Le scandaleux Héliogabale : Empereur, prêtre et pornocrate (Emma Locatelli)

Evidemment avec un titre pareil, je ne pouvais qu’avoir envie de le lire. Et puis Héliogabale fait partie des personnages historiques pédés qui défraie encore la chronique, et dont je ne connaissais vraiment peu de choses. Ce roman, basé sur des faits rapportés par les témoins de l’époque, raconte donc l’existence et l’incroyable destin de cet empereur romain (205-222), empereur à 14 ans et mort à 17 ! Mais ces quelques années vont suffire à construire sa légende, et à le placer parmi les plus fous des tyrans.

Il s’agit bien d’un roman, donc je n’ai pas tout pris au pied de la lettre, mais j’ai retrouvé toutes les références à droite et à gauche, ce qui indique une bonne documentation de l’auteur : Emma Locatelli. Elle a simplement brodé et ajouté des sentiments, des sensations et des pensées à des personnages dont les faits et gestes parlaient déjà bien pour eux ! On ne peut pas dire que le bouquin soit diablement bien écrit, mais disons que le style et l’écriture sont corrects et digestes. Ce qui est véritablement passionnant, c’est l’histoire en elle-même, c’est d’imaginer que tout cela a vraiment eut lieu, que ce gamin empereur super drama-queen