K, JP Nataf et Jeanne Cherhal au « Café de la Danse »

J’ai vu Jeanne Cherhal, il n’y a pas si longtemps, à la Maroquinerie, mais je n’ai pas résisté à y retourner là pour la revoir sur scène. Elle m’avait tellement marqué en live, que je tenais à revivre un peu de ces petits moments qu’elle offre à son public. Et une fois de plus, j’ai pu retrouvé sa bonne humeur, son humour et ses adorables facéties.

Il y a d’abord eu K, un jeune chanteur suisse, qui n’a pas fait l’unanimité parmi mes amis. Je suis moins négatif qu’eux, même si j’ai aussi pensé que ce garçon a encore besoin de faire ses armes et d’aiguiser un peu sa plume. En effet, ses chansonnettes étaient un peu trop légères et candides pour vraiment nous accrocher. Pourtant je lui ai trouvé beaucoup de qualités, une bonne présence scénique, et du moins pas mal de potentiel.

Ensuite, ce fut JP Nataf, et en effet la transition fut assez rude. Ce dernier est un putain de chanteur, qui a beaucoup évolué depuis « les Innocents », dont il était le leader, jusqu’à ses chansons d’aujourd’hui. Musicalement irréprochable, la particularité de la soirée était d’avoir les trois artistes en solo avec un instrument, JP Nataf m’a énormément séduit en chantant ses textes accompagné d’une guitare électrique qui prenait vie sous ses doigts. Ses paroles sont plutôt tristes ou mélancoliques, mais vraiment transcendées par la manière dont il les habite sur scène.

Et puis, Jeanne Cherhal a clôt la soirée, avec trois quart d’heure de concert toujours aussi efficace et émouvant. Bien sûr, ce n’était pas aussi bien que la « Maroquinerie » qui était un concert assez emblématique, mais quel bonheur de l’écouter au piano nous égrener ses magnifiques chansons. Comme toujours entre rires et larmes, ironie mordante et souvenirs alambiqués, elle a raconté ses histoires avec une vitalité extraordinaire, et une alacrité communicative. Car c’est avant tout une conteuse de « ces petits riens qui sont tout ».

Elle nous a gratifié de quelques nouvelles chansons qui, encore une fois, promettent un très bel album. Il y a notamment ce texte superbe qui raconte l’histoire d’amour entre Juliette Gréco et Miles Davis. Mais dans un registre plus tragicomique, elle a remis le couvert en rechantant son aventure avec son boucher, qui a débouché sur une phobie des porcs… J’ai capturé tout cela… Désolé pour la qualité, c’est du live !! J’ai retranscrit ce que j’entends, avec quelques lacunes… mais ça permet de suivre.

Il avait les mains blanches et larges,
et avait un coup de taureau.
Le dos cassé par tant de charges,
à sa manière, il était beau.
Sur son tablier éclatant,
on apercevait quelques traces
de lymphe séchée et de sang,
d’animaux devenus carcasses.
Le jour où je l’ai rencontré,
au milieu d’un fatras de viandes.
Il n’a rien eu à me montrer,
j’ai su comprendre sa demande.
Un seul clin d’oeil a suffit,
pour que je le suive en silence.
Il m’a ouvert son paradis,
sa chambre froide c’était Byzance.

Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens me coucher contre toi.
Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens te coucher contre moi.

Pendus au bout de leurs crochets,
ils étaient trente à m’observer.
Roses comme un corps de ballet,
allaient-ils se mettre à danser ?
Le boucher m’attrapa les hanches,
et me bascula en arrière.
J’étais comme un […] qui penche
vers […] de l’air.
L’étreinte qui suivit fut brève
et magnifique, et angoissante.
Il me revient souvent en rêve,
le goût de sa bouche insistante.
Cernés par les cadavres nus,
des porcs voués à son billot,
je l’ai aimé sans retenue,
je l’ai aimé sans dire un mot.

Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens me coucher contre toi.
Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens te coucher contre moi.

Quand il s’abandonna enfin,
j’entendis comme un grognement.
Un petit râle un peu […],
qui n’était pas de mon amant.
Mais qui d’autre pouvait gémir?
Levant les yeux dans un effort,
Oh je du admettre le pire :
l’un des porcs n’était pas mort.

Il respirait si faiblement,
que je crus d’abord me tromper.
Mais en l’entendant, mon amant,
était debout à mes côtés.
Il attrapa une arme blanche,
et la leva vers le porcin.
L’attaque fut précise et franche,
le cochon décéda soudain.

Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens me coucher contre toi.
Ô mon boucher, Ô mon roi,
viens te coucher contre moi.

Je n’ai pas revu mon amour,
et les néons des chambres froides.
Depuis j’ai banni pour toujours,
le goût des porcs, même en salade.
Mais je garde comme un trésor,
le souvenir chaud de ses mains.
J’oublie le cochon demi-mort,
et je dors, et je dors, et je dors,
jusqu’au lendemain.

K, JP Nataf et Jeanne Cherhal au « Café de la Danse »

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