Des palmiers et des hommes…

MOUAHAHAHAAHAHAHA !!

Vous vous souvenez certainement que j’ai raconté comment j’ai passé quatre jours à Tozeur, en Tunisie, avec le boulot il y a deux semaines. J’ai notamment évoqué cette mémorable « activité solidaire » qui a consisté à planter des plants de palmier. Allez je me permets même de me citer :

Nous nous sommes rendus dans une palmeraie, où nous avions 70 plants de palmier à planter pour un propriétaire qui avait bien besoin d’un coup de main. A vrai dire, c’est le genre de tourisme, dit « solidaire », que je trouve tout à fait admirable quand ce sont des gens motivés et qui se donnent à fond dans cette activité altruiste et vraiment dépaysante. Et je suis vraiment content que nous ayons acheté 70 plants pour cette personne qui nous a accueillis dans sa palmeraie. Mais là il s’agissait de 70 péquenots européens qui étaient là en dilettante, et qui se marraient en faisant ça avec les pauvres outils locaux. J’ai trouvé que c’était vraiment du foutage de gueule, et encore plus quand notre GO nous galvanisait en disant que c’était un jour spécial pour le mec de la palmeraie, et que cet acte de générosité le marquerait toute sa vie etc. La condescendance des européens n’a pas de limite dans ces cas-là… Et si en plus on y est encouragé !

De temps en temps, un des ouvriers agricoles, pieds nus, prenait la place pour nous montrer comment en trois minutes il creusait le trou pour y déposer le plant. Et tout le monde se prenait en photo, car c’était vraiment LE cliché à rapporter… Mais bon encore une fois, une fois de plus, je regardais plutôt autour de moi, en refusant de participer à cette mascarade.

Voilà, oui bon ok, je faisais encore ma Daria… Mais ce que je ne vous ai pas dit, c’est qu’il y avait un des mecs d’une agence de Nancy qui était correspondant pour la communication interne. Autrement dit, il a récupéré plusieurs témoignages en enregistrant les gens, et ensuite ils ont écrit un petit article sur le séjour. Sympa, sympa !!

Et voilà que le soir même du plantage de palmiers, le gars vient nous voir avec mes collègues, et nous demandent si on veut bien parler de ce qu’on pense du voyage. Tout le monde me regarde, et me voilà propulsé porte-parole… Aheum… Je préviens le gars : « Nan mais je ne suis pas le meilleur des exemples tu sais… J’ai une opinion assez cynique et tranchée de la situation… Je ne crois pas que ça passerait, ou même qu’on me comprendra bien… ». Evidemment l’autre était tout excité : « Oh nan nan c’est cool, c’est bien d’avoir des avis différents et puis je vais essayer de te convaincre du contraire ! ».

Donc j’ai expliqué mon point de vue… En gros, un peu comme dans mon post, j’ai expliqué que l’idée de contribuer à l’achat de plants de palmier pour un type qui en avait besoin était très bien. Et puis, j’ai enchaîné sur la manière dont nous, les petits blancs néo-colons, nous avions sali nos petits bermudas pendant deux heures pour faire joujou, tandis que des gens essayaient vraiment de travailler et de subsister. Et donc que cela n’avait rien à voir avec une quelconque vision de tourisme solidaire, mais encore une fois un « événement » dans notre Disneyland de voyage, ce qui m’avait choqué et rendu honteux.

Bizarrement, il n’a pas essayé de me convaincre du contraire… Il est plutôt resté coi. J’ai fini l’enregistrement en rigolant, en me disant que j’allais me faire virer moi avec mes idées révolutionnaires néo-bolchéviques. Mais c’était sans compter l’audace des rédacteurs de la com’, et l’incroyable retranscription et utilisation de mes propos.

Des palmiers et des hommes... dans l

Et bah voilà. J’ai hâte de voir l’article dans l’intranet du Groupe !!! :mrgreen:

13 Commentaires

  1. Et bien… va falloir refiler l’URL de ton blog à ce mec de la com’… ou pas!
    Comme c’est bien, altruiste, solidaire, avec un vrai esprit de team building. Bientôt, tu pourra devenir Miss France (à moins d’avoir des photos avec du yaourt planquées au fond d’un disque dur).

  2. Tout comme ma mère ;-) à qui je racontais le rafraichissement de ma salle de bain, en prenant le café avec ses compagnons de jeux de cartes;mon
    expérience est devenue quelque chose …. :pompom: :pompom: :pompom: au moins!88 ans ma mère.:salut:
    Ce n’est pas la langue :langue: de bois qui la guide.

