Cosmofobia

Ah un roman de Lucía Etxebarría, ce n’est pas rien ! Depuis « Amour, Prozac et autres curiosités » (qui fait partie de mon « panthéon »), je suis fasciné par cette auteure, que je révère carrément. Je n’encense pas pour autant tout ce qu’elle écrit, même si j’ai beaucoup aimé ses bouquins, mais je suis toujours curieux de lire ce qu’elle a écrit de nouveau, et je prends un plaisir indicible à faire connaissance avec ses nouveaux héros et héroïnes. Lire cette nana, c’est comme regarder un film d’Almodovar, elle y met le même piquant, la même Espagne et la même passion. Elle raconte comme personne les relations amoureuses, les réminiscences psychologiques familiales, les cultures qui se mêlent et s’entremêlent, et surtout met en exergue les femmes avec un talent que je n’ai jamais lu ailleurs.

« Cosmofobia » est un bouquin étrange, un bouquin qui ressemble d’abord à une concaténation d’anecdotes, puis à un recueil de nouvelles, puis à une saga labyrinthique, ensuite à un roman à tiroirs, ou bien un enchevêtrement d’intrigues dont on se demande quelle est la plus importante. Or le bouquin a une base, un point commun à toutes ces histoires et ces personnages, et ce point commun c’est « Lavapiés ». Ce quartier populaire de Madrid est ce qui lie tous les personnages et qui donne au roman une teinte si particulière. C’est un quartier spécial car il est très métissé, avec beaucoup d’immigrés maghrébins notamment, et très mélangé aussi socialement. On y trouve donc autant de gens plutôt modestes que des bobos ou des « gens connus ».

Lucía Etxebarría dresse des portraits de personnes qui se croisent à Lavapiés, qui y vivent, qui y sortent, qui s’y aiment, qui y travaillent, qui y exposent, etc. Elle nous parle d’une actrice, d’un peintre, d’un éducateur, d’une téléopératrice etc. Et peu à peu, anecdotes après anecdotes, les liens se dessinent entre les différents protagonistes. A la manière d’un « Short Cuts » ou d’un « Magnolia », les gens sont forcément liés les uns aux autres, et de connaissance en connaissance, on reconstitue la vie, les joies et les drames de tout un quartier. Mais ce qu’elle dessine surtout c’est l’Espagne d’aujourd’hui, et c’est avant-tout le destin de quelques femmes qui symbolisent bien son combat féministe (toujours avec beaucoup de justesse et d’intelligence).

Je suis assez fan de son écriture, même traduite, et j’avais d’ailleurs rapporté ici quelques citations du roman. On se demande donc d’abord où on a mis les pieds, et lorsqu’on réalise a construction du roman, il est impossible de le lâcher, même si cela devient parfois un peu compliqué de se retrouver dans ce pullulement de personnages. Quel bonheur de retrouver la plume acérée, passionnée et virtuose de cette écrivain qui arrive en quelques paragraphes à nous faire partager les quotidiens et les pensées de gens très différents. D’ailleurs, j’ai été très sensible à la manière dont l’écriture exprimait aussi l’essence des personnages. Ainsi lorsqu’elle se met dans la peau d’une téléopératrice pas vraiment fortunée, ou d’un peintre maghrébin hautain, ou d’un homo refoulé, ou encore d’une grande actrice aisée, on y croit sans faillir tant elle arrive à adapter ses propos et sa narration.

Bref, encore un roman qui déchire les chats. Lucía, je t’aime !

Cosmofobia - Lucía Etxebarría

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