« Cyrano de Bergerac » à la Comédie Française

Ah j’en avais tellement entendu parler de cette version de Denis Podalydès, qui a eu tant de bonnes critiques et d’éloges du public. En outre j’adore Michel Vuillermoz au cinéma, ou même déjà à la Comédie Française dans le rôle du comte Almaviva, donc j’y allais en me disant que j’allais accrocher à son Cyrano. Et pourtant je sais que c’était un terrain glissant pour le fanatique que je suis.

En effet, je voue un véritable culte à cette pièce de théâtre, à ce texte que je connais presque par coeur, mais surtout à cette interprétation de Daniel Sorano dont je vous ai rebattu les oreilles ici même. J’ai vu cette version une centaine de fois, et je la regarde encore régulièrement, j’ai aussi certainement lu la pièce autant de fois depuis une quinzaine d’années. Et pour dire vrai, tout ce qui a été fait depuis m’a déplu… La version de Depardieu, je la trouve à chier, et les autres ne m’ont pas plus convaincu.

Exercice périlleux donc, mais comme j’avais appris qu’il restait quelques places il y a quelques semaines, j’ai sauté sur l’occasion. Résultat : je n’ai pas aimé. Pire que cela, je suis parti du théâtre après le troisième acte.

Trop déçu, trop désappointé, trop en décalage avec la proposition de Podalydès. Et pourtant ce n’était pas mal du tout. Les décors, les adaptations, les comédiens, tout tient assez bien la route. Mais les petites altérations à ce que j’ai en tête, et ce ton « Comédie Française » qui m’avait déjà insupporté dans le Misanthrope, m’ont rapidement motivé à ne pas persévérer. En effet, je n’ai pas spécialement été emballé par la scénographie et les deus-ex-machina assez spectaculaires. Mais surtout les déclamations gueulardes de certains comédiens ou comédiennes ont été particulièrement difficile à supporter.

Je réalise que mon jugement est totalement biaisé, et que j’ai certainement tort de figer ainsi mes impressions sur un spectacle antédiluvien. Mais c’est comme ça. Je ne vois que Cyrano dans son expression la plus classique et terre-à-terre, avec costumes d’époque, panache et verbe d’antan. Et ce texte est le plus extraordinaire qui soit, car il possède à la fois la beauté de notre langue et le rythme complexe de ses rimes, mais aussi la faculté de pouvoir être « parlé » naturellement et avec simplicité.

Bref, je ne tenterai plus le diable, je reste avec mon Cyrano Sorano. Mais bon, peut-être serais-je un jour conquis par un autre… Qui sait !?

Pour ceux qui veulent goûter au Cyrano de Bergerac tel que je le vois et l’entends, le voici.


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11 Commentaires

  1. Pour moi aussi, le texte de Rostand est un texte mythique (entends bien, mythique pour moi…) et, comme toi, je le relis souvent. « La Petite gazette » de Cyrano me fait toujours un effet pas possible et la lettre réussit chaque fois à me faire pleurer.
    Quand nous sommes tant attachés à un texte, il est difficile d’être satisfait.
    Il ne tes reste donc plus qu’à mettre en scène toi-même le texte, chaque fois que tu le lis.
    Mais dommage pour toi que tu aies perdu tes sous pour une représentation qui t’a tant déçu…

  2. Ici une membre du Cyrano’s Fan Club, je partage complètement ton addiction pour le plus grand désespoir de mon entourage qui se désespère de mes perpetuelles citations d’alexandrins.

    La version Podalydès serait je pense encore pire que la version Belmondo … c’est dire ! Mais il est vrai, à leur décharge, que dans la série « je m’attaque à un classique intouchable », c’est quand même un gros défis.

    Je ne partage pas la dureté de ton jugement sur la version cinéma « grand public » de Rappeneau, qui a au moins le mérite de rendre l’oeuvre plus accessible.
    C’était également le but de la version Sorano, diffusée par l’ORTF à l’époque, Sorano ayant lui l’avantage d’être un « vrai » acteur de théâtre, made in TNP. Disposes tu d’autres enregistrements de cette version ? Sais tu s’il existe une version sonore ?

    Cela dit, si ces versions te donnent de l’urticaire, je te conseille également la version « minimaliste » avec Jacques Weber, vue en théâtre de plein air il y a 2 ans.

  3. Halala, ça me rappelle – dans un autre domaine – une oeuvre pour orgue (bah oui, on a tous nos travers) que j’affectionne particulièrement, que je joue régulièrement avec bonheur, dont je connais intimement chaque note, chaque ligne mélodique, chaque inflexion, chaque dissonance : le Prélude de la « Suite Op.9 » de Duruflé.

    Voici 4 ou 5 ans, la Suite en entier était jouée – parmi d’autres oeuvres – en ouverture d’un festival à Toulouse par un organiste de grand talent, pédagogue recherché, et dont les interprétations sont unanimement saluées. S’agissant en outre du concert d’ouverture, ilo se devait d’être exceptionnel et je m’y rendai le coeur léger et les oreilles pleines d’espoirs, d’autant que l’instrument lui même vallait largement le détour.
    Hé bien, tout n’a été que déception… : trop vite par ici, tel accent complètement estompé, telle dissonance pas assez appuyée… Bref, en dépit de la beauté intrinsèque de l’oeuvre je suis lamentablement resté sur ma faim.
    Je demeure encore d’une exigence dogmatique sur les oeuvres qui me sont chères, que j’écoute fréquemment et avec lesquelles je partage une intimité toute particulière. Si je pardonne une fausse note, je suis impitoyable quant au respect de l’esprit de l’oeuvre et au souffle qui l’anime.

    Je compatis donc à ton désarroi…

  4. En réponse à Doc, je crois Matoo qui tu vas absolument détester la mégère apprivoisée … ce fut pour moi une révélation que la comédie française peut se planter complètement.
    Cyrano, ce fut moins horrible pour moi que pour toi, mais je déplore le manque de nuances entre le chuchotement et le hurlements … chose que j’avais reproché au misanthrope également.

  5. Je trouve la critique un peu dure mais chacun voit Cyrano à sa porte..pour ma part je ne me lasse pas d’entendre ce texte et je ne vois pas comment il peut être si difficile , si douloureux de voir une pièce comme celle-ci.
    Continuez à lire Cyrano à l’entendre et à le voir il n’a pas finit de nous surprendre!

  6. J’ai vu la mise en scène de Podalydès à la Comédie Francaise aujourd’hui. En fait, la critique de Matoo est beaucoup trop retenue. Tous les acteurs manquent de personalité, qui est substitué par des effets superficiels de la regie. La langue est brutalisé, on ne peut plus que crier. Il me semble que pour toute la fierté de sa langue et conscience de sa tradition litteraire, la culture francaise n’échappe pas la dégradation générale qui infecte tout l’Occident aujourd’hui.

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