Grève, syndicats, social, politique, papa, tout ça… (et moi)

Avant-propos : J’ai mis deux heures et demi à rentrer ce soir, et j’ai eu de la chance car j’ai réussi à choper le dernier métro de la ligne 9 (vers 19h15) à porte de Saint-Cloud. J’ai donc de nouveau expérimenté la compression exponentielle de station en station, mais globalement, encore une fois, les gens étaient plutôt cools et philosophes.

Je pense que la grève est un droit vital, et je ne peux me permettre de critiquer cela. J’ai beaucoup de mal avec l’expression « d’otage » qu’on voit fleurir dans les médias. A ce propos, l’article de Judith Bernard dans le Big Bang Blog est vraiment excellent. Il rappelle avec beaucoup de talent et d’éloquence que la grève est un élément classique de négociation et de pression salariale.

Je sais que c’est chiant de la vivre comme cela, quand on doit aller bosser, que cela nous handicape dans notre vie quotidienne, ou même que cela puisse mettre en péril certaines activités professionnelles. Mais il faut respecter cela aussi.

Nous sommes dans un système salarial qui est plus ou moins en transition. D’un côté, je rigole de voir les gens s’inquiéter autant de la grève. Parce que franchement, cela n’existe presque plus, et de moins en moins. Et il faut bien se rendre à l’évidence que le pouvoir du salarié est comme peau de chagrin. Mais d’un autre côté, nous continuons plus ou moins officiellement dans la lutte des classes. Et donc ce qui se passe là n’en est qu’un des mécanismes tout à fait ordinaire. Et moi, je suis plutôt content de voir que ça existe encore justement.

Parce que si d’une part le salariat ne s’organise pas, et les syndicats disparaissent avec le prolétariat, il ne faut pas s’inquiéter pour l’autre plateau de la balance. Le patronat lui ne perd pas une occasion de conquérir du territoire, et d’asseoir son hégémonie dans le fameux « dialogue social ». Je ne critique d’ailleurs pas cette vue du capitalisme, et je suis d’accord avec la vision de l’entreprise comme outil de production ayant pour principal objectif de maximiser son profit, et celui de son actionnaire. Cela me va parfaitement tant que cela est tempéré par d’autres valeurs, des valeurs véhiculés par les salariés comme l’Etat. Ces valeurs sont le respects des hommes, de l’environnement, du tissu économique et social local etc. Aujourd’hui une valeur n’est éligible que si elle dégage un bénéfice à court terme, et rien d’autre n’a l’air de compter.

On reçoit toute l’année des « hoax » à propos des salaires et conditions extraordinaires des salariés de la SNCF. Cette dernière a d’ailleurs eu la bonne idée de publier sur son site web un petit rectificatif qui mérite le coup d’oeil. D’ailleurs, si c’était tellement intéressant d’être conducteur de métro ou de train, pourquoi est-ce que personne dans mon entourage n’en a envie ? Etrange… De même, une nana au boulot me serinait sur cette fameuse « prime de charbon » qui n’existe plus depuis belle lurette (et a été renommée plutôt). C’est honteux et ça ne correspond à plus rien de réel racontait-elle en s’offusquant.

Du coup, je lui ai demandé si elle trouvait normale la notion de « treizième mois ». Car après tout, on ne travaille que douze mois, donc il serait tout à fait légitime qu’on nous supprime une gratification au nom aussi débile et qui ne correspond à rien. D’autant plus que dans notre boite, on est payé sur « quatorze mois et demi ». How fucked-up is that? Bizarrement, elle ne tenait pas tant que ça à renoncer à ses mois surnuméraires.

Cette grève reflète aussi autre chose, enfin je le subodore. C’est un truc qui traîne depuis quelques temps, et qui prend cette forme. Christophe en parlait, mais aussi Samantdi, il y a plus que cela. Je ne sais pas si c’est un simple hoquet de la gauche, et si c’est un mouvement de contestation « pour contester », ou bien s’il y a vraiment beaucoup de gens qui souffrent du nouveau gouvernement, mais on va certainement voir se dégager de nouvelles tendances ces prochains mois.

Je trouve que les gens en font beaucoup trop concernant la pseudo-importance des syndicats. Car malheureusement, on voit déjà bien à quel point il y a une désaffection des salariés de ces mouvements. Il suffit de laisser aller les choses, et bientôt nous serons aussi dépourvus que dans ces pays que nous admirons tant. Je ne suis pas pour autant un grand adepte des syndicats, et surtout pour en avoir vu diverses manifestions, plus ou moins positives. Comme toutes les organisations, et même plus globalement, j’affirme que « le pouvoir corrompt », et qu’un syndicat n’est actif et utile que lorsqu’il est en minorité, que lorsqu’il doit se battre pour vivre et pour arracher quelques avancées sociales.

C’est toujours pareil, les extrêmes se rejoignent… Le tout patronal et le tour syndical c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Le syndicat de ma boite précédente était un organe essentiel à la vie de l’entreprise, et il ne s’agissait que d’une poignée de militants engagés, altruistes et motivés. On pourrait alors les croire peu représentatifs des salariés, mais les élections étaient bien là pour démontrer l’exact opposé. Malgré très peu d’engagements visibles, les gens avaient confiance et n’hésitaient pas à recourir à eux en cas de pépins.

J’ai aussi connu l’extrême opposé, dans une grande entreprise française où tout une partie est tenue d’une main de fer par le « syndicat ». C’est alors une organisation qui reprend toutes les valeurs patronales mais dans un autre cadre. Là-bas, on est saqué si on ne prend pas sa carte, et si on ne fait pas grève, alors on n’a pas d’augmentation. On peut même être harcelé, et être poussé à demander une mutation. Eh oui… Le pouvoir par essence ne rend pas les gens vertueux, au contraire, même avec les meilleurs intentions aux origines.

