Une soirée à la Tour d'Argent

Hier soir, j’étais invité à un dîner à la fameuse Tour d’Argent, un des plus anciens restaurants d’Europe toujours en activité, fondé en 1582 !! Evidemment j’étais convié par un partenaire, vu le prix et la réputation de cet endroit…

Alors oui, il faut avouer que le lieu en lui-même est mythique et exceptionnel. La décoration est superbe, le service particulièrement obséquieux et la nourriture en effet très bonne. Il y a cette cave qui est hallucinante et qui mérite bien sa réputation. Entre les centaines de bouteilles couvertes de poussière qui atteignent le plafond, et doivent représenter une thune terrible, et les vieux reliquaires qui impressionnent par leurs étiquettes, tout est fait pour impressionner le chaland.

Les caves de la Tour d

Bouteille de chartreuse verte de 1885 à la Tour d

En outre, la « Tour d’Argent » avait récupéré des éléments du « Café Anglais » quand il a fermé, dont une table qui remémore un célèbre dîner de 1867 avec Guillaume 1er, roi des Prusses, Alexandre II, le tsar de toutes les Russies, le tsarévitch Alexandre et le prince de Bismarck, tous à Paris pour l’Exposition Universelle. Ah le « Café Anglais », j’ai évidemment tout de suite pensé à ma petite Babette.

Nous sommes montés en haut de l’édifice, pour profiter de notre réception dans un joli salon privé, avec une vue sur Notre Dame et la Seine à couper le souffle.

Table à la Tour d

Vue de la Tour d

Le dîner fut légèrement décevant pour moi. Je m’attendais à vraiment être épaté et estomaqué (dans le bon sens) par la qualité de la cuisine de ce restaurant. Mais non. C’était vraiment très bon, mais rien d’exceptionnel, simplement de la très bonne cuisine française traditionnelle. Alors il y a en plus la vaisselle, le décorum, un factotum tous les 5 mètres, et les autographes de tout le Gotha depuis quatre siècles affichés sur les murs (de plus ou moins bon goût d’ailleurs… au final).

Mais le pire c’est quand je suis arrivé, et que forcément l’on tombe sur de véritables clients. Des habitués qui payent plein pot et appartiennent à cette caste qui va à la Tour d’Argent, comme je vais au Bistro Romain (eurk). Mein gott, mein gott ! Reçu par une fausse blonde liftée et bronzouillée, ils se sont tous fait la bise et serrés la paluche entre initiés. Et il y avait les caricatures vivantes de ce genre de lieu, les blondasses botoxées avec des cailloux énormes aux doigts, exténuées de la journée de shopping Avenue Montaigne, accompagnées de maris qui parlent fort et marchent devant.

En plus, il fallait avoir la cravate. Hu hu hu. Mais ça n’empêche que l’on (je) se fait tout de suite repérer : « Vous venez pour quelle société ? ». Et c’est aussi cocasse d’avoir la lippe hautaine de la vestiaire qui se prend pour une grande bourgeoise (ah c’est vrai que le chien du roi est le roi des chiens pour certains…).

A avoir fugacement frôlé ces gens, je réalise que nous ne nous croisons jamais. Nous faisons indéniablement partis de castes différentes, et sans ces quelques hasards de l’existence, nous vivons toute notre vie dans la complète ignorance les uns des autres. Nous n’avons pas les mêmes habitats, modes de transport, lieux de villégiature, écoles ou moyens de subsistance.

Bon mais, je ne fais pas mon relou non plus, j’ai passé une bonne soirée, avec une table somptueuse, une vue à tomber, et le canard était vraiment succulent. Voilà ma petite carte de canard même qui authentifie mon repas, et qui est une tradition instaurée par Frédéric Delair depuis 1890. J’ai bouffé le un million soixante-trois mille quatre-cent-vingt-huitième canard de la boite !!!

Carte à Canard de la Tour d

18 Commentaires

  1. SI tu veux bien bouffer dans « notre » coin, faut aller à Belle-Eglise, dans l’Oise. (à l’auberge de Belle-Eglise) bon, ok, tu claques au moins 100€ par personne. Mais j’ai jamais rien mangé d’aussi bon! (par contre, c’est vue sur le parc, ca le fait ptet moins ;-) )

  2. Ils ont perdu des étoiles non? (je crois qu’ils n’en ont plus qu’une…)Le décor a l’air très beau. Ceci dit, si je peux comparer je suis allé chez Guy Savoy l’année dernière et, si c’est sûrement le meilleur repas de ma vie, j’ai été outré par les tarifs :gne: … Aucun repas ne vaut ce prix là pour moi(près de 700 euros à deux).

