Gauche gauche

Je bosse tout près du rond-point Rhin et Danube, et juste à la sortie du métro il y a une de ces brasseries françaises classiques très sympas, mais aussi très « Boulogne – Pont de Saint-Cloud ». Mes collègues y vont souvent pour boire un verre (moi aussi de temps en temps), et on y trouve aussi pas mal de boulonnais bon chic bon genre. Ce qui est drôle c’est que cette brasserie a pris le nom de l’avenue qui la jouxte : Jean-Baptiste Clément. J’entends souvent « On va au Jean-Baptiste. », ou même plus régulièrement « On se retrouve au Jibé ? ». Et ça me fait sourire de constater comme cet endroit si chic et de bon aloi porte tout de même le nom d’un communard, et pas n’importe lequel, Jean-Baptiste Clément est principalement connu pour avoir écrit le fameux : « Le Temps des Cerises ».

Je passai il y a peu de temps dans la rue de la Fontaine au Roi à quelques pas de chez moi, et j’avais remarqué il y a longtemps déjà une plaque. Je n’avais jamais eu la curiosité de la lire, et puis j’ai finalement levé les yeux.

Plaque de commémoration de la dernière barricade de la Commune de Paris

Ainsi il y a 137 ans, tombait à cet endroit même l’ultime barricade de la Commune de Paris, où ce même Jean-Baptiste Clément luttait. C’était la semaine sanglante… Bien des morts et des exilés furent punis de cette incartade politique, qui aux yeux de certaines personnes, encore aujourd’hui, n’était qu’une belle expression populaire et utopique. C’est bizarre de se dire que l’on doit la basilique du Sacré-Coeur à notre bonne ville de Paris qui demande là pardon à JC pour cette même Commune… (Il faut dire que les communards, ils aimaient pas trop JC…)

On ne connaît presque rien de cette période, qui est à la fois vaguement célèbre pour son hymne ou grâce à Jimmy Somerville peut-être. Et pourtant lorsqu’on voit sur les plaques des rues des Louise Michel, Edouard Vaillant ou Auguste Blanqui, on peut se douter qu’ils ont un peu marqué les esprits dans leur temps. C’est toujours très difficile de juger l’histoire, car on peut alors rentrer dans un drôle de cercle vicieux, où la philosophie devient alors un élément essentiel de sa réflexion. Car on peut voir tour à tour les communards comme des libérateurs ou des émeutiers, comme les révolutionnaires, des réformateurs ou des assassins. Il est alors extrêmement facile de trouver des exactions innommables des deux côtés. A la rigueur, on peut jouer au jeu du « C’est qui qu’a commencé ? » histoire de se justifier un peu, et de réussir à conserver le beau rôle, même avec les mains maculées de sang. Malgré tout, je suis bien heureux de vivre en République et en démocratie, oui ça, c’est certain.

Je suis de gauche, bien à gauche. Et j’hallucine depuis un bon moment de cette tendance qui fait que je me sens un peu comme un mohican. J’ai l’impression que tout autour de moi, les gens se droitisent à mort. Aussi bien dans la réalité des votes de chacun, mais aussi dans un tas de réflexes ou de gimmicks qui m’épatent, tant ils sont automatiques et pas du tout réfléchis. Il y a bien évidemment tous les devoirs du cadre dynamique qui sont simplement à mille bornes de mes préoccupations. Donc il faut passer le plus de temps possible au boulot, « c’est bien ». Et il faut être ambitieux, carriériste, montrer qu’on en veut. Il faut aussi cracher sur les grèves, sur les RTT qui sont vraiment inutiles, contre-productives, et qu’on prend vraiment vraiment vraiment à contre-coeur. Et ces politiciens de gauche qui veulent asservir les riches méritants pour donner à ces salauds de pauvre, c’est incroyable. En plus, on paye trop d’impôts, et puis pour que ça parte dans les poches de ces fonctionnaires trop bien payés, ou bien ces incapables de chômeurs. D’ailleurs ceux-là c’est bien qu’on les force à bosser. Nan mais oh.

