L'image révélée, Premières photographies sur papier en Grande-Bretagne (1840-1860), et Le daguerréotype français dans les collections du musée d'Orsay

Il y a quelques semaines, je suis allé visité in extremis (ne cherchez pas, c’est fini depuis le 7 septembre) ces deux expositions au Musée d’Orsay. J’en suis ressorti plus qu’enchanté, et encore une fois admiratif du superbe travail muséographique et pédagogique qu’est capable d’effectuer cet endroit.

Les deux expositions sont assez indissociables, et présentées conjointement, puisqu’elles font écho à des pratiques photographiques très anciennes, les toutes premières au monde même. La véritable exposition étant « L’image révélée » dans le sens où elle présente des oeuvres majoritairement britanniques, des calotypes, dont la technique a été inventée par William Fox Talbot. Et en complément, l’autre expo est plus un accrochage thématique qui permet d’apprécier les fascinantes collections de daguerréotypes du musée d’Orsay.

Les deux expos ont pour point commun de présenter des photographies qui datent de 1840, ce qui est juste COMPLETEMENT dingue ! En effet, on ne peut que rester ébahi devant ces représentations du réel si « tangible » et en même temps si anciennes, d’une époque où on imaginait pas possible de fixer ainsi les choses et les hommes. On y découvre des paysages, des portraits et des scènes qui ont plus de 150 ans, et je suis resté des minutes entières devant ces images qui présentent des modes de vie d’un autre temps. Il y avait notamment ce dagueréotype de 1850 d’un vieux bonhomme de 70 ans, et j’ai réalisé qu’il était né sous Louis XVI !!! Les peintures sont des représentations parfois très fidèles, mais la photo possède cette faculté de capture et de fidélité qui sont proprement saisissantes dans ces expos.

La différence majeure entre ces deux expos tient dans leur technologie même. D’un côté le daguerréotype qui est très difficile à réaliser, mais dont le brevet (de Louis Daguerre) a été donné au monde par la France (on peut se lancer un bon « cocorico » sur le coup, il faut avouer que c’est louable). Et cela a permis une véritable industrialisation des procédés, et une production extraordinaire de daguerréotypes. C’est donc devenu un commerce rentable, et qui s’est répandu dans toutes les couches de la société. Il faut rappeler qu’il s’agit d’une plaque en cuivre recouverte d’argent, et sur laquelle apparaît après exposition, révélation et fixation, une photographie positive de grande finesse et qualité.

De l’autre côté de la Manche, naît une autre technique bien plus proche de ce que l’on connaît, mais étrangement beaucoup moins populaire. William Fox Talbot invente le calotype, il s’agit d’une feuille de papier trempée dans une solution de nitrate d’argent (notamment) qui une fois sensibilisée donne un négatif de taille réelle. Et c’est en accolant ce négatif à une autre feuille imbibée de nitrate d’argent, et en les exposant (avec le négatif devant), que l’on obtient finalement la photographie positive. Mais contrairement au daguerréotype, le calotype reste la propriété de son inventeur, et son brevet empêche foncièrement son développement économique. De plus, la fragilité du négatif fait que les photos sont moins nettes, moins précises que les daguerréotype. Du coup, le calotype est plutôt utilisé par des gens aisés qui découvrent la photographie « loisir ».

Les calotypes sont très impressionnants parce qu’ils sont justement en papier, et c’est encore plus scotchant de découvrir ces clichés qui ont 160 ans. En outre, ils ont une valeur artistique absolument indéniable. Les poses, les mises en scène, les choix de lumière, les compositions sont travaillés avec minutie, et on sent le désir artistique et esthétique sous-jacent. Leur rendu un peu plus rugueux ou flou tend aussi plus à mieux rendre les paysages que les portraits. Les daguerréotypes en opposition servent surtout à faire des portraits, tous les portraits ! Et la collection présentée est proprement impressionnante. On y voit des photographies de gens de tous les âges et tous les milieux sociaux (et des morts, une pratique assez spéciale de l’époque). Il y a aussi un incroyable cliché de 1848 qui montre une barricade dans Paris (lors de la révolution de 1848 donc) avant et après sa prise par le général Lamoricière. Ces images reproduites dans l’Illustration constituent un tout premier exemple de photojournalisme.

Ces deux expositions bénéficiaient d’un excellent éclairage, pas très intense pour protéger les clichés, mais qui donnait une aura encore plus fascinante à ces témoignages du passé. Je salue aussi les explications présentes sur chaque photo, qui donnent à la fois des indications techniques, artistiques ou bien qui expliquent le contexte social, politique ou économique. Bref, une belle preuve de ce que le musée d’Orsay peut proposer comme exposition à la fois originale et finalement assez « simple ». En effet, ce n’était pas une grande exposition avec tout le tralala sur un peintre connu, mais du coup cela ne lui donne que plus de valeur et de mérite.

L'image révélée, Premières photographies sur papier en Grande-Bretagne (1840-1860), et Le daguerréotype français dans les collections du musée d'Orsay

2 Commentaires

  1. J’ai pu tenir des daguerréotypes entre mes doigts (ainsi que d’autres clichés issu de la préhistoire technologique de la photographie) par l’intermédiaire d’un oncle collectionneur et expert en la matière. Je confirme la force émotionnelle qu’ils dégagent quand on les recadre dans un contexte historique, avec en prime le sentiment de regarder luire des fantômes à la lumière du métal…

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