Un roi sans lendemain

Je me suis dit que c’était une bonne idée de continuer dans ma lancée des romans historiques avec ce bouquin, mais que je savais d’un tout autre genre. Christophe Donner c’est un de mes écrivains (gay) favoris, c’est une plume que je révère et qui m’impressionne à chaque fois, des thèmes qui me parlent et un « esprit » qui me fascine. Mais là, on est dans un registre vraiment très différent, et j’ai été troublé…

Il est connu pour avoir été extrêmement marqué par son éducation et son père communiste. On le retrouve donc souvent à vilipender les prolos et à adopter un côté « aristo manqué ». Mais là le livre est un libelle sans nuance sur la révolution française, et réinvente le mythe de Louis XVII, pour en faire un martyr et un symbole de l’injustice. Le truc c’est que je suis d’accord avec lui sur le fait que la mort de l’enfant et ses conditions de vie, après les exécutions de Louis XVI et Marie-Antoinette, étaient le reflet de la violence inouïe qui a marqué la révolution. Dans cela, il dépeint un portrait certes noir et négatif, mais certainement très réaliste, et représentant bien toutes les horreurs perpétrées par des gens stupides et arrivistes.

Par contre, il ne nuance pas du tout son propos, et on en arrive à lire des propos royalistes qui m’ont choqués, et auxquels je n’adhère tellement pas que j’ai eu du mal à bien suivre où il voulait en venir. Car il est clair que la révolution française n’a été concrétisée que dans un bain de sang, mais la chute de la monarchie absolue était une excellente chose. Et sur les « Etait-il possible de faire autrement ? » et autres réflexions historiques, philosophiques et idéologiques, je ne peux pas prendre pour argent comptant les positions rapportées par un personnage de fiction.

Le narrateur, Henri Norden (Norden étant l’anagramme de Donner… pas par hasard je pense) est un scénariste à qui l’on confie la mission de faire un film sur Louis XVII, aussi connu sous le nom : « l’enfant du temple ». Dans le même temps, cet homme, qui est gay, tombe amoureux d’une présentatrice de télévision. Il se met surtout à faire des recherches sur l’héritier du trône, et il se passionne rapidement sur le sujet. Il découvre surtout l’importance de Jacques-René Hébert, le porte-parole des sans-culottes, à travers son journal satyrique : « Le père Duchesne ». Ce dernier aurait été l’instrument primordial des exécutions de Louis XVI et Marie-Antoinette, ainsi que de la détention et la mort de Louis XVII.

Le roman est extrêmement bien documenté, et on apprend beaucoup de choses sur cette époque trouble et sanglante. Les chapitres alternent entre la réalité de l’écriture et de l’enquête documentaire de Norder/Donner, et une narration des différents épisodes de la vie du « petit duc de Normandie » en lui donnant la parole. Dans la partie historique et pour toute la mise en scène de ces personnages réels, l’auteur a fait preuve de beaucoup de talent. On est à la fois dans le roman, et vraiment au coeur de l’action passée, avec cet Hébert qui apparaît comme un être assez vil et paumé, mais dont la plume aura des conséquences funestes. On retrouve aussi Marie-Antoinette et ses amants, le petit Capet qui survit, on ne sait comment, à un emprisonnement terrible et à une tentative de lavage de cerveau bien vicieuse (l’enfant est élevé par un cordonnier et sa femme, qui le violentent et doivent faire de lui un révolutionnaire).

On y trouve aussi un Christophe Donner à la plume toujours aussi belle et virtuose, et c’est donc un vrai plaisir de le lire. Mais je me suis demandé s’il n’avait pas été pris à son propre jeu, et si en se documentant sur ce sujet, il n’avait pas quitté l’univers du roman pour verser dans la thèse un peu superficielle, ou du moins carrément partisane. En effet, d’un point de vue narratif, on commence avec une histoire un peu étrange de ce scénariste pédé qui rencontre une femme, et il y a une sorte de coup de foudre. Mais au final, les intrigues secondaires, qui auraient du être plus ou moins le coeur du roman, terminent en allusions ou voire en ellipses pures et simples. Ainsi on finit par ne plus savoir du tout ce qui se passe en dehors du récit révolutionnaire. J’ai presque eu l’impression que l’auteur se réfugiait dans ce récit de Louis XVII, auquel il tenait plus à présent, qu’à boucler son propre roman. Mais donc, sans être dans un roman, on est pas non plus dans un travail scientifique rigoureux, mais un entre-deux qui n’est pas forcément du meilleur goût.