Putain, je suis juste le contraire de cela. Travailler fait partie de mes valeurs, mais ce n’est vraiment pas une finalité ou bien mon épanouissement numéro un dans la vie. Je fais de mon mieux pour mériter mon salaire, et j’essaie au maximum d’y trouver un certain équilibre, voire du plaisir, mais il s’agit avant tout de subsister. Je travaille pour me nourrir, me loger, me vêtir etc. Et surtout pour sortir avec mes potes, faire des jolis cadeaux à maman, et partir en vacances, aller au musée, au ciné ou me payer des bouquins, ou encore un hébergement web. Ok, c’est bien de s’éclater au taf, mais ce n’est pas obligatoire, et on n’est pas non plus censé simuler.

Je ne vous dis pas la tête de mes collègues quand ils apprennent que je suis syndiqué : « Qeuuuaaâââââaâââ ? », et CGT en plus, « QUUUUUEEEEUUUUÂÂÂÂÂÂÂÂÂ ??!! ». Et pourtant c’est moi qui hallucine là, car je ne conçois pas qu’un salarié ne puisse pas exercer ce droit élémentaire, même par simple symbole (ce qui est mon cas). C’est à croire que la lutte des classes a été réduite à néant, ou alors plutôt que ça y est, l’une d’elle a définitivement gagné, et la messe est dite. Depuis longtemps.

C’est comme les impôts, c’est quand même cool de payer des impôts non ? Ok, ça fait mal au cul, et ce n’est jamais agréable de « donner ». Mais moi ça me donne le sentiment d’avoir une certaine utilité dans la société, et de partager ainsi de la manière la plus équitable, sans me sentir trop coupable quand je vois des plus malheureux que moi. C’est une chouette valeur la solidarité, un peu comme les « Liberté, Egalité, Fraternité » qui forment la devise d’une beauté et d’une concision qui m’ont toujours fasciné.

Oh là là, je crois que je suis un extraterrestre en fait, mais je pense que l’individualisme à outrance, tel qu’il est érigé en modèle, est une erreur, et un retour en arrière bien malheureux. On en ressent déjà bien les effets, et surtout dans la société. Je trouve qu’on a jamais autant ressenti le fossé se creuser entre les couches sociales. Il me semble que la population moyenne (à tout point de vue) disparaît comme une peau de chagrin. Et je vois les riches plus riches, dans les grandes écoles, les postes à responsabilité, et les pauvres plus pauvres, plus abêtis que jamais et qu’on laisse dans cette docile ignorance, dans ces jobs de merde, et avec cette cruelle illusion de l’American Dream (l’acteur, le comique, le sportif, le businessman… y’en a toujours un pour servir de modèle et faire croire).

Hier soir, je dînais avec des anciens collègues que j’aime vraiment beaucoup, et j’ai été pas mal épaté de leurs réactions. Ils sont plutôt de droite, mais tous ont fait montre du même ébahissement et mépris des valeurs qui sont véhiculées aujourd’hui par le gouvernement et sa « cour ». Ah ça au moins, ça m’a fait plaisir. Je me suis dit qu’on avait peut-être un espoir là, que ça va un petit peu trop loin. Merde, même les valeurs traditionnelles de la droite sont flouées là non ? Je m’offusque !! Arf.

D’un autre côté, je me dis « Alors quoi une révolution ? ». Bof. Pour cela il faut des gens avec une conscience politique ou un peu de jugeote tout en bas, mais non ça c’est ma stupide utopie. En définitive, le changement politique ou le changement de paradigme social ne s’opère que comme un effet collatéral d’une catastrophe qu’on ne sent pas venir, et qui n’est pas maîtrisable (crise économique ou politique vraiment véhémente). Et on peut alors obtenir le meilleur comme le pire…

Putain en attendant, je suis le dernier mec de gauche (enfin nan, y’a chérichou aussi, ouf, au moins je suce à gauche, c’est moral), c’est flippant.

