W ou le souvenir d'enfance

Je n’avais jamais lu de bouquin de Georges Perec, donc il fallait bien commencer un jour ou l’autre, d’autant plus que l’auteur est très connu. J’avais entendu parler de « La vie mode d’emploi » ou bien de « La disparition », et du fait que cet écrivain était connu pour se fixer des contraintes littéraires et jouer avec ses lecteurs. Le principe de « La disparition » est d’ailleurs assez incroyable, puisqu’il s’agit d’un lipogramme, c’est-à-dire un roman qui ne contient pas la lettre « e ».

La singularité de « W ou le souvenir d’enfance » est d’être un récit autobiographique curieusement entrecoupé d’un autre récit, fictif celui-ci, qui lui-même est en deux parties bien distinctes. D’un côté donc, on suit la narration très factuelle et chronologique de Georges Perec qui exhume ses souvenirs, surtout son enfance pendant la guerre. Et de l’autre, c’est l’histoire de W, une île isolée au large de la Terre de Feu où une population vit selon des rites « olympiques » des plus drastiques.

Je ne vais pas en faire des tonnes sur le bouquin vu qu’il a une page Wikipédia qui lui est dédiée. D’autant plus que je n’ai pas la culture littéraire suffisante pour bien en parler. Je peux seulement faire part de quelques impressions.

D’abord j’ai vraiment été gêné par le récit « W » qui commence par une intrigue, puis passe à autre chose après avoir indiqué : (…). Quel dommage surtout, car cette première histoire m’avait carrément branché, et je mourrais d’envie de connaître la suite, tandis que tous ces détails sur W et son organisation basée sur le sport m’a rapidement lassé. Malgré tout, j’ai beaucoup aimé le glissement progressif de la société parfaite au pur cauchemar. Et le récit biographique qui s’oriente alors vers la guerre et ses horreurs ne manque pas de finalement faire curieusement écho au texte romanesque.

Du coup le livre m’a beaucoup plu dans son aspect le plus formel, c’est-à-dire que les souvenirs de Georges Perec m’ont beaucoup touché, et surtout la manière dont il tente de se remémorer son passé, ainsi que pour ce rapprochement très très particulier. Mais je n’ai certainement pas eu le déclic « oulipien » tel que j’ai pu le lire sur le bouquin ça et là.

Ce sont certainement les dernières lignes de cette oeuvre qui éclairent le plus sur le rapprochement, et sur la collusion entre les deux textes. Et là c’est un peu l’effet d’une bombe qui ne laisse assurément pas insensible. Donc au final, c’est une agréable découverte, mais je ne pense pas que ce soit trop mon « truc ». Il faut que je me fasse mon idée en en lisant d’autres !

W ou le souvenir d

18 Commentaires

  1. Je me souviens d’un autre bouquin de Georges Perec où il parleit des habitants d’un immeuble, on n’y comprend rien jusqu’au moment où l’on s’apperçois qu’il décrit le voyage du cavalier du jeu d’échec.
    J’ai oublié le titre, je suis très bête!
    A propos, si tu lancais un buzz ?
    Ikkkkare a une histoire d’amaour avec M. Dream ?
    Ceu s’rait drôle-non ?
    Bon, c’que j’en dis…
    :petard: :ok:

  2. Ce n’était peut être pas une bonne idée de commencer Perec par W. Le livre dont parle Jean est la vie mode d’emploi qui est un livre monde que j’ai lu parcouru, repris bien des fois. Il est à la fois très facile à lire, plaisir garanti dans sa forme on peut le voir comme une suite de nouvelles, tout en offrant une multitude d’interprétation celle de Jean en est une. La force de Pérec est de faire entrer dans son dispositif littéraire très sophistiqué l’émotion, la tendresse, l’amour de la vie. C’est pour moi un des rares grands écrivains français de la deuxième moitié du XXeme siècle (son absence dans la Pleiade est inexplicable, comme celle de Modiano). Et puis il y a « Je me souviens » mais il faut mieux voir le dvd du texte joué par Sammy Frey que lire le livre. C’est toute une époque qui revit avec tendresse. A lire ton blog et ton goût pour les tendres remémorations des jours heureux d’hier tu devrais adorer ce livre, mais le spectacle ajoute beaucoup… Quant aux « Choses » le livre qui l’a fait connaître c’est une peinture juste du début de la société de consommation vers 1960 par le truchement de celle d’un jeune couple. Là encore Pérec fait revivre une époque celle de l’Express à la couverture orange…

  3. oui Perec aimait jouer avec l’écriture. Il y a un de ses livres où la lettre « a » se retrouve en diagonale d’une page. Je sais que le traducteur allemand avait réussi la prouesse de reproduire cette particularité, mais pas avec le « a ». Pensant que tout ce qu’a caché Perec dans ses livres n’a pas encore été découvert, beaucoup cherchent encore….

  4. Effectivement, pour une approche de Perec « La vie mode d’emploi » est peut-être plus abordable (même si c’est un pavé). Sinon, j’adore « Un homme qui dort » (même si comme le dit David c’est pas bien gay… euh gai « _ » )

  5. Ô s’court!! Je reçois tous les commentaires en mail et quand je vais sur « Gérer vos abonnements », on me demande une clé que je n’ai pas!
    Suis-je blond de l’intérieur ou y’a un bug ?
    Le matoo peut-il m’aides ?
    Merci :gene:

  6. Le pavé de la Vie me paraît être effectivement moins abstrus. C’est vrai aussi que la recherche des origines et l’histoire familiale, toujours « bousculée » (pour le moins) par l’Histoire, jouent un rôle central chez Perec. On peut aussi voir le magnifique doc de Robert Bober (c’est beau, intime et tout en retenue comme du Doisneau), « En remontant la rue Vilin » (j’avais été scotché quand je l’avais vu lors de sa première diffusion sur Arte… ou était-ce encore la Sept ?). « Je me souviens » (mais est-ce fiable ?) que Bober, ami de Georges, rapproche les trois lettres au coeur de l’oeuvre de Perec : le J (ou ce qui y ressemble, qui serait la première lettre, hébraïque, que Perec aurait déchiffré, sauf que ladite lettre n’existe pas dans l’alphabet hébreu), le E (de la Disparition) et le W (du roman dont il est question). Soit JEW. C’est un peu capillotracté, mais rien que l’hypothèse d’avoir construit toute une oeuvre de manière aussi maîtrisée, ça bluffe.
    Tibert.

  7. j’ai eu la chance de découvrir le livre et l’auteur en fac, avec un prof très vivant qui nous l’a fait éplucher et aimer tout de suite. j’y ai retrouvé ce qui m’avait plu dans Je me souviens , la collection de souvenirs qu’on avait mis en scène dans mon groupe de théatre, c’est à dire la recherche systématique de la sensation, la construction hyper contrainte et donc hyper créative. c’est ce que j’aime chez lui, il joue de son art, et c’est communicatif :D

  8. n plus de la vie mode d’emploi, qui est vraiment top, je te recommande de lire le palindrome de perec… un exploit littéraire… fascinant! (tu devrais le trouver sur wikipédia)

  9. Jean, c’est probablement La vie mode d’Emploi. Pour ma part, j’ai un peu honte j’ai que lu seulement La Disparition, j’ai bien accroché à son livre, l’originalité, certains subterfuges (malgré la tricherie, lors de certains « palimpsestes ») d’autant que l’histoire n’est pas en reste, seulement vers le milieu, ça s’éffoufle et devient lourd, finalement, assez répétitif. Il parait que les Revenantes (dans lequel la seule voyelle est la lettre E, c’est fort) est bien meilleur.

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