Le personnage de Hébert que je découvrais (inculte que je suis !) m’a le plus intéressé, et l’éclairage que l’auteur en donne, laisse à penser qu’il aurait mérité qu’on le connaisse autant que Danton ou Robespierre. Christophe Donner écrit toujours aussi bien, mais vivement un nouveau roman…

L’avis des copines : Zéro Janvier, Psykokwak.

Un roi sans lendemain - Christophe Donner

9 Commentaires

  1. Comme toi j’ai été déstabilisé par le glissement d’un roman centré sur Norden à la seule évocation de la vie de Louis XVII. En fait Norden/Donner à travers cette histoire du dauphin semble régler un compte avec sa propre famille. Donner est à la fois Hebert, l’assassin et brillant journaliste et aussi le jeune roi.
    Quand je pense qu’il a failli recevoir le Renaudot!
    Et félicitations de nous avoir présenté « Alabama song » dès la fin du mois d’Août. :pompom:

  2. Salut Mathieu.

    Donner est un écrivain que j’aime beaucoup. Et il y a quelques jours, il m’est arrivé un truc bizarre à son propos. N’étant pas téléphage, je ne connaissais pas son visage et je l’ai découvert lors d’une de ces émissions où tout le monde s’apostrophe sans vraiment s’écouter. Lui est arrivé en retard sur le plateau et a pris le débat en marche. Il rappelait fortement ces mecs qui, en AG, on moins de choses à dire que de besoin de se faire entendre. Je ne me souviens même plus de ce qu’il disait, mais c’était assez pathétique et tout le monde sur le plateau était gêné. Et moi, quand j’ai vu son nom apparaître sur l’écran et que j’ai pigé que c’était cet écrivain que j’aimais bien, ça m’a fait bizarre aussi.

    Total, parce que Donner reste un écrivain que j’aime bien et pour lequel j’ai de l’intérêt voire une certaine tendresse, je vais peut-être m’abstenir de lire Norden…

    Bises,

    Bruno.

  3. J’ai pas vu Donner à la tévé, mais je l’ai entendu sur Inter, confronté à FOG (Giesbert).
    En gros Donner accuse le jury (présidé par FOG) du Renaudot d’avoir fait preuve de partialité, de copinage, en accordant le prix à Pennac.
    Je n’ai pas lu Donner, mais de l’entendre pigner comme ça à la radio, c’était pas super gratigfiant pour lui.
    Cependant, j’ai bien l’impression qu’il y a bien quelque chose de pourri dans le royaume des prix littéraires …

  4. Cf.le comm.n°3;émission de Frédéric Taddeï:Ce soir(ou jamais!).
    Bizarre mais pas la même perception:personne ne s’apostrophait!
    Donner?rien à lui reprocher si ce n’est d’avoir fait de la figuration,
    il était quasi inexistant!

  5. Ah bon, écrivains gays, c’est une catégorie ça ? Eh ben, c’est pas gagné, hein ! Quant à Donner, il se couvre de ridicule car tous les prix littéraires sont une mascarade, pas seulement le Renaudot 2007.

  6. En lisant la très bonne revue sur les séries, Générique(s) j’apprend que Nicolas Le Floch sera adapté en 2 téléfilms de 52mn (tournage actuellement pour France 2). Le rôle principal est tenu par Jérôme Robart et la réalisation et l’adaptation sont de Hugues Pagan (je ne connais ni l’un ni l’autre).
    Je partage pas ton avis pensant que la révolution française est peut être la pire des choses qui soit arrivée à la France (il faut dire que je suis fondu d’uchronie. Idem pour Donner qui ne m’a jamais enthousiasme comme écrivain et encore moins comme cinéaste a tout simplement épuisé son stock d’histoires personnelles et a voulu écrire un livre formaté pour les prix… raté

  7. issu d’une famille légitimiste, je croyais avoir tout entendu sur un tel sujet. Eh bien non ! Il y a des arguments que je n’avais jamais entendus, et pourtant, j’en ai entendu… C’est bien le seul intérêt de ce bouquin, assez mal construit et vraiment simpliste.

  8. « Pour comprendre la Révolution française, il faut l’aimer. » disait Aulard, pour contrer ce que déjà Taine racontait à son époque.

    Dire en 2008 qu’elle n’a été concrétisée que dans un bain de sang, c’est du négationisme extrême. Faîtes attention. Et lisez les livres de Jean-Clément Martin, pour changer. Je ne comprend toujours pas qu’on puisse avoir de tels discours sur une période historique qui n’intéresse plus personne, et dont on a réussi à oublier les idéaux et les causes.

    Quant à la fiction historique (ou roman historique, ce que l’on veut), elle ne sera bonne que lorsqu’elle sera fiction, et ne se prendra pas pour histoire.

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