48 Commentaires

  1. J’aimerai toujours le temps des cerises
    C’est de ce temps-là que je garde au coeur
    Une plaie ouverte …
    Et Dame Fortune, en m’étant offerte
    Ne pourra jamais fermer ma douleur
    J’aimerai toujours le temps des cerises
    Et le souvenir que je garde au coeur

    (lecteur de longue date, je ne m’étais jamais manifesté. Voilà qui est fait. :redface: A une prochaine, à Paris-Carnet)

  2. Je n’aurais pas mieux dit ! Moi aussi, j’ai cette étrange impression que croiser des gens de gauche est de plus en plus rare. Et que cracher sur les valeurs qui sont véhiculées par la gauche (bien qu’en ce moment je ne sois pas très fier du PS…), c’est très « in ». Au moins, je vois que je ne suis pas le seul à parfois me dire « putain, mais où sont les gens de gauche ? »

  3. Meuh non Matoo, t »es pös tout seul ! Ton billet (excellent d’ailleurs!) me confirme dans mes pensées :
    Matoo for Président !!! :lol: :mrgreen: :love: :petard: :salut: :pompom: :pompom: :pompom: :pompom:

  4. Putain la brasserie Jea-Baptiste, toute ma jeunesse. Des plombes pour te servir mais une chouette vue pour les tables pres de la fenetre. Et quand c’etait fumeur, quel pied ! Tous des gauchos a la brasserie Jean-baptiste !

  5. Vu que je suis une sale gauchiste qui pense à peu près tout pareil, je veux bien faire la dernière nana de gauche. Enfin sauf que j’aimerais bien ne pas être la seule, évidemment.

  6. Je me suis fait a peu pres la meme reflexion en retrant en France. Je ne rentre en France qu’une a deux fois par an, et ca permet de mesurer l’evolution.
    Ce qui me fait el plus flipper, c’est l’evolution chez les baby-boomers. Maintenant, que certains baby-boomers voient le bout du tunnel (i.e. retraite), ils se laissent aller a des reflexions carrement de droite (35h sont la cause de tous les malheurs, fonctionnaires foutent rien, les chomeurs faut leur pousser au cul, etc.) Alors que ces memes personnes en 1981 etaient a faire la fete lors du passage de Mitterand…
    Cette generation de baby-boomers a ete plutot gatee par l’economie de ces dernieres annees. Et maintenant que certains s’en sont sorti, ils se laissent aller. La solidarite, c’est aussi valable quand on est riche.
    C’est triste de voir de tels revirements… mais ca fait plaisir de lire que l’on n’est pas seul, et que la solidarite, elle va pas se laisser faire !
    Merci pour ce post Matoo :)

  7. Nan, tu n’es pas le dernier mec de gauche, nan tu ne mourras pas en martyr ;-)Sauf que je me demande si ce revirement à droite n’est pas (mal) dicté par une certaine peur de manquer ou de perdre et que nombreux sont ceux qui jouent pour le coup la carte du chacun pour soi.

  8. Une fois encore, je sais pourquoi j’ai tant de plaisir à te lire…
    Sais-tu qu’ici (en Belgique) il y a une campagne associative (des associations progressistes) pour l’impôt : Vive l’impôt… juste !
    C’est le fruit du libéralisme le plus dur qui fait que l’on parle de « trop d’impôt » ou de « rage taxatoire ».
    Si l’on regarde les chiffres, moins d’impôt enrichit les riches.
    Or l’impôt est la première solidarité dans notre société.
    Merci Matoo.
    :pompom:

