chui dans la merde. ah tu veux qu’on fasse comme ça ? ben on va le faire. NAN, je transige pas. la solution est bien comme ça, ça m’évite tel truc, ça me va, on arrête de tergiverser on va au bout et c’est tout, là.  »

    quelquefois c’est plus facile que d’envisager sans fin toutes les conséquences de tel ou tel changement de cap, j’ai tendance à faire comme ça aussi :D . et puis on se sent plus fort, personnellement ça me donne une sensation d’équilibre de prendre une décision en connaissance de cause ET de ne pas me défiler devant les aspects negatifs :mrgreen:

  10. :mur: ‘tain au lieu de faire du genre je ferai mieux de relire ce que j’écris : « je me contenterai – pour l’apprécier – DE NOTER l’allitération en T dans le titre…

  11. Il eut été encore plus simple le train à Saint Lazare en direction de Gisors passant par Osny ET Boissy l’Aillerie. Gain de temps : 1 heure.

  12. Waouh ! Tu sais que tu m’épates grave là, Matoo ?! Etre cap de sentir le piège maternel se mettre en place, le déjouer (oui, bon… mais la marche c’est bon pour les fesses fermes) en gardant recul et bonne humeur apparente… Trop fort !! Je médite. Oui, parfaitement, je médite dessus. lol

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