Famille du sang, famille du coeur !

Ce week-end était marqué par le mariage d’Ornella, la soeur de Diego, avec son copain Laurent. J’étais invité par cette dernière que je connais bien, et puis c’est vrai que depuis le temps que je fréquente Dieg (9 ans), j’ai aussi fait largement connaissance de leur maman et de quelques membres de leur famille, ainsi que de leurs amis. C’est comme ça chez eux, il y a non seulement cette attitude sud-américaine (argentine dans leurs cas), chaleureuse, passionnée et expressive, même au sein de la famille, mais aussi cette propension à étendre le sentiment familial à leurs amis, et à s’affranchir facilement des origines, âges ou différences. Ainsi chez les P., j’ai toujours été reçu avec beaucoup de considération, d’affection et de délicieux empanadas ! :mrgreen:

Ce mariage rassemblait une population aussi diverse et bigarrée que ce que je pouvais imaginer. Beaucoup de gens d’Argentine, mais aussi d’Espagne, du Portugal, des USA, d’Allemagne etc. Et puis des amis, des parents d’amis, des familles qui se rencontrent (le marié est d’origine portugaise, Ornella est une argentine d’origines italiennes et allemandes), des traditions qui se mêlent et se répondent en échos (judaïsme et christianisme, par des chants et des us rituels). Les discours se sont faits en deux ou trois langues, et les témoignages d’amour se sont enchaînés avec une émotion et une sincérité bouleversantes.

Evidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de faire des comparaisons avec ma famille. Hé hé hé. J’étais avec le groupe des potes de Diego, et avec Olivier notamment nous avons un peu discuté de la froideur relative de nos relations familiales en regard de ces latines effusions. Et surtout, il était génial de constater la manière dont les liens du sang se confondent avec des amitiés multi-décennaires. J’aime vraiment cette manière de constituer une famille au-delà des simples alliances héréditaires. Et pour des gens qui ont immigré en France, c’est aussi une condition sine qua non pour s’ancrer durablement dans un endroit où l’on n’a pas exactement ses racines.

Ce mariage fut aussi l’occasion de renouer avec des personnes que j’avais connues à Madrid deux ans auparavant, d’enfin mettre des visages sur des noms et des prénoms dont Diego me parlait depuis longtemps, de confirmer qu’une maman et sa petite fille sont bien celles que l’on aperçoit dans le film de Christophe Honoré, de passer une excellente soirée avec Olivier, Jennifer et Vanessa (une amie de Diego qui habite à Montréal, et avec qui nous sommes beaucoup sortis dans les années 2000…), de découvrir un couple de pédés très sympathiques (voisins d’Ornella et Laurent) et une amie d’Elise très intéressante et charmante. J’ai même réussi à tchatcher de mes années d’études à Newcastle avec une dame (la maman d’une amie d’Ornella, qui est anglaise) qui est née là où j’ai fait mon stage de fin d’études (la ville de Blyth, truc de oufs !!!).

Ce mariage m’a aussi convaincu qu’il est plus que temps que nous, les pédés, obtenions l’égalité pour le mariage civil. Car c’est ça que je veux moi, et pas d’un simulacre d’union conjugale comme le PACS ou d’un arrangement fiscal amélioré. Non, la seule manière de faire encore avancer d’un pas les choses en France, pour l’émancipation des gays, passe par cette reconnaissance. Moi aussi je veux (avoir le choix de) passer à la mairie, de dire oui devant le maire, ma famille et mes amis. Et je veux qu’on reconnaisse que mon couple est autant valable et « considérable » qu’un couple hétéro.

Et je m’inquiète de voir les choses si en retard en France, et des mentalités qui se figent ou sont même tentées de rétrograder. Alors que ça paraît tellement « rien » à faire, tellement évident, et personne n’arrive même à opposer des arguments valables, sinon des assertions pernicieuses. Alors je me demande bien pourquoi est-ce que nous n’avons pas encore obtenu ce droit, qui marquerait une pleine et entière acceptation de ce que nous sommes (heureux !). Mais bon j’en parlais déjà dans les mêmes termes il y a deux ans…

Famille du sang, famille du coeur !