  3. Haha, « des maris qui parlent fort et marchent devant ». C’est tout à fait ça. J’avais failli casser ma tirelire un soir, y a longtemps, quand j’avais une tirelire qui me le permettait. Mais ma copine aurait marché à côté de moi, pas derrière. A mon bras, sans doute, par contre : faut pas pousser. Je restais le mâle avec le portefeuille. :roll:

  4. un comm qui n’a rien à voir et qu’il faudra faire sauter ; c’est pas terrible la photo du joli bébé en haut à droite avec le Oral Sex en dessous….
    Mais p’t^te que je suis un peu coincé…;-)

  5. deloin> Bah c’est moi hein, j’avais deux ans, mais c’est moi ! :)
    Et le Oral Sex Donation, c’est un truc qui m’a toujours fait rire. Je l’ai mis à l’époque où les « paypal donations » fleurissaient sur tous les blogs (avant les googleads et autres machins pour gagner de l’argent avec son blog). C’est vrai que c’est une relique que les gens comprennent de moins en moins.

    Enfin pas de malentendu, tout ça c’est du blog, c’est pas sérieux. :-)

  6. Moi ce que j’aime dans ce genre d’endroits, c’est surtout le décor, l’historique et l’ambiance. La dernière fois que je suis allé à l’Hôtel Costes, il y avait Arthur, Ophélie Winter et Dany Boon et bien ce qui me faisait le plus rêver, c’était la musique et l’ambiance tamisée

  7. Je regardais un reportage sur ces grands lieux de la cuisine française, et le journaliste avait levé un lièvre interessant : Partout où il allait on lui disait que les clients se pâmaient à l’idée d’aller manger dans ces établissements, qu’ils étaient toujours complets, que c’était un honneur d’y avoir une table… Sauf qu’un jeune chef dans le genre de ferran Adria, spécialiste du fooding, expliquait que ces grandes maisons étaient si figées que ce n’étaient plus elles qui drainaient la majorité des publics.
    Le journaliste à alors fait l’essai sur ce que lui conseillait de vérifier l’autre chef : il a appellé pour avoir une table chez bocuse, ou chez veyrat, ou encore chez feu loiseau, et aussi dans les grands restaurants parisiens ( mais je ne sais pas si la tour d’argent y était). Il pensait n’avoir une réservation que quelques semaines plus tard, or, dans quasi tous les cas, il n’a eu aucun souci pour avoir une table le jour même :eek: …

    La tour d’argent, ça reste je crois un lieu exceptionnel par sa vue et sa situation dans paris, ainsi que pour son histoire, mais bon… Si c’est de la grande gastronomie qu’on cherche, il faut se tourner vers jun lieu moins snob, et sans être mauvaise langue, j’ajouterais bien  » moins poussiéreux  » :mrgreen:

    Je préfère par exemple mille fois la cuisine aux racines profondes de chefs fringuants, toujours sur la breche, plutôt que le clinquant hautain ou fade de certaines prétendues maisons de luxe.
    je trouve ça d’ailleurs très juste ce que tu dis de la lippe de mépris de la femme au vestiaire, très peu pour moi :mrgreen: .

  8. J’y ai été quand j’étais petit et je n’ai rien aimé en plus les couloirs du haut avec les salons privés sont chiants pour trouver les chiottes, avec ma maman on a du en ouvrir des portes avant que je ne fasse pipi.

  9. Ben moi j’avais pas de cravate, et mon copain non plus (c’est mon ex mainteannt).:cool:
    Et puis le bout de carton avec le n° du coin-coin, je l’ai oublié, tellement j’étais pété en sortant…
    Se murger la tronche à la Tour, c’est chic, non ? :cool:

    PS : Cet ex, je l’ai quitté après cinq ans de couple (PaCS compris), comme quoi je ne suis pas vénal…
    Et puis maintenant je vis à Lyon parce qu’on mange tout aussi bien dans ma rue ;-);-)pour 14€, voire 19€ pour le menu de luxe…

  10. On sent une pointe d’envie dans cette histoire de castes…invité parce que sans le portefeuille qui permette de payer le repas à La Tour d’Argent, ni le caillou a la main de la sublime blonde qui ne vous accompagne effectivement pas, et sans la cravate. L’élégance n’est en effet pas donnée a tout le monde. ceux d’en bas critiquent et ceux d’en haut…regarde d’en haut à l’image de la vestiaire qui avait du vous voir arriver de loin. Le « roi des chiens » c’est peut etre plus probablement celui qui est invité et qui critique, le dénué d’élégance et de respect…dans le théatre innaproprié a sa personne d’un restaurant huppé: le jeu de quille?
    Excusez moi, mais la critique, c’est si facile…et pas pour moi bien sur. ;))

  11. Poussiéreux ? A l’image probablement des mentalités constituant les habitués. L’argent n’a jamais, bien malheureusement, ouvert la porte à l’élégance : Cela serait si simple… Il s’agit d’un attribut qui fait fit des bijoux et autres poules de luxe décervelées ; tout est dans l’esprit, qui se forme dans la laideur moite de l’effort et de la persévérance. Mais les idées réductrices ont visiblement la vie dure chez certains simples d’esprit, trop heureux de montrer les apparences de ce qu’ils convoitent, sans jamais l’atteindre. Nous devrions peindre le mythe de Sisyphe sur les murs de chacun de ces établissements pourvoyeurs d’espérance.

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