La fille au pied de la croix

Jean-Christophe Duchon-Doris signe ce nouveau roman qui possède un souffle mystique très particulier, tout en conservant sa verve de détective des siècles passés. En effet, la fille au pied de la croix n’est autre que Marie-Madeleine qui aurait supplié un gradé romain, Longinus, de ne pas briser les membres de Jésus pour l’achever, car ce dernier était déjà mort. C’est alors que le fameux épisode de la lance aurait eu lieu (Longinus perce le flanc du Christ pour vérifier qu’il est bien mort), et le romain reçoit même du sang dans les yeux, ce qui a pour résultat de lui redonner une vue parfaite.

Jean-Christophe Duchon-Doris se sert de la légende des Saintes-Maries-de-la-Mer pour imaginer son roman et son intrigue. En effet, Marie-Madeleine, sa soeur Marthe, son frère Lazare, Marie Jacobé, soeur de la Vierge, et Marie Salomé, mère des apôtres Jacques et Jean, auraient peu après la mort du Christ débarqué en Camargue d’une embarcation qui venait de Judée. Ces premiers chrétiens ont laissé des reliques et des lieux de pèlerinage dans la région.

A partir de là, le roman se focalise sur la quête de Longinus. Il veut retrouver Marie-Madeleine et savoir ce qui est exactement arrivé à Jésus. Il a entendu parler de cette histoire de résurrection et il pense que le Christ n’était peut-être pas mort lorsqu’il lui a percé l’abdomen sur la croix. De plus, depuis cet épisode, il est fasciné par la sainte, et un peu amoureux aussi, et le miracle de sa vue recouvrée lui fait se poser beaucoup de questions. Il arrive donc vers les fosses mariennes (un canal dans le delta du Rhône), et commence son enquête pour essayer de débusquer Marie-Madeleine.

Nous voilà donc dans une quête à la fois policière et mystique. Pour le premier volet, pas de souci, l’auteur n’en est pas à son coup d’essai, et il démontre là encore son talent en émaillant intelligemment et avec érudition son récit de détails historiques, et d’anecdotes qui ancrent bien le lecteur dans cette époque antique. Nous sommes donc en pleine essor de la culture gallo-romaine, et on retrouve des tribus gauloises locales, ainsi que les premières villas et oppida. Longinus débarque donc clairement dans une région barbare et prend rapidement des risques en empruntant le delta du Rhône qui est aux mains de tous les brigands celtes du coin. Il rencontre des romains qui vont l’aider, comme le riche propriétaire terrien Aulius Annius Camars dont le nom donnera « Carmargue », et il raconte à tout ceux qu’il croise son étrange histoire et ce qu’il cherche.

On est bien là dans ce qui a fait le succès des oeuvres de Duchon-Doris, et d’autres écrivains qui puisent dans l’histoire pour créer des romans policiers originaux. Là où le roman est un peu plus délicat c’est bien évidemment dans la parabole biblique. En effet, au début du roman, j’ai cru qu’il allait traiter l’histoire d’un point de vue purement factuel, mais ce n’est pas le cas et la fin notamment est au contraire très métaphysique et religieuse. Du coup, cela m’a pas mal déçu. De même que j’ai eu l’impression que la question de la mort du Christ a finalement été évacuée sans qu’on n’y réponde.

Le roman terminé, j’étais encore sur ma faim, et j’ai eu l’impression d’un gros « Tout ça pour ça ? ». Pourtant j’ai bien aimé le roman, les facettes historiques et les petites anecdotes culturelles de l’époque, la manière dont l’auteur a réinterprété la légende des Saintes-Maries-de-la-Mer avec Longinus, et même les interrogations mystiques de ce dernier (notamment dans ce qui fait de Jésus un être à part, et qui a touché les gens). Mais en se raccrochant à une vision des faits très religieuse, je n’ai forcément pas été bien sensible à la chose… Donc c’est le gros bémol qui m’a déplu dans ce bouquin.

Malgré tout, il s’agit d’un roman qui a beaucoup de qualités, et notamment celle de nous faire imaginer le sud de la France des années 0 et quelques !! Il mêle avec subtilité dans toute la première partie les éléments historiques, les légendes et ce qu’a pu représenter à l’époque la crucifixion « d’un Jésus », en faisant même de Longinus du coup un de ses prosélytes (sans le vouloir). Mais cette fin vraiment… dommage.

Jean-Christophe Duchon-Doris - La fille au pied de la croix

4 Commentaires

  1. Cela me rappelle les histoires de Jean Zin et toutes ses histoires d’invention du christiasisme, :lol: Va voir sur Agoravox !
    :salut: :pompom:

  2. Ça me semble intéressant, même si je doute qu’il y ait beaucoup de nouveau à dire sur ce sujet. De toute façon c’est un peu masochiste de mon part de lire des critiques des livres que je ne peux facilement acheter aux E-U. Bonne semaine, Matoo!

  3. Merci Matoo pour cette critique objective et dans l’ensemble plutôt bonne. Tu as parfaitement compris que la démarche initiale était effectivement de raconter les événements de manière factuelle. Mais parmi ces faits dont il fallait rendre compte, certains échappent par nature à un regard rationnel – comment la légende des Saintes MAries a pu prendre pied en Provence? Pourquoi le christianisme naissant va-t-il se développer si vite? – et la volonté même de vouloir conserver une approche réaliste implique de faire évoluer Longinus vers une réflexion qui, eu égard à l’objet de sa quête et à sa participation « à l’insu de son plein gré » à la crucifixion, ne pouvait déboucher que sur des interrogations métaphysiques. Quant à la double question de la réalité et de la cause de la mort du Christ, elle n’est pas laissée en chemin par Longinus, mais elle perd de son importance pour lui. L’essentiel au final est ailleurs. Un peu comme si, dans un roman policier, l’enquêteur en arrivait en chemin à la conclusion que découvrir le nom de l’assassin est une démarche moins importante que de le chercher. A bientôt, j’espère (N.B. mon e-mail ne marche plus).

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