L’élégance du hérisson

Voilà un de ces romans au grand succès populaire, qui a été grandement plébiscité par les libraires et les lecteurs. Moi aussi j’ai été sous le charme du livre de Muriel Barbery dès les premières pages, car c’est original, plutôt bien écrit et diablement intrigant. Malheureusement, le roman s’essouffle rapidement, et il part de temps en temps dans des digressions qui ont surement fait plaisir à l’auteur (qui est prof de philosophie), mais qui grève le récit plus qu’autre chose. Il y a en plus une pincée de « Marc Lévy » qui n’a fait que redescendre mon ardeur positive initiale.

Renée est la concierge d’un hôtel particulier d’un quartier chic de Paris. Cette femme d’une cinquantaine année, veuve, fait tout son possible pour cacher aux familles ultra-bourgeoises de l’immeuble le fait qu’elle est très fine et érudite. Voulant rester à sa « place », elle cultive sa médiocrité tout en adorant intérieurement les romans de Dostoïevski et les films d’Ozu. D’un autre côté, Paloma, une gamine de douze ans qui est la fille d’une des très riches familles qui habitent là, cache aussi son intelligence supérieure à ses parents et sa soeur. Paloma est désespérée par sa vie, et elle compte bien se suicider en s’immolant chez elle. Mais voilà qu’un voisin meurt, et que l’appartement est alors investi par un veuf japonais. Celui-ci remarque très rapidement ce que cachent les deux femmes, et il va bouleverser les faux-semblants du voisinage.

Il faut avouer que la forme du roman, et son idée sont excellentes. En effet, on suit les points de vue des deux femmes, en alternance chapitres après chapitres. Et cette curieuse histoire de la concierge intellectuelle qui cache sa culture pour ne pas s’attirer d’ennui, ou la gamine bourge qui a une conscience si aiguisée des choses qu’elle est dans une grande dépression, mettent en scène une comédie de moeurs plutôt drôle, bien sentie et très originale. De plus, c’est l’occasion d’un bon épandage au vitriol de la bourgeoisie parisienne sous toutes ses formes, des parvenus incultes et malpolis, aux aristos snobs et décadents. A ce niveau, l’auteur délie une plume assassine et ironique qui m’a beaucoup plu.

On sent aussi que tous les éléments culturels qui émaillent le récit sont chers au coeur de l’auteur. Que ce soit Dostoïevski ou globalement la culture japonaise, mais aussi la manière dont l’auteur fait récupérer à Renée « toutes les cultures », il s’agit de décloisonner les choses. Muriel Barbery montre très joliment dans son livre, qu’il n’y a pas de sous-culture en quelque sorte, et que la création artistique dépasse les clivages sociaux. Renée en cela n’est donc pas un clone de ces bourges dont elle est la concierge, mais au contraire elle cite autant des auteurs russes que des films japonais, ou bien le dernier blockbuster américain ou encore « Blade Runner », et même une chanson d’Eminem. C’est une position finalement assez rare, et j’ai évidemment beaucoup adhéré avec cette vision. (Je me sens très concierge sur le coup !)

L’intrigue aussi est touchante, et surtout haletante, on se demande vraiment ce qui va pouvoir se passer entre Renée, Paloma et l’étrange nouveau venu. Même si on sent très vite que les trois vont se lier, et que des sentiments vont éclore, le bouquin reste rondement mené. Le problème, c’est qu’à la moitié du bouquin, j’ai l’impression que l’auteur en avait déjà fini avec son histoire et ses problématiques. Du coup, le rythme s’écroule brutalement, les digressions vont bon train et la narration s’enlise.

Quand je parle de « digressions », ce sont les longues introspections philosophiques de Renée ou Paloma qui ont souvent l’air de sujets de bacs et de leurs réponses dans les annales. On sent que l’auteur a pris son pied à écrire cela, et certains passages sont très biens, mais c’est trop long, parfois trop obscur, et surtout ça ne sert pas à grand-chose (à peine dans la compréhension des personnages). Et l’autre effet désastreux, selon moi, de ces dissertations c’est qu’au bout d’un moment ça ôte carrément toute crédibilité à l’histoire (on voit de plus en plus l’auteure poindre et laisser ses personnages en arrière-plan).

