La séparation

J’avais découvert Christopher Priest dans ce qui est devenu un de mes bouquins favoris de SF : « le monde inverti ». Son écriture et son imaginaire, assez proche de celui de K. Dick selon moi, m’avaient littéralement conquis. Je crois qu’on m’a offert celui-ci, mais je n’en suis plus trop sûr. Bref, il se retrouve entre mes mains, et c’est pour le mieux !!

Ce livre-ci est totalement différent de l’autre, ce n’est d’ailleurs presque pas un bouquin de SF. Du coup c’est drôle qu’il ait reçu autant de prix dans ce petit milieu littéraire (tout de même : British Science Fiction Award, Arthur C. Clarke Award, Grand Prix de l’Imaginaire 2006). Car il s’agit bien d’une sorte de récit uchronique, mais on pourrait facilement le mettre dans le domaine de la littérature générale. En effet, il possède une fibre fantastique très peu développée. Ou alors disons que l’auteur a habilement dissimulé et saupoudré ça et là des éléments qui « diffractent » plus ou moins notre notion du temps. C’est assez difficile à expliquer, et en vérité ce n’est pas évident à comprendre du premier coup !!

Christopher Priest nous plonge dans l’Angleterre de la seconde guerre mondiale, et dans un triple récit d’un couple de vrais jumeaux, qui partagent en plus les mêmes initiales ! (J.L. Sawyer et J.L. Sawyer !). Le récit est triple car il s’articule autour de trois points de vue, d’abord celui d’un historien-chercheur qui étudie la manière dont Rudolf Hess a voulu organiser la paix avec la Grande-Bretagne, en s’y rendant de sa propre initiative. Ensuite on trouve les narrations alternées des deux frères, et les étranges implications qu’ils ont eu avec Rudolf Hess (ils ont gagné la médaille de bronze d’aviron en 1936, médaille remise par Rudolf Hess ) et la politique britannique, ainsi qu’un problème psychiatrique d’un des frères suite à un accident d’avion. Car l’un des frères est pilote intrépide de bombardier de la RAF, tandis que l’autre est objecteur de conscience et aide à la Croix-Rouge.

Les intrigues multiples, les différents points de vue, et les subtiles différences entre les récits avec ces « voies historiques » font que le bouquin n’est vraiment pas évident à saisir. Et pourtant, l’histoire qu’il raconte est en définitive celle de l’Angleterre de la seconde guerre mondiale, et c’est passionnant. En effet, on découvre surtout les combats que les anglais ont mené, alors qu’ils étaient le seul pays européen à résister contre Hitler. Christopher Priest se fait là un peu le chantre de son pays, mais il se trouve que je suis un grand admirateur de cette Angleterre là, et donc j’ai trouvé cela très juste et justifié. L’écrivain nous fait vivre les bombardements, la résistance sans faille de la perfide Albion, la dureté des combats, mais aussi la stupidité de la guerre, tout en nous montrant un Churchill tout en verve et en charisme. Cela m’a même appris pas mal de choses sur la politique intérieure britannique de l’époque qui n’était pas si monolithique que cela.

Entre l’uchronie doucement schizophrénique et le choix de la période, c’est encore à K. Dick que je pense et son célèbre « Maître du Haut-Château », dans lequel la seconde guerre mondiale a été gagnée par les nazis en 1947…

Tout le bouquin se concentre sur les évènements du 10 mai 1941, cette nuit là Rudolf Hess a quitté, apparemment de sa propre initiative, l’Allemagne pour se rendre en Ecosse à bord d’un avion. Apparemment encore, il venait négocier la paix avec le Royaume-Uni avant que l’Allemagne n’entame la guerre avec l’URSS à l’Est. Rudolf Hess a été emprisonné jusqu’à la fin de ses jours (1987), et Hitler avait dit qu’il était atteint de folie et avait agi de son propre chef. Ce fait historique est encore un des mystères de la seconde guerre mondiale, et l’auteur joue sur ce trouble pour en donner sa propre version, enfin ses propres versions plutôt…

Le bouquin est très bien écrit et documenté, et encore une fois propose une vision très instructive de la Grande-Bretagne pendant la seconde guerre mondiale. Je l’ai juste trouvé un peu trop complexe et cryptique à certains égards, mais d’un point de vue SF c’est un ovni qui est très plaisant à découvrir. C’est quelque-chose de vraiment nouveau et rafraîchissant. Malheureusement, il n’aura certainement pas le lectorat mérité du fait de son estampillage « SF »…

La séparation - Christopher Priest

5 Commentaires

  1. Ce livre est un chef d’oeuvre, j’y ai consacré un article sur mon blog. Il n’est pas difficile à lire, le style en est rapide et clair.Il est aussi très supérieur au Maitre du haut château, et pourtant quel livre également, dans le sens que l’auteur à une vraie connaissance de la politique internationale, ce qu’il fait passer en douceur. Le roman n’est pas non plus manichéen, il « humanise » un Hess et ne fait pas de Churchill un héros monolithique. Le livre est plus un récit uchronique qu’autre chose, enfin il peut être lu aussi comme cela. Dans la même collection se cache un autre chef d’oeuvre du même genre, mais plus gay, « Les iles du soleil »…

  2. J’adore Priest, je suis en train de lire « La Fontaine Pétrifiante », très bien ausi.

    La Séparation est probablement son chef d’oeuvre à ce jour : une uchronie d’une finesse rare et laissant beaucoup de place à sa propre imagination, puisque comme souvent chez Priest, rien n’est sûr, et la frontière entre délire et réalité est très fine.

    (Pour faire 2 comms d’un coup : j’ai lu récemment le Jean Teulé que tu as commenté précédemment, et j’en pense pareil : c’est bien, mais aussi vite lu qu’oublié !)

  3. Alors que je cherchais un livre de plage, ma libraire de quartier (j’insiste) m’a recommandé celui ci. je ne sais pas si c’est vraiment vraiment un livre de plage, mais c’est marrant, je n’avais même pas vu que tu en avais fait une critique ^^
    Je te donnerai mes impressions au retour :p

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