« Lohengrin » de Wagner à l’Opéra Bastille

C’était mon premier Wagner, et je flippais un peu de trouver ça trop long, trop chiant, pas assez « lyrique » ou trop empesé. Eh bien quelle bonne surprise, à la fois pour l’histoire, les chants, la musique et la mise en scène. J’ai été tout à fait content de voir ce spectacle, et de découvrir ainsi une des oeuvres de ce grand maître de l’opéra d’une inspiration toute mythologicochrétienne. Entre le Graal, Wotan et Freia, on a un curieux syncrétisme, à la fois christique et nordique.

Nous sommes en effet au 10ème siècle dans la région de Brabant qui est dirigée par Telramund, lui-même en fait régent pour le très jeune Duc de Brabant. Le roi (Jan-Hendrik Rootering) arrive pour prendre des news de son empire, et voilà qu’il apprend que Telramund (Jean-Philippe Lafont) accuse Elsa, la soeur du gamin, d’avoir noyé ce dernier dans la rivière pour prendre le pouvoir. Mais on comprend vite que Telramund est sous l’influence néfaste d’Ortrud (Waltraud Meier), qui veut tout faire pour régner sur la région. Le roi décide de se fier au jugement de Dieu, et Elsa (Mireille Delunsch) choisit comme champion un chevalier qu’elle a vu dans ses rêves. Et v’là ti pas que le chevalier (Ben Heppner) se matérialise, tiré par un cygne sur la rivière, et qu’il accepte de la défendre. Mais il annonce que jamais elle ne devra lui demander son nom ou son origine. Elle accepte, et le combat commence entre le chevalier sans nom et Telramund…

J’ai vraiment aimé l’histoire et son déroulement sur les trois actes, et grâce à une excellente mise en scène (de Robert Carsen), l’action est plutôt mobile et remplit bien l’espace scénique. Les décors sont assez sympathiques, mais le bémol vient pour moi dans l’utilisation de costumes contemporains tout en restant dans le registre médiéval. C’était vraiment étrange de voir des militaires et des gens habillés dans le style des années 50 (?) tout en gardant des épées, des armures et une imagerie de chevalerie du 10ème siècle. J’aurais préféré un truc bien kitsch et clinquant, avec des chevaliers en armures et des ponts-levis… Ca aurait même été mieux avec le faux cygne sur la rivière enchanté. Hu hu hu.

Quant aux chanteurs et chanteuses, c’est ma foi bien inégal ! Elsa n’était vraiment pas charismatique et n’a pas non plus fait montre d’une qualité vocale supérieure, mais d’un autre côté, elle incarnait une jeune vierge un peu cruche et illuminée. Donc ce n’était pas si mal, même si on imaginait le rôle pris en main de manière un peu plus « lumineuse ». Ensuite, on a tout de même eu droit à une série de chanteurs bibendum à l’ancienne mode, et ça tue un peu après Rolando sexy slim Villazon. Parce qu’un fier et noble chevalier qui a l’air de sortir d’une peinture de Botero c’est vrai que ça manque de crédibilité. Et sa voix n’avait rien de sensationnel non plus. Pour les deux héros de l’opéra, c’est assez déroutant…

Finalement, ce sont les deux méchants qui se sont vraiment démarqués, et surtout surtout la merveilleuse Ortrud, la grande méchante, la salope intégrale, celle par qui tout est arrivé, et à mon avis une méga icône gay ! J’ai été absolument conquis par Waltraud Meier qui nous a régalé d’une interprétation magistrale, à la fois pénétrée par son rôle, et nous offrant quelques petites poussées lyriques à faire dresser les poils des avant-bras (test infaillible). Telramund est aussi pas mal du tout, convaincant, avec une belle voix et expression.

Un très beau spectacle en tout cas, et une bonne surprise pour moi en ce qui concerne l’oeuvre de Wagner !

14 Commentaires

  1. Je suis curieux de la revoir la Meier, parce qu’en récital à strasbourg, elle cassait pas des briques.

    Villazon est un laideron, il est terne, mais qu’est-ce qu’il chante bien !

  2. Mise en scène sans intérêt, orchstre et voix fausses durant le 1er acte. Delunsch a eu le culot de s’annoncer malade… mais finalement elle chante toujours comme une casserole et n’a pas la voix pour ce rôle. En revanche Heppner, Meier son deux voixmagnifiques … rappelez vous Tristan et Isolde… Heppner a juste eu un faux départ dans l’arrière scène parce que la voix se perd dans les coulisses… Villazon est un bouffon qui n’a pas une voix si exceptionnelle que ce que l’on prétend… et s’il continue dans 5 ans il ne chante ^pus!!! Quant à l’oeuvre, elle tourne en rond… ca ne vaut pas Tannhaüser (siason prochaine) plus subtil musicalement… mais ca reste Wagner… donc magnifique…. In fine le spectycae n’était pas exceptionnel, mais n’était pas nul non plus. Je ne trouve absoluemnt pas problématique les costumes militaires des années 50! Attendez l’arrivée de Joël et vous allez retrouver des mises en scène chiantissimes, kitschissimes comme le public de l’opera de Paris les aime…

  3. toujours le même problème avec Wagner, trouver des interpretes qui auraient la voix et le physique des roles! alors souvent je zappe l’image et rêve sur la musique!

  4. Bonjour, ce que tu as écrit sur Lohengrin prouve ce que je dis toujours, à savoir que ceux qui n’aiment pas Wagner sont ceux qui ne le connaissent pas.
    Et si tu as l’occasion, écoute un jour Walkyrie ou Tristan et tu verras que cette musique est presque démoniaque à force d’être géniale. Sans parler de son irrésistible beauté.

  5. J’y étais aussi mais le samedi…je suis tombé par hasard sur ce blog.
    Effectivement Elsa n’était pas extraordinaire, mais c’était couru d’avance. J’y étais le Samedi soir, et sur la suite ( IIème acte et IIIème acte) elle était très bien.
    Par contre dire que ben hepner ne chantait pas bien…

    Dans Wagner les gentils font toujours un peu niais, quand ils ne le sont pas tout à fait (du genre Siegfried, et même un peu Tristan, sans parler de Tannhaüser, sans parler de Parsifal V1 ! ), mais question personnage il assure. Je l’ai vu dans pas mal de représentations à Bastille et il était franchement pas mauvais.

    Assez déçu par contre de l’orchestre, qui manquait de pèche notamment pour « LE » fameux prélude qui reste à mon avis une des plus belles pièces de tous les opéras de Wagner dans le style « romantique » pur.

  6. Je suis entièrement d’accord avec toi pas de changement avec ce que tu as ressenti lorsque j’ai vu le spectacle vendredi soir, le 8 juin. Les costumes en plus d’être assez laids et d’un modernisme qui n’apporte rien sont ternes quand un metteur en scène et décorateur oseront ils des couleurs? Mais une bien belle soirée tout de même.

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