  3. me demande qui est le plus « neo-bolchevique » des deux… Toi et ton point de vue ou lui et sa façon de ré-écrire l’histoire ! :doute:

  4. Mais non Matoo, tu fais ton dur ici mais là-bas tu t’es écrasé!
    Ce qui paraît dans cet article est vraiment ce que tu as dit!
    Faux-cul va!
    :lol:

  5. P… Matoo, fallait pas me montrer ça en ce moment, je suis en train de devenir dingue à cause de trucs comme ça. Ça me met hors de moi, j’ai encore pêté un câble aujourd’hui.

    Ce que je ne comprends pas, c’est qu’il ne soit pas au moins quelques-uns à penser comme toi: même pas trois ou quatre?
    (D’un autre côté, je suis soulagée pour toi, j’avais imaginé en lisant ton twitt que ta boîte était tombée sur ton blog…)

  6. J’ai eu une experience similaire il y a quelques années lors d’un de ces stages à la con de « team building » que je me suis tapé 450 petites patates à sculpter en de tout petits champignons pour le diner après avoir grimpé à des arbres et fait des cascades arnaché comme une connasse sous la supervision de coach de mes deux. Et ben tout pareil ma déclaration quant a mes opinions sur ce :censure: de stage a été épurée des termes les plus négatifs pour en faire un texte teinté de bon goût et d’un vrai bonheur apparent d’avoir partagé ce moment en équipe avec mes foutus collègues au lieu de faire la salope à Londres…

  7. oh ptain l’esprit corporate dans cette boîte, mais c’est l’horreur… :help:
    Le gars  » et je vais essayer de te convaincre du contraire », tout content de tester sur toi le soi disant pouvoir magique de la comm et sa gnaque de requin mielleux :doute: (oué c’est dégueu du requin au miel, mais je fais des métaphores foireuses si je veux d’abord).

    En fin de compte l’entreprise c’est tout à fait comme la religion : tu te demandes jusqu’à quel niveau du clergé ils croient à ce qu’ils disent :gene:

  8. Ça me rappelle la fois où alors que j’avais déjà quitté depuis un moment un poste que j’avais occupé pendant de longues années et que le service où il était avait soudain fait l’objet d’un article regardez-comme-on-y-travaille-bien-et-qu’on-est-tous-beaux dans le magazine de com. interne de « l’usine », j’avais eu la surprise d’y reconnaître ma tronche souriante (photo prise sans doute à l’occasion d’un pot de départ ou d’une fête de fin d’année), participant à mon insu à une double manipulation (non, il n’y avait plus autant de gens dans ce service, non ce n’était pas si cool d’y bosser). En plus impossible de protester sans s’attirer des ennuis en plus qu’une des personnes responsable de la rédaction avec laquelle je m’entendais bien partait visiblement du principe que tout le monde était heureux (que c’était flatteur et positif) d’avoir sa photo dans le journal.

  9. « En fin de compte l’entreprise c’est tout à fait comme la religion : tu te demandes jusqu’à quel niveau du clergé ils croient à ce qu’ils disent »

    J’adore! :pompom::pompom::pompom:
    Mais même ceux qui n’y croient pas n’osent pas l’avouer.
    J’imagine mal les cardinaux entrain de commenter dans les couloirs de Vatican, morts de rire, le dernier dogme ridicule qu’ils ont fait passer, du genre « t’as vu ce qu’ils gobent ces cons! »

  10. Tiens, tiens, tiens… Ce changement d’informations pour leur contraire afin de mieux servir l’auteur d’un reportage me rappelle une discussion que nous avons eu par email sur l’imposture majeure qu’est le film « le cauchemar de Darwin ». Tu te retrouves dans le rôle de la dame qui fait sécher les poissons qui dit en swahili que sa vie s’est beaucoup améliorée depuis qu’elle a ce travail et qui est sous-titré un truc du genre « ma vie est un enfer depuis que je fais ce boulot ».
    Quelques nuances tout de même : (1) tu parles la même langue que celui qui t’a posé les questions et qui a fait le reportage y mettant le contraire de ce que tu as dit, donc l’escroquerie est encore plus immédiate ; et (2) le fait que ce que tu as dit est changé pour son contraire ne devrait pas causer la perte de boulot de centaines de gens (mais qui sait?), à la différence des gens de Mwanza et environs qui n’ont pas pu bosser pendant des mois car plus personne en Europe ne voulait manger de perches du lac Victoria a cause de ce film nullissime :berk:.
    Bref, méfiance, méfiance sur les infos qu’on reçoit…

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