Concernant les fonctionnaires et leur légendaire implication laborieuse, je connais des gens qui n’en foutent pas moins, pas plus, et qui sont dans des boites privées. Il y a aussi de super cadres de la mort qui remuent de l’air pendant leur onze heures par jour de présence inutile… Et des gens motivés, bosseurs et intelligents, on en trouve dans les deux camps.

Pourquoi est-ce que je vous parle comme cela ? Ah mais c’est bien évident, vous savez comme c’est atavique ce genre de choses. Mon père était agent EDF, il a 57 ans, et est donc retraité depuis deux ans. Il a passé sa vie à monter à des poteaux électriques, à creuser des tranchées, à souder des conduites de gaz. Et ne vous en faites pas, il mourra bientôt, trop usé par ces activités éreintantes et qui l’ont laissé aujourd’hui sur le carreau. Je me souviens qu’en 1995, il a fait grève pendant trois semaines. Je me rappelle que ma mère était contre. Pas contre le mouvement, mais contre le fait qu’un quart de salaire n’était pas compatible avec les traites de la maison. Et Noël fut bien maigre cette année. Il a fallu quelques temps pour s’en remettre de celle-ci. En 1999, pour la tempête, il était là aussi. Dehors, jour et nuit pendant une semaine, pour rétablir le courant, et par soucis de son métier qui consistait à assumer un service publique.

Pourquoi s’en prend-on aux cheminots ? Ok pour Sarkozy et le gouvernement je comprends. Qu’ils veulent zapper ces singularités, c’est compréhensible. Mais les gens que j’entends qui gueulent sur l’injustice de cette situation, et sur le fait que nous devrions tous être logé à la même enseigne. Mais pourquoi niveler vers le bas ? Est-ce que les cheminots ou les agents de la RATP sont les nantis du pays ? Vraiment ? Est-ce qu’on veut revaloriser leurs salaires pour ces avantages qu’ils perdent ? Et qu’on ne me parle pas de solidarité, alors que les demandeurs sont ceux qui veulent payer le moins d’impôt possible !

Et puis franchement, je comprends que l’âge de la retraite pose un problème financier mécanique et mathématique. Mais est-ce que vous avez beaucoup vu de gens de 65 ans travailler autour de vous ? Eh bien, je ne sais pas ce qu’ils font, car moi je n’en ai (presque) jamais vu. Et par contre, j’ai connu des gens de 50 ans au chômage et inemployables. Il faudrait peut-être aussi répondre à cela, avant de rallonger les années de cotisation.

En outre, j’ai l’impression que l’on a du mal avec le fait que des ouvriers ou des employés « manuels » aient certains avantages, comme s’il fallait seulement être blindé de thune pour en avoir profité toute sa vie, et continuer après à la retraite. Or, je ne crois pas en cette inégalité salariale, et surtout parce qu’elle correspond à une inégalité sociale.

Et c’est là un autre de mes leitmotivs (je sais, je suis taré) : l’objectif est t-il que les pauvres restent pauvres et sans accès à la culture et la progression sociale, tandis que les riches restent riches, et se réservent l’accès à l’éducation et aux postes d’encadrement qui vont avec ?

Les cadres engendrent des cadres, et les ouvriers engendrent des ouvriers. Il n’y a qu’un prolo comme moi, seul exemplaire de sa famille a avoir mené des études supérieures, pour bien m’en rendre compte. Et surtout se rendre compte de cette supercherie qui vise à faire croire aux gens de ma classe, que les études ne sont pas pour eux, que les « bons jobs » ne sont pas pour eux non plus. Et ça ne fonctionne que trop bien… Or quiconque a traîné un peu ses guêtres dans les « écoles » sait que c’est accessible à peu près n’importe quel teubé qui fournit deux trois efforts (ou bien à un « fils de » qui n’a pas le choix).

Quel est le rapport avec la choucroute ? Oui bon ok, j’admets que je m’éloigne, mais pas tant que cela. Car ce que je sens aussi dans cette politique et cette direction que nous prenons, c’est que la société se prive de plus en plus de l’ascenseur social, et surtout de celui qu’on trouve dans l’entreprise. Tout est fait pour qu’on se recloisonne et qu’on se remette dans nos bonnes vieilles castes du 19ème siècle, et ça me fout la gerbe. Et ces luttes sociales sont implicitement liées à ce dont je parle. Le CE de mon père par exemple a été un véritable « révélateur » pour moi, le catalyseur aussi de mon intérêt pour la culture, ce qui m’a permis d’aller en vacances tous les ans, au ski aussi et à l’étranger en voyage linguistique. Et le théâtre et les livres, (et le sport beeeerk,) et tant de choses encore qui ont participé à mon « émancipation », des choses qui ne m’étaient pas accessibles sans cela, sans cet avantage, sans ce privilège. Eh bien aujourd’hui, la majorité des gens trouvent que c’est « injuste », et que cela ne devrait plus être. D’ailleurs, ce même CE est sur la sellette et a déjà perdu une bonne partie de son financement. Si on veut accéder à cela, il faut payer, il faut en avoir les moyens !

Enfin, je n’oublie pas d’où je viens.

Post-Scriptum : Désolé pour le galimatias, c’est terrible. Promis, je ne reparle plus jamais politique. :mrgreen: Asinus asinorum in sæcula sæculorum.