  9. Hé, j’suis là aussi, moi, Krazy Kitty ! Ça fait 2 nanas de gauche, 2 !!!(Ça marche !!!) BOn, Matoo, je sais pas ce que tu fais pour gagner ta vie, mais le problème, c’est que tu cotoies des gens qui appartiennent au coté obscur de la force… Forcément, à Boulogne/Porte de St Cloud… Mais ne t’en fais pas, tout le monde n’a pas été contaminé par la fièvre sarkozyste… Tu connais http://www.lacuisinedenicolas.fr/lacuisinedenicolas/Bienvenue.html ??? Va donc faire un tour, ça remonte le moral quand les BCBG (bien cuit, bon goût) ont (de) mauvais goût(s)…:berk:

  10. meuh non, t’es pas seul.

    c’est juste que le discours ambiant est aigri du fait d’une classe politique qui n’a pas toujours été honnête, qui l’est sans doute plus aujourd’hui, mais qui oublie que le peuple n’a pas la mémoire courte.

    ajoute à cela une europe et une administration centrale lointaine et inhumaine : fatalement, l’impôt et les fonctionnaires en prennent plein la vue.

    la droite a enfoncé la cognée entre fonctionnaires et « les autres » à partir des années 80 dans l’optique de sa re-conquête du pouvoir (1986). les dégâts sont énormes. et la sécu pourra bientôt être privatisée, de même que les hôpitaux seront moins nombreux pour laisser la place à la médecine privée : tout le fond de commerce traditionnel de la droite est là.

    le hold up des intérêts privés sur la solidarité nationale est parfait.

  11. Moi aussi je suis fier de payer beaucoup d’impôts. Et Dieu sait qu’en Belgique, on en paye quand on est salarié… Plus qu’en France. Rassurez vous, les rentiers sont très bien traités, eux.

    J’en suis fier, disais-je, car je sais tout ce que l’impôt sert à financer. Mais ça ne m’empêche pas d’être critique quand à l’utilisation de l’argent ainsi collecté. La Belgique a compris qu’on ne pouvait pas vivre éternellement au dessus de ses moyens. Et les budgets nationaux sont équilibrés, tant bien que mal, depuis plusieurs années. C’est un consensus droite-gauche (à la belge).

    En France, on ne peut pas en dire autant. Alors rejeter le délabrement des services publics sur ces méchants capitalistes de droite qui veulent tout privatiser (quelle horreur), c’est oublier un peu vite l’incurie de ces vingt dernières années, à droite comme à gauche (ça, c’est le consensus droite-gauche à la française). On vit au-dessus de nos moyens, et les caisses sont vides (Sarko dixit). L’efficacité, même des services publics, c’est pas un gros mot.

  12. Pour avoir passé une année chez la Perfide Albion -qui tant plaît à notre président actuel- je peux te dire, Matoo, qu’au niveau du clivage Riches/Pauvres, on est encore loin de ce que j’ai vu là bas.
    C’est vraiment choquant.
    Et je crains qu’on ne s’achemine vers ce type de société.

    Alors oui, ça fait jamais très plaisir de payer des impôts, mais on a un service public que les anglais n’ont plus (Royal mail, les compagnies ferroviaires privées et British Airways, c’est pas de la merde, non… mais pas loin…). Et d’autre part, c’est quand même normal de contribuer un peu au cadre dans lequel on vit… Une certaine idée que tout nous est dû aussi, me semble insidieuse…

  13. Non, tu n’es pas le seul de gauche à la Porte de Saint Cloud ! C’est aussi là que je bosse. Et même dans mon boulot (un laboratoire pharmaceutique, c’est dire !), il y a des gens de gauche, y compris à la direction.

    Bon, et si on se faisait un pot des « Matoo-blogueurs de la Porte de Saint-Cloud » justement au Jean-Baptiste Clément ?