16 Commentaires

  1. oui oui oui, moi aussi je veux un vrai mariage festif et pas un truc administratif. je veux la robe blanche, les poignées de riz dans la tronche (et merde ma lentille !) je veux voir la famille, les zamis tout le monde avec moi et le monsieur. :rigole:

  2. Oui, moi aussi je veux voir Marcel Dugomier en robe blanche, ça changera du jean troué ! :mrgreen:

    (Plus sérieusement, je suis d’accord à 100% avec les eux derniers paragraphes…)

  3. Vaste sujet Matoo qui mérite une réflexion sur l’institution « mariage »… et non sur les gays. La signification du mariage, n’est-il pas un simple contrat administratif que les deux époux contrat? Un contrat assez hermétique à lire dans sa totalité et qui à pour but de régir les droits et devoirs des individus entre eux et vis-à-vis de la société.Que les homos puissent en bénéficier me semble logique et normal dans un pays libre et démocratique! Le PACS est en effet le Canada Dry du mariage mais n’est-il pas suffisant pour toutes personnes qui veulent s’engager? Moi je suis pour l’abolition du Mariage et pour une évolution du PACS! En ce qui concerne la fête que ce soit la célébration d’un PACS en marie (et ça se fait!) et un mariage, là vraiment je ne vois plus trop la différence.

  4. « Moi aussi je veux (avoir le choix de) passer à la mairie, de dire oui devant le maire, ma famille et mes amis. Et je veux qu’on reconnaisse que mon couple est autant valable et « considérable » qu’un couple hétéro. »

    Je suis absolument d’accord. Le droit d’avoir le choix. Parce que tous ceux qui sont contre l’homo-mariage ne prennent pas cela en considération. Ils sont juste contre le fait de marier deux hommes, deux femmes. C’est le fait d’avoir ou non le choix qui est le vrai problème. Eux l’ont, je le veux aussi.

  5. Merci Lukash pour le lien, c’est proprement stupéfiant et affligeant. On comprend pourquoi Jospin ne n’est jamais montré très novateur sur le sujet. La mauvaise nouvelle, c’est que rien de va évoluer avant 5 ans (10 ans ??? glups…). :pleure:

  6. moi je serai contre le mariage gay ( qui soi-disant dévaloriserait les sacrements du mariage ) quand on me prouvera que nulle part des hétéros dévalorisent tous les jours ces sacrements. mariages arrangés pour des raisons de fric, d’alliances de pouvoir ou d’héritages, mariages signés bourrés à las vegas ou ailleurs, engagements de conjoints déja installés ailleurs avec une autre famille secrete, sacrement du mariage et divorce dans la même année, suivi d’une annulation religieuse pour pouvoir se remarier dans l’église qu’a des beaux vitraux et ça fait plaisir à mamie jeannine, qui fera semblant de ne pas se souvenir qu’on fait pas ça deux fois d’ordinaire mais les jeunes de maintenant…

    bref, je suis pour que tout couple ait le droit de se faire la promesse de s’aimer, je suis pour que tout couple ait le droit de tenter sa chance et de faire péter les institutions après si ça lui chante. je suis pour que tout couple ait le droit de se lier l’un à l’autre, de se protéger mutuellement, d’elever ensemble ses enfants, et de construire son histoire sur un serment solennel reconnu par tous si c’est ce que ce couple souhaite. pas un erstatz, pas une promesse au rabais, pas un truc administratif à la con, vive les pacsés, et on fait pleuvoir des formulaires roses B112, verts 455Z et bleus 97C … pas non plus une cérémonie hippie sans valeur devant l’état, qui laissera au premier drame le conjoint survivant grosjean comme devant et sous le joug du bon vouloir des ascendants de son amour.
    non. un vrai mariage. une promesse pleine et entière, avec l’ensemble des devoirs de faire de son mieux comme tout le monde, mais surtout, et ENFIN, tous les droits :pompom: .

  7. Je viens de lire à la fois le texte de Matoo et le texte d’Agacinski.
    Même si je ne suis pas d’accord avec la totalité des propos du philosophe, il me semble que c’est la première fois que je lis un texte qui soulève (enfin) les bonnes questions. Dire oui au mariage et à la possibilité d’avoir des enfants par deux personnes d’un même sexe, c’est rendre automatiquement légal des formes problématiques d’un point de vue symbolique (Cf. les mères porteuses) et c’est refondre symboliquement l’ordre social (Cf. l’inceste et les écrits de Rousseau).
    Pour défendre Agacinski, qui, je vous l’assure, est quelqu’un qui prend le temps pour penser, je vous signale qu’elle n’est pas contre la reconnaissance des unions homosexuelles, mais sous une autre forme (en quoi est-ce problématique ?), et l’adoption par l’une des deux personnes de cette même union. Nous sommes homo-sexuels, dès lors il y a, par essence, une impossibilité de créer un troisième individu. Et ce n’est pas par des techniques diverses que cela sera possible. Il faut prendre acte de cette impossibilité qui nous hante. Impossibilité qui recoupe celle d’être identique aux hétérosexuels. Nous constituons une altérité, ou plutôt un autre qu’il faut, parce que c’est un autre, ne pas ramener au même. Je vous invite à relire Foucault.
    Tous ces propos ne sont pas à lire comme une négation du désir de Matoo et de bien d’autres. J’ai envie de m’unir et d’être parent, mais de façon autre puisque je suis autre.
    A très bientôt.

