« La vie devant soi » au théâtre Marigny

Je précise tout de suite que je n’ai pas lu le bouquin, ni vu le film, d’ailleurs je n’en avais même jamais entendu parler (oui j’ai honte !). Car cette pièce est l’adaptation d’un livre de Romain Gary (qu’il avait publié sous le pseudonyme Émile Ajar) qui a obtenu le Goncourt en 1975. Et apparemment, c’est un livre (et un film) très connu et qui est dans les programmes de collège. Pourtant ce n’est pas une histoire « d’enfants de choeur », même si son sujet est universel et représente une belle leçon de « vie ».

Madame Rosa est une vieille femme juive, fatiguée et malade, et qui s’occupe des enfants des prostituées qui ne peuvent le faire dans le quartier de Belleville. Mais ça c’était avant la contraception, et aujourd’hui il ne lui reste plus que Momo, Mohammed, un jeune garçon espiègle et turbulent, qu’elle aime comme son fils. Ancienne prostituée elle-même, et née en Pologne, traumatisée par Auschwitz, elle redoute toujours que la gestapo vienne la rafler ou que les services sociaux lui prennent l’enfant dont elle s’occupe. Comme promis à son père, elle éduque Momo dans la religion musulmane, et les deux êtres, tout deux blessés à leur manière, vivent ensemble et sont une famille.

J’ai beaucoup aimé les décors et la mise en scène qui font qu’en deux heures de pièce, je n’ai pas vraiment trouvé le temps long. En effet, sur un écran semi-opaque sont projetés entre deux actes des films qui illustrent les propos déroulés, et renforce l’imaginaire de l’enfant. Car Momo est le narrateur du bouquin, et celui dont on entend la voix-off (pré-enregistrée donc) dans la pièce de théâtre. Lors d’une de ces projections, Mohammed dessine devant le public et dans l’air un bateau, et grâce à la toile et au film, le dessin apparaît comme par magie. Le décor principal est celui de l’appartement de Madame Rosa, qui n’est visité de temps en temps que par le docteur Katz.

Myriam Boyer (qui est aussi la maman de Clovis Cornillac) incarne avec beaucoup de talent et de sincérité Madame Rosa, et j’ai vraiment énormément aimé son implication et son jeu. Son interlocuteur presque unique c’est Aymen Saïdi qui se débrouille très très bien pour Mohammed, même si j’ai eu quelques réticences à certains moments. En effet, ça reste difficile pour un jeune garçon de 20 ans de jouer un gamin de 15 ans (à qui l’on fait croire qu’il en a 11 d’ailleurs !), et Aymen Saïdi surjoue un peu le môme avec des mimiques et des tics trop caricaturaux. Mais il interprète tout de même très bien son rôle, et maîtrise son personnage dont le texte est loin d’être une sinécure.

En effet, une grande partie de la force du texte vient des décalages de vocabulaire de l’enfant, qui s’approprie certains mots ou certaines expressions en les détournant ou les déformant complètement. Cela donne des saynètes très drôles ou très touchantes selon les moments. Et s’il y a une chose qui m’a vraiment plu et marqué c’est le texte, il est d’une troublante modernité, tout en étant âpre, dur et réaliste. Ca parle de sexe, de prostitution, d’enfance traumatisée, de juifs déportés, de racisme et d’antisémitisme, de mort et d’amour. Et la décharge émotionnelle qu’on se prend dans la tronche par ces deux comédiens est d’une rare intensité et crudité.

J’ai eu plus de mal sur les passages où on sous-entend que le gamin pourrait devenir proxénète ou même le fait que ce soit « bien vu », tout cela sonne très désuet et anachronique pour moi, et très troublant (choquant même). Il y a aussi le retour du père, et les mensonges de Rosa pour garder Momo qui m’ont un peu dérangé. Mais du coup, c’est vrai que tout cela fait très authentique et sans une once de création « bourgeoise » ou « bobo » (avec du politiquement correct qui souvent sonne faux ou creux). On est au contraire dans une atmosphère « sociale » bien pesante et marquée.

Et au final, je retiens l’histoire de cette femme et de cet enfant, leur histoire. Elle, ancienne prostituée vieille et malade qui redoute l’hôpital et la mort, lui qui souffre du manque d’une mère et d’une famille, les deux qui veillent l’un sur l’autre, et qui se donnent tout l’amour qu’il faut pour survivre dans un univers aussi hostile. Les passages qui évoquent la valeur de l’amour, ou bien la mort, sont d’une stupéfiante beauté, surtout dans la bouche de Mohammed qui déforme les expressions, défait les phrases, mais finit toujours avec le mot juste, à fleur de peau.

Il s’agit là d’une très belle pièce, qui a quelques passages bancals pour moi, mais qui dans l’ensemble est d’une grande qualité. De formidables comédiens, un texte d’une force inouïe, et des thématiques sensibles (reubeus, noirs, juifs, musulmans, déportation, papiers, prostitution etc.) qui font de cette représentation un moment qu’on oublie pas de sitôt.

L’avis de la copine : Fauvette.

« La vie devant soi » au théâtre Marigny

8 Commentaires

  1. Le livre La vie devant soi, pour moi, ç’a a été le cataclysme de mon adolescence (bon, là, je suis fichu pour mentir sur mon âge). J’ai lu le livre au moment où ma mère faisant son grand coming out de juive rescapée de la guerre d’espagne (avant, elle était catholique et s’appelait Marcelle, on ne rit pas, et après elle nous balance qu’elle est née juive espagnole et que son prénom est Mercedes). Après il y a eu le film et là, j’étais raide amoureux du gamin qui jouait Momo, aux côtés de Signoret qui jouait bien sûr Mme Rosa. Et pire, le film, je suis allé le voir avec un certain Vincent R., the garçon of my life d’alors, et lui, à la sortie du ciné, qui me dit : « il est mignon Momo dans le film ». Argh…

  2. Je n’ai pas vu la pièce… Mais j’ai lu le livre et vu le film et pour la première fois j’ai eu le sentiment qu’un film pouvait parfaitement compléter un livre ou le prolonger…
    Inutile de dire qu’il s’agit de l’une des oeuvres qui m’ont profondément marqué.

  3. Lis le livre. C’est un pur chef d’oeuvre. Sinon un autre bon livre de romain gary: « au delà de cette limite votre tocket n’est plus valable ». Toi qui aimes les bons bouquins, c’est bien dommage d’être passé à côté. Le premier fait partie de mes préférés.

  4. :coeur: :coeur: :coeur: tu merite plein de coeur sa merite la gloir cette piece tu est genial dans ton role tu le joue comme un grand dans ce monde qui na ‘pas etait facil fait attention tu aura beaucoup de jaloux autour de toi ouvre bien grand les yeux

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