Du coup, j’ai une opinion assez mitigée… Il y avait beaucoup de bonnes choses au départ, mais cette facilité de sentiments et de déroulement narratif, avec ces incursions philosophiques décalées, ont gâché mon plaisir. Pourtant les personnages sont extrêmement attachants, bien campés, et avaient le potentiel pour complètement me conquérir.

L

9 Commentaires

  1. Je l’ai lu.
    J’ai adoré mais effectivement la fin du livre est assez décevante et on finit par se lasser du « mode dissertation » ». Néanmoins, cette idée de deux personnages atypiques qui se cachent pour l’une parce que c’est pour mieux jouir et pour l’autre parce qu’elle éprouve un profond mépris pour ceux qui n’ont pas de sensibilité face à la Culture … cette idée m’a bien séduit.
    Finalement ce que j’en ai retenu c’est que ce qui importe n’est pas d’accumuler mais surtout de bien appréhender et jouir des choses.

  2. Je trouve ça drôle que tu parles de ce livre, je l’ai acheté à mon dernier passage à Paris et je suis en train de le lire :)
    Coincidence… Belle analyse en tout cas.

  3. Au contraire, je trouve que les digressions intérieures des principaux personnages rajoute à l’intimité du ton qu’insuffle Barbery. En particulier l’expression de leur relative marginalité qui n’est pas sans rappeler notre condition d’invertis…
    L’action n’est pas la finalité d’un récit, elle n’est que la trame qui donne toute latitude aux personnages de faire valoir leur essence. La contemplation a souvent des vertus !

  4. Je l’ai lu aussi et ai été plus que déçue, après tout le tsouin-tsouin qui avait été fait autour de ce bouquin… Ce n’est pas une pincée de Levy qu’on y devine, ça dégouline…
    Je me suis ennuyée, j’ai trouvé le style pompeux, rigide…
    Ok avec toi ça commence très bien, mais ça retombe très vite aussi… « Morne Plaine »…

    Euh, oui, bref, je n’ai pas aimée du tout…

  5. J’ai du passer à côté de quelque chose ou alors je ne connais pas assez Marc Levy.:lol: J’ai hyper-adoré « l’élégance du hérisson ». Que j’ai trouvé diablement bien ficelé. Mais je suis un garçon basic :redface: Je me suis laissé porté par les deux personnages, leurs attentes, leur vies en parallèle. Le décor se fissure, pour exploser avec l’arrivée de ce japonais (japon/thés verts/films/manga = points d’intersections ou de superpositions des deux héroïnes). Alors là, tout devient chaos, et tout le monde se fait broyer par ce que la vie a d’indéfectible. Un peu à l’image des films que son « Babel » et « Crash [collision en vf]. Non, vraiment je ne comprends pas vos critiques. Je n’ai rien lu d’aussi fort depuis « Extrêmement fort et incroyablement près », mais j’avoue, que de ce roman, j’en suis gravement tombé amoureux !!!!!. Ceci dit, je suis admiratif, Matoo, de ton rythme de lecture, moi qui lit si lentement, et relis souvent. Ton blog est plus que sympa ! Balthasar

  6. Moi ce livre, je l’ai lu au moment de sa sortie (bien avant son succès). J’ai passé un très agréable moment. Je n’ai pas trouvé que c’était philosophique mais j’ai beaucoup ri. Je l’ai lu en trois jours et j’étais heureuse.

  7. j’ai lu ce livre ai j’ai beaucoup apprécié. Je ne suis pas fans des livres de ce genre mais celui-ci ma fait penser à la mère de ma meilleure amie qui est concierge et qui se cache pour lire des livre comme du Balzac du Tolstoï … J’ai donc beaucoup aimé :-)

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