Persepolis

Le petit film d’animation événement du moment, et dont les critiques pleuvent dans mes blogs lus (voir l’avis des copines à la fin). Il faut dire que les bédés étaient déjà un must, et que je les avais dévorées avec énormément de plaisir. Et là c’est une transposition qui fonctionne incroyablement bien, on retrouve la même verve de l’auteur, son trait si pur et universel, ses dialogues crus et authentiques, son histoire passionnante, émouvante et qui respire l’humanité.

Ce film est donc l’adaptation des bédés de Marjane Satrapi qui sont disponibles et indispensables à l’excellentissime (c’est peu dire) maison d’édition : L’Association (dont j’ai déjà parlé). Mais au lieu de moderniser le dessin, les auteurs ont au contraire conservé l’authentique simplicité et beauté des planches de Marjane Satrapi. Cela prouve à quel point, on peut réussir un film d’animation quand on a un scénario qui tient la route.

Et quel scénario !! L’auteur nous raconte par anecdotes successives sa vie d’enfant et d’adolescente, la petite Marjane qui vit en Iran et nous explique sa vision de la politique de ces années 80 particulièrement troublées. On comprend par ses dialogues avec ses parents, sa grand-mère, son oncle, et ses aventures, la manière dont le pays a évolué, et pas en bien. Au shah qui était un vrai fléau pour le peuple, s’est substituée une République Islamique, et après quelques espoirs, c’est plutôt de Charybde en Scylla que va le pays. Et même si le film montre clairement une régression sociale bien tangible pour les femmes (avec un port du voile obligatoire par exemple, et une police des « bonnes moeurs » qui veille aux grains), il n’est pas du tout islamophobe, ce qui est tout à fait appréciable dans ce genre d’oeuvre à portée politique.

On suit donc petit à petit, par les yeux et les paroles de la petite Marjane (qui était a priori, tout de même, une petite bourge gâtée pourrie de l’époque) ses peurs de la guerre, les désillusions politiques de ses parents, et la difficulté croissante à vivre en Iran (dont les menaces qui pèsent sur sa famille). Marjane s’exile donc pour ses études, et en Autriche elle tente de vivre « normalement », mais ne peut jamais complètement exorciser ce qu’elle a vécu. Le film m’a épaté dans sa capacité à parler aux enfants et aux adultes, ainsi il est vraiment accessible à tous, et distille des émotions et des sentiments à l’universalité indiscutable.

Il faut évidemment parler des voix qui sont très connues, et marquent forcément l’oeuvre au-delà même de l’interprétation. Catherine Deneuve et Chiara Mastoiani interprètent respectivement la mère et la fille, comme dans la vie donc, ce qui crée un parallèle supplémentaire qui est très plaisant. J’ai beaucoup aimé Danielle Darrieux qui endosse son personnage avec tout le charisme qu’il fallait, à la fois espiègle, tendre et fière. Et puis la voix de Simon Abkarian a toujours été quelque-chose de spécial pour moi, et là c’est simplement parfait !

On est porté du début à la fin par l’humour tranchant, ironique ou potache de Marjane, par l’innocence de l’enfance trop rapidement balancée dans les réalités tragiques de la vie. J’admire aussi énormément cette faculté de passer de scènes comiques, à un instant dramatique, puis tendre ou de nouveau cocasse. Et cet amour familial qui étreint chaque plan revêt un ton encore plus sincère et vrai que sur le papier, car il est brillamment campé par les interprètes et les choix d’animation. Malgré les vicissitudes, Marjane ne perd pas souvent espoir, car elle est portée par sa culture, son héritage familial, ses valeurs et sa foi en elle-même. On chope des tas de petites leçons d’humanité dans ce film, ce qui lui donne encore une fois une portée politique ou « philosophique » non négligeable.

L’avis des copines : Arthur, Celui qu’il, Orphéus, Titcroco, Lieux communs, Juju, Les Tamaris, Mathieu, Vincen-t, Petit-Chose, Norman, Brulu, Cyril.

Persepolis

12 Commentaires

  1. Juste un truc.
    C’est à Vienne (en Autriche) qu’elle va, et pas pour ses études mais pour éviter que sa grande gueule inconséquente ne lui cause du tort.
    (Tu peux effacer ce commentaire)

  2. Je suis tombée dans Poulet au prunes – et j’ai ensuite lu les 3 Persepolis avec délectation (on pénètre dans ces dessins comme dans un monde harmonieux). Vous avez de la chance d’avoir vu le film – je suis sur qu’il est aussi bien. Marjane Satrapi nous donne l’évidence que nous sommes tous des êtres humains, de chaque côté de ces foutus frontières…

  3. Ce dessin animé m’attire énormément, mais je n’ai pas trop envie d’y aller seul et, malheureusement, ce n’est pas le genre de film que mes amis vont voir au cinéma…. :croa:

  4. C’est très intelligent tout en oubliant pas de prendre parti c’est bien mais on peut aussi contester ces points de vue d’ailleurs le film n’est en rien dogmatique (le shah un fléau pour son peuple!! très relatif par rapport à ce qui se passe depuis la « révolution islamique ») mais il est surtout très drole, la leçon d’anatomie féminine en prenant comme modèle une femme voilée est irrésistible. :-)

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Petite opération antispam à résoudre : * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

:bye: 
:good: 
:negative:  
:scratch: 
:wacko:  
:yahoo: 
B-) 
:heart: 
:rose:   
:-) 
:whistle: 
:yes: 
:cry: 
:mail:   
:-(     
:unsure:  
;-)  
 
Partages