  14. Très bel article. Et pour revenir sur ta dernière phrase: moi, j’ai jamais eu de bol, j’ai toujours sucé à droite. Mais comme ce sont toujours des garçons avec de la jugeotte, il y a moyen d’en parler sérieusement, d’essayer de comprendre un vécu et un système de valeur qui peuvent, aussi, se comprendre, ou au moins s’entendre…

    Disons que ça m’a un peu modéré (et donc rendu politiquement mou, en un sens), moi qui avait auparavant beaucoup de mal à discuter avec un gars de droite sans m’énerver ni verser dans la caricature du gaucho intolérant. :-) Mais je continue de voter selon mes convictions de toujours et à argumenter avec les gens comme « un gros naïf qui se fera entuber par tout le monde (et surtout par les « profiteurs du système ») », dixit mes parents…

    Tout ça pour dire qu’on grandit dans une époque de convictions politiques molles et d’idéaux dépourvus de passion. Même les électeurs de notre Président sont blasés ou étonnés par sa politique un an après, eux qui avaient surtout voté pour le personnage. Au moins, pour ça, les Communards peuvent se vanter d’avoir eu une vie, brève certes, mais marquée de convictions et d’idéaux un peu plus puissants qu’une couverture du Point ou du Nouvel Obs…

  15. « Travailler fait partie de mes valeurs, mais ce n’est vraiment pas une finalité ou bien mon épanouissement numéro un dans la vie. »
    Clap clap clap
    :pompom: :pompom: :pompom:

  16. Mais non Matoo t’es pas seul! qu’est-ce que ça fait du bien un post comme celui-là:lol:

    Mais non Loïc tous les baby-boomers virent pas à droite :j’adhère à une assoc pour défendre les étrangers: la politique de boutefeu me débecte:berk:

  17. Euh… en quelques mots, entièrement d’accord…
    Mon père appartient à la génération des baby-boomers (ouais!!), mais il est à droite, et bien bien à droite (Oooohh…) = ça nous fait quelques étincelles parfois !!

    Ceci dit, j’ai aussi des réflexions politiques avec mon copain (y’a pas que l’Eurovision dans la vie lol…), et les gens de gauche sont plus nombreux qu’on le croit !

    A l’issue de la lecture de l’article, une question me taraude… Ca va certainement vous choquer, mais… à quand le prochain attentat pour rassembler tous les Français derrière notre satané (dixit les baby-boomers de droite) principe de solidarité ?? Je parle du principe de solidarité JUSTE, pas celui de Sarkozy (voir le budget de l’Elysée en augmentation en 2007 – élection + 6 mois).
    A vos commentaires ! :boum:

  18. Ouais, Matoo for President, grave.

    Dans une réalité alternative où ça t’intéresserait de faire ça, et où ça te laisserait quand même du temps pour lire et voir des films, et où tu aurais pu accéder à ce niveau sans vendre ton âme, je signerais direct :)

  19. Ouf! Ça fait du bien de l’entendre! surtout quand on passse son temps presque à s’excuser d’être soit-disant « ringards », « sectaires » et j’en passe!

  20. nana de gauche au rapport :salut: :pompom:
    mais ptain, t’es de gauche aussi, pour de bon, et syndiqué à la CGT en plus :love:

    j’ai le même sentiment que toi au sujet du fait d’être une espèce de cheveu dans la soupe politique française (soupe qui devient d’ailleurs de plus en plus rance et acide au fil de sa droitisation sévère). nous vivons des temps bien inquiétants :roll:

  21. Alors trois chose. Premièrement merci pour ce point historique. J’habite à deux pas du JiBé et je n’avais pas eu la présence d’esprit de rapprocher le nom de l’endroit au communard. Donc merci beaucoup pour la leçon d’histoire.