  8. « J’ai envie de m’unir et d’être parent, mais de façon autre puisque je suis autre … » en quoi est il autre ? parce qu’ils sont 2 hommes ? un homme et une femme aussi sont autre. est ce que le fait de procréer l’un avec l’autre est le principe qui définis un mariage hétéro ou homo..alors les hétéros qui se marient mais ne peuvent avoir d’enfant , donc sont autre que les hétéros qui peuvent, ne peuvent pas se marier ? je pense plutot que les enfants et le sexe de ceux qui veulent s’unir ne sont que des choses diverses a ne pas prendre en compte dans la définition du mariage qui doit resté génèrale sans prendre en compte des disparités . Donc le mariage entre deux personne qui s’aiment point. Ensuite le reste doit être laissé a l’appréciation du couple hétéros ou homos notamment sur la question de comment avoir des enfants ! …voila :mrgreen:

  9. l’union sous une autre forme est problématique dans le sens ou le mariage n’a de valeur qu’en tant que promesse dont toute la communauté reconnait la valeur et le contenu. on ne se marie pas que devant soi même, on affirme son union aux yeux du monde dans une forme que le monde entier reconnaît et respecte. c’est donc aussi en partie son caractère millénaire qui fait sa valeur. le nouveau papier administratif à la mode n’atteindra ces qualités d’universalité, de reconnaissance mondiale que dans quelques centaines d’années, autant dire que les couples ne peuvent pas réellement attendre cet avènement.

    je suis autre quand je ne peux pas faire d’enfant, que cela necessite une troisième personne, parce que par nature, il m’est impossible d’obtenir un enfant avec mon conjoint par la copulation ou d’autres techniques ? les femmes et les hommes stériles, les femmes ménopausées, ou encore celles et ceux qui necessitent un don de gamètes apprécieront cette logique qui leur interdit les sacrements du mariage au non de l’impossibilité de procréer par eux mêmes.

    on va leur proposer une union autre, aussi, à ceux ci ?
    doit-on faire divorcer les gens qui ne se savaient pas en état d’être stériles avant de s’être mariés, parce que cete union ne correspond plus a la finalité des sacrements du mariage et qu’on a décidé qu’elle était finalement illégale et non avenue ?
    il y a pourtant impossibilité de créer un troisième individu issu des deux autres, et ce n’est pas par des techniques diverses que cela sera possible …

    le problème de l’union autre, c’est qu’on ne l’imposera qu’a un certain genre de couples, au nom de critères qui s’appliquent pourtant à plein d’autres, mais dans le cas de ces autres couples on ira juste pas fouiller dans leur vie privée parce qu’on ne peut pas identifier ces critères rien qu’en les regardant. C’est dire la valeur de ces critères s’ils ne servent qu’a trier QUE certains des couples qui y correspondent, et encore, uniquement la catégorie qu’on souhaite écarter au nom du  » ça ne s’est jamais vu avant enfin » .

    on peut retourner ça par tous les bouts qu’on veut, c’est toujours de la discrimination.

  10. et je suis d’accord avec adam, c’est plutôt l’inverse qui est un leurre, comme croire que nous sommes semblables et vouloir se ranger par groupes dans des petites cases, car nous devrions prendre conscience du fait que nous sommes tous, sans exception, différents des uns des autres, uniques sur tous les plans.
    dire alors  » je suis autre « , n’a aucun sens. tout le monde l’est.

  11. Quoi de plus gerbant que cette robe blanche, symbole de la virginité de la mariée (=aucun homme ne l’a touchée avant Monsieur son mari ce soir…)

    Pourquoi Monsieur ne s’habille pas en blanc ?

    Savez-vous que le système fiscal français favorise les couples hétérosexuels et monogames qui s’engagent hypocritement à l’être devant le maire/la maire…

    Savez-vous que le mariage ne donne PAS LES MEMES DROITS AUX HOMMES ET AUX FEMMES en matière d’usage du nom du conjoint (CIRCULAIRE de 1985)et de transmission du nom aux enfants (en cas de désaccord, loi de 2002)…..

    Savez-vous qu’un-e juge peut prononcer un divorce si un des époux refuse d’avoir des relations sexuelles ? où est la liberté ?

    Le mariage est une institution profondément réactionnaire….Vive les divorces, les concubinages, les désséchés et les polyamoureux !

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