The Bubble

J’attendais, comme beaucoup de gens, le prochain film d’Eytan fox qui nous avait déjà fait vibrer avec « Yossi et Jagger », et bien plus encore avec « Tu marcheras sur l’eau ». Le défi était donc de réussir à faire aussi bien, ou sinon de continuer à évoluer. Eh bien, j’ai été à la fois charmé par ce film, et en même temps un petit peu décontenancé par certains choix de l’auteur.

Cette fois c’est une histoire d’amour (homo) impossible qui se joue entre un israélien Noam (Ohad Knoller, qui était déjà dans « Yossi et Jagger »), et un palestinien de Naplouse Ashraf (Yousef Sweid, lui était dans « Tu marcheras sur l’eau »). Impossible pour des raisons sociales et familiales, mais surtout politiques, dans un pays où les tensions sont telles qu’on les connaît. Noam revient tout juste de sa conscription, et il retrouve ses deux colocs : son pote homo Yali et leur amie (bien FAP) Lulu. Ces deux derniers font de leur mieux pour que l’histoire d’amour entre les deux garçons se concrétise, malgré les vicissitudes. Ils sont contre la guerre et les occupations de territoires, et ils vivent dans un Tel Aviv où les jeunes essaient de se soustraire à cette politique qui les empoisonne.

Il s’agit d’un film très fort, et qui va jusqu’au paroxysme de la passion amoureuse. Plus encore que Capulet et Montaigu, les deux héros sont opposés dans leurs destinées. Entre un Noam israélien qui revient de l’armée où il a vu ce qui se passait aux postes-frontières, et Ashraf dont la soeur se marrie avec un activiste palestinien, et qui doit lui-même épouser la cousine de ce dernier. Eytan fox a vraiment choisi de mettre en scène une histoire à l’intrigue tellement allégorique qu’il vaut mieux considérer le film comme une « fable » ou un « conte ». Sinon on peut rapidement craindre un manque de crédibilité qui gâche le plaisir. La fin qui est très « particulière » ne m’a pas tant dérangé (mais bouleversé oui !), dès lors que c’est d’une fable qu’il s’agit.

Cette histoire d’amour pleine de passion, de sincérité et qui plaira à toutes les midinettes du monde, est rondement menée, et c’est une des grandes réussites du film. Une putain de superbe histoire d’amour ! Avec en plus beaucoup d’humour, de fantaisies (Lorsque Lulu et Noam se rendent à Naplouse déguisés en journalistes français, c’est l’apothéose !), de tendresse, il délivre aussi un propos politique toujours très balancé. Il s’agit de constater les problèmes qui rendent la situation explosive des deux côtés de la frontière, avec des exactions qui se répondent, et des communautés qui se radicalisent.

J’ai beaucoup aimé la manière dont Tel Aviv était filmée, et même personnifiée. La ville a une vraie importance, et joue un rôle à part dans ce film. Cela m’a particulièrement plu et touché, car j’y étais il y a quelques mois, et que j’ai retrouvé une ambiance, des rues, des couleurs et des sons. Et c’est vrai que Tel Aviv est un endroit unique en Israël, et Yali qui n’en sort jamais symbolise bien cet univers clos si particulier. Tel Aviv apparaît comme le lieu de tous les possibles, de la jeunesse et de la fête, mais régulièrement la simple réalité est un cruel rappel à l’ordre.

Le film se regarde bien et a beaucoup de qualités, mais ce qui est par contre troublant c’est lorsqu’on le resitue dans la filmographie d’Eytan Fox. En effet, il devrait se placer entre les deux que j’ai cités, plutôt qu’être son dernier opus. Il a l’air d’être moins abouti et moins mature que « Tu marcheras sur l’eau », tant au niveau de la réalisation que du scénario ou des dialogues. Et pourtant je devine bien que politiquement justement, c’est un film qui est encore plus marqué et marquant que le précédent.

Malgré quelques défauts (le moment où Ashraf « s’offre » à Noam me paraît vraiment ridicule… c’est dommage car ça a pas mal gâché mon impression de base), il s’agit d’un film qui a bien des mérites, et qui parle et montre l’homosexualité sans métaphore ou pincette. Quant à la fin, il vaut mieux en parler en « live », il y a trop à en dire (tout, son contraire, et n’importe quoi) donc j’en disserterais avec des potes.

L’avis des copines : Cyril, Hub, Bertrandjik, Toli, Patrick, LeGuépard, Zvezdo, Mathieu, Les Tamaris, KassNoizett, Widow Creek.

The Bubble

15 Commentaires

  1. Euh je dois être une midinette, car j’ai a-do-ré ce film. Autant que j’avais apprécié « Tu marcheras sur l’eau ». Par contre je ne me souviens pas que Youssef Sweid jouait dans « Tu marcheras sur l’eau », il avait quel rôle?

  2. Fable, conte ? allégorie utopique plus surement bref la fin m’a laissé sur ma faim. J’ai du mal à bien me représenter ce que cela doit être de vivre dans une région si petite et si contrastée politiquement, culturellement,.. , traversée par des conflits depuis « mathusalem » avec une histoire d’amour impossible … Il fallait oser. Du coup la fin proposée est somme toute acceptable.

  3. Atimicjonas> Ah mais je l’ai vu, je cite même ma critique ! :ok:
    Patrick> Mais siii c’est le petit palestinien sur lequel l’allemand craque en Israël… et ça ne plait pas du tout au bel agent du Mossad.

  4. C’est un film à voir absolument d’abord parce que c’est une belle histoire d’amour et aussi tant il transcrit bien les sentiments actuels des israéliens vis à vis de la guerre. Tu as complètement raison pour la réussite du film dans son rendu de Tel Aviv.

  5. Un post une fois de plus superbement écrit.

    Je me range du côté des midinettes ;) Et, en tout cas, une midinette sensible à l’ensemble des choix musicaux du film. La B.O. est en effet remarquable. 2nd Law de Tom McRae, Song to A Siren repris par Ivri Lider, Keren Ann et d’autre. « Music is my lover » ;-)

  6. J’ai beaucoup aimé ce film.. Même si j’ai trouvé que le propos était parfois un peu trop appuyé et que l’on reste un peu dans la démonstration forcée… Sinon bien sûr j’ai été ému… Et l’acteur qui joue Ashram est tout bonnement magnifique à mon goût:love:
    J’ai aussi adoré la BO et je pense que c’est mon prochain achat de CD…
    La fin est magnifique pour ceux qui recherchent toujours l’amour absolu (les midinettes comme moi :lol:)

  7. Qu’est ce que vous trouvez ridicule dans cette scène entre Noam et Ashraf ? Parce que perso, j’ai été bluffé de voir une telle scène dans un film « grand public », où en général, on se limite pour les scènes d’amour homos. En fait, cette scène m’a beaucoup touchée. Mais je suis si fleur bleue :)

    Pour ceux qui aime, ‘Song to the siren’ par Tim Buckley, c’est une merveille. La voix du chanteur y est encore plus douloureuse et poignante que celle de son regretté fiston

  8. loin d’etre une fable , cette histoire est se qu’on retrouverait presque en chacun de nous ,au dela de ce qu’on nait de ce qu’on devient :c’est ce que nous sommes et que dieu a fait de mieux des machines a aimer ….. »un tres bon sujet de reflexion »

  9. J’ai adoré ce film. Beaucoup parlent de fable, de conte…malheureusement c’est une triste réalité. Je m suis identifié à Asraf qui est « coincé » entre son désir de rester avec Noam (et sa découverte de Tel Aviv) et la pression familiale et sociale. La scène de confidence avec sa soeur est poignante…la BO (introuvable!) est magnifique. Aujourd’hui, je « compense » en me passant en boucle le dernier album de Keren Ann.
    Je n’ai qu’une envie: dire Merci à Eytan Fox et à tous ceux qui peuvent ressembler de près aux personnages faisant preuve d’une telle ouverture d’esprit.
    Quand finira avec cette suspicion insidieuse entre deux êtres « différents » qui sont en réalité attirés l’un par l’autre?
    Aujourd’hui, j’avoue être triste (notamment en écoutant « Song to the siren » car j’ai le sentiment que l’être aimé n’est qu’un rêve vécu par procuration en voyant une si belle histoire.

    Merci (surtout à ceux qui seraient susceptibles de m’indiquer si la BO existe ou non)
    must.boua@gmail.com

  10. J’ai eu pour ma part l’impression que le côté que tu qualifies de « midinette » était là précisément pour permettre de faire passer le propos politique de dénonciation de l’absurdité « guerrière ». J’ai du mal non pas tant avec la fin qu’avec la manière dont elle est filmée (la caméra tournante et les personnages un peu comme dans un jeu video), peut-être était-ce une ruse pour ne pas être censuré d’une façon ou d’une autre (?). J’ai bien aimé au contraire la scène sur la terrasse avec Noam qui bafouille et Ashraf qui règle la question (mon côté midinette, peut-être ?). L’extrait de la pièce de théâtre m’a marquée et je pense que je m’en souviendrai longtemps.

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