    Deuxièmement, rassure toi tu n’es pas le dernier homme de gauche j’en suis aussi (et au vu des commentaires nous ne sommes pas que deux).
    Je souffre parfois de voir les gens se radicaliser. Mais c’est un peu le problème quand tu martèles à longueur de journée que le mal c’est les « pauvres » et le bien la valeur travail. Nous, gens de gauche devons nous méfier, chaque jour la désinformation gagne du terrain. Ainsi, depuis quelques semaines (mois) j’ai vu apparaitre une tendance lourde dans les média: la diabolisation des idées de gauche. Le dernier exemple qui me vient à l’esprit concerne les interviews de Nicolas Hulot aux grands hebdo, radio et quotidiens nationaux. En gros Hulot prône un retour à une régulation publique, à une une consommation réfléchie et même à une décroissance dans certains domaines.
    Que rétorquent les journalistes ?:
    * Sur RTL: « Nicolas Hulot, vous êtes un peu anticapitaliste ? »
    * Dans l’Express: « Vous récusez le libéralisme […] »
    Où Nicolas Hulot a-t’il parlé d’anticapitalisme ? (bon à part dans sa réponse sur RTL: « Nicolas Hulot, vous êtes un peu anticapitaliste ? – On le devient par la force des choses. » mais je crois plus à une boutade) On ne parle pas de mettre la tête des patrons au bout des pics mais de réfléchir à un capitalisme plus social, plus écologique, plus humain tout simplement. N’est-il plus possible de remettre en cause le libéralisme tel qu’il est appliqué aujourd’hui sans qu’être taxé de (dangereux) révolutionnaire gauchiste ? Et bien c’est malheureux.

    Enfin, perso je suce au centre droit et c’est bon aussi… hum… oublie ce que j’ai dit :)

  22. « de gauche » ?…

    En tout cas, dans ma nouvelle belle ville, il y a…
    – en 1825, les canuts (ouvriers de la soie) créaient les Mutuelles alors même que les syndicats étaient interdits : assurance maladie, chômage et vieillesse.Et comme il est interdit de se réunir à + de 20 personnes, ils divisent les mutuelles en sous-sections de sous-sections, de 20 membres chaque fois.
    – en 1834 (en 1831 déjà mais moins organisés) se révoltent et organisent une société socialiste (au sens pure du terme) qui fonctionne, mais que l’Etat de Paris écrase avec l’armée.

    Marx et tous les intellectuels occidentaux qui réfléchissaient aux moyens de faire changer le capitalisme considèrent que ce fut la première vraie révolution ouvrière.

    Je suis fier de vivre au milieu de leurs fantômes.

  23. Moi itou (mohican, me sentir). En même temps je me sens sans représentation politique car je me suppose quelque part entre les partis dit d’extrême gauche et un parti socialiste pour moi trop à droite (et trop préoccupé par ses querelles intestines).
    Et puis ce n’est pas que politique, c’est que tout ce que ma sensibilité me fait considérer comme des qualités – je ne parle pas du tout de morale, là -, l’air du temps en fait des défauts. Par exemple l’altruisme. De nos jours si tu es généreux tu es un looser, si tu respectes les autres, tu es un pauvre con, si quelqu’un t’arnaque (ou te fait du mal) tu l’as bien mérité etc.
    Je n’ose même plus croire à un retour de balancier.

  24. « C’est comme les impôts, c’est quand même cool de payer des impôts non ? Ok, ça fait mal au cul, et ce n’est jamais agréable de « donner ». Mais moi ça me donne le sentiment d’avoir une certaine utilité dans la société, et de partager ainsi de la manière la plus équitable, sans me sentir trop coupable quand je vois des plus malheureux que moi. C’est une chouette valeur la solidarité, un peu comme les « Liberté, Egalité, Fraternité » qui forment la devise d’une beauté et d’une concision qui m’ont toujours fasciné. »

    Tout a fait d’accord avec toi :)

  25. Moi, je suis de droite. Enfin, disons que je suis jacobin-gaullo-bonapartiste tendance de gauche mais ce qui est certain c’est que je trouve la gauche républicaine intellectuellement malhonnête.

    Et puis, un discours qui ne vise qu’a condamner perpétuellement le racisme, l’homophobie et l’emploi du mot « libéral », je trouve que ça fait un peu court même si c’est parfois nécessaire.

    Néanmoins, ce qui m’ennuie, c’est que je suis globalement d’accord avec toi, Matoo.

    Dis, Matoo, ça te dérange pas que je continue à lire ton blog alors que je vote à droite … mmmmmmmmmhhhh … s’il te plaît ?

    Sinon, je suis passé à ton anniv mais je n’ai pas osé m’adresser à la star. Trop timide. Alors, je te souhaite un bon anniv avec deux semaines de retard. Je te saluerai peut être lors de ton prochain anniversaire.

  26. Salut Matoo

    Depuis que je te lis, je n’ai jamais mis de comm. Je viens chercher chez toi des idées de sorties et de bouquins. J’ai refilé l’adresse de ton blog à mes amis qui le lisent pour la même raison. On a en gros les mêmes goûts que toi (il manque l »opéra et la littérature lusophone, mais c’est pas grave!).

    Et là, bing…
    Moi, le bobo friqué déboussolé, je me suis TOTALEMENT reconnu dans ton post.
    A suivre, tu me plais bien Matoo!

  27. Bien dit, camarade! Moi aussi je suis syndiqué, dans une grande entreprise fréquentée presque exclusivement par des bac+5, donc pas le bas de l’échelle sociale en principe. Je distribuais hier un tract sur la casse des 35h, entreprise par le gouvernement en échange de modifications des règles de représentativité, donc un sujet qui doit en principe intéresser les gensses, et je m’amusais à voir les stratégies que certains développaient pour ne pas prendre mon papier.

    Le plus logique était de passer le regard fermé et hautain. Mais il y avait aussi le grand écart pour contourner l’obstacle, le regard prétenduement intéressé qui se transformait ensuite en sourire ironique, le « non » gêné du genre « désolé, mes poches sont déjà pleines », et enfin une spécialité nouvelle: le geste de refus de la main accompagné de son « merci, ça ira » sentencieux… Bizarrement, à de très rares exceptions, ceux qui refusaient le tract avaient moins de 30 ans. On pourrait en tirer la conclusion que le sarkozysme à bien réussi à se vendre comme un phénomène générationnel.

    Il ne faut pas attendre de Bertrand ou Ségolène qu’ils nous sortent de la mouise. Le PS est mort, requiescat in pace.

  28. Mouais… Quand je parcours avidement le courrier de lecteurs des Télérama chaque mercredi, en quête de sujets d’agacement, je n’ai pas l’impression que les gens de gauche soient une espèce menacée.
    ;-)

  29. Matoo merci.
    Ce qui m’énerve le plus, c’est d’entendre un collègue dire « lui,c’est un tueur, un killer » comme si c’était la qualité essentielle du bon cadre. Moi cela j’aurais honte…
    Non à gauche je suis, à gauche je resterai.

  30. Vos impôts sont nos salaires! Ce billet m’interesse donc!
    En cette période trouble, chacun cherche son « Paradis Fiscal » tout en voulant conserver « son service public ».
    Comme le soulignait Desproges, le français moyen n’aime pas choisir…
    Il est pour l’ordre mais peu favorable aux lois. Pour la diminution des fonctionnaires mais contre les suppressions de classes.
    L’ambiguité cache une belle dose d’hypocrisie c’est pour cela que j’admire toujours celles et ceux qui « s’engagent » . (Peut être pas à la CGT pour moi mais bon…).
    J’ai également remarqué cette « droiture » qui s’apparente plus à une tendance qu’à un engagement réel et durable. C’est le temps du retournement de veste; il faut dire qu’en face, il n’y a pas non plus grand chose pour attirer le chaland ..
    « Nichevo »; la caricature du fonctionnaire « rond de cuir » fait encore recette; on oublie que parmi eux figurent des Policiers, des infirmières , des pompiers des militaires et tout le service public …
    Je commence donc à comprendre pourquoi Laurent fait une exception avec un félidé.
    Amicalement
    Nichevo

  31. Bonjour,

    Je passais et ça m’a plu. Je ne sais plus trop si je suis de gauche ou de droite, mais je suis bien d’accord avec vous (impôts compris).

    Hé oui, la mode est aux « managers motivés et performants » et il est bien heureux que le ridicule ne tue pas, sinon ce serait une hécatombe…

  32. Non tu n’es pas seul de gauche! je partage complètement ton point de vue. Ce n’est pas parce qu’on a un président attiré par tout ce qui brille et des médias lèche culs qui veulent être plus à droite que la droite, que tous les français sont devenus sarkophiles. Il suffit de réfléchir deux minutes en se demandant si on veut vivre pour travailler ou travailler pour vivre et si possible profiter de la vie pour avoir la réponse.
    De toute façon, contrairement à ce que la droite veut nous faire croire, l’argent ne fait pas le bonheur mais une illusion du bonheur. Tous à gauche, camarades…..
    amicalement.

  33. Hello Matoo,

    J’avais fait un LONGGGG post de felicitations suite a cet article, en echange j’ai eu droit a « Vade retro sale petasse de spameuse »… Suis vert… Enfin, je te lirais encore. Bisous

  34. J’ai, il y a une pécadille d’années, étudié durant un semestre avec des pointures ( Jean Bruhat,historien (stal,j’aimais pas son apologie de Staline,hors-sujet d’ailleurs mais il ne pouvait pas s’en empêcher)) du mouvement ouvrier & d’autres profs de Paris I à la Sorbonne,la Commune. Enormément d’auteurs y font allusion,de chroniqueurs.
    Et bien le Sacré-Coeur précisément que ma défunte mère appelait la grosse meringue(pas très chouette à regarder) figure-toi qu’elle a été construite sur les dépouilles des Communards & des victimes des quartiers les plus concernés par la Commune,& peu de gens le savent;ça fait bcp moins chic pour les touristes! On doit cette féroce répression à Thiers,de sinistre mémoire que pour ma part je ne qualifierais jamais d’historien. L’histoire,c’est un atavisme familial,un ancêtre,chaire au Collège de France a pris,lui,parti contre les politiciens qui avaient facilité la victoire de la Prusse,& il avait échangé avec Mommsen,en pleine guerre de 1870,des lettres qui « définissent » le sentiment d’appartenance à la France,de conception très moderne & que feraient bien de lire ces MM. qui se targuent de dire qui est français,qui doit être expulsé,etc…Ils ont des lustres de retard,sont bien incultes. Si on ne connait pas le passé,on est condamné à le revivre..Mais le scinces politiques c’est aussi très instructif,& la géopolitique encore plus! Chaque jour,j’apprends & je m’aperçois que je ne sais rien comme dirait l’autre…

  35. Vu ton article en passant … Merci ! J’ai moi aussi l’impression que les gens de gauche sont en voie de disparition ! Surtout que j’habite en région rurale et ici, point de salut, à droite toute !

    Moi je suis plutôt de la vraie gauche… à gauche toute ! Je garde mes valeurs de solidarité, de tolérance, d’humanisme ! Je me cultive et je les cultive ! Mais c’est vrai que c’est dur… la culture ! Surtout celle des ces graines là !

    M’en fiche, je continue envers et contre tout ! En plus, moi je fais partie des baby-boomers (enfin la fin …) et j’ai fait 3 petits gauchistes ! ouais ! Farpaitement !

    Mais là où je vois rouge … c’est quand, les « vieux » commencent à se plaindre : la redevance, les franchises médicales, et où on va ???? Là je râle sec : dans ma circonscription, ils ont réélu leur député de droite, pour son 3ème mandant, dans un fauteuil avec 68 % des voix ! Il n’avait laissé aucune ambiguité sur ses idées : c’est un sarkozyste de la première heure. Il a même eu droit à un maroquin de ministre ! Et maintenant, les petites gens pleurent !

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Petite opération antispam à résoudre : * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

:bye: 
:good: 
:negative:  
:scratch: 
:wacko:  
:yahoo: 
B-) 
:heart: 
:rose:   
:-) 
:whistle: 
:yes: 
:cry: 
:mail:   
:-(     
:unsure:  
;-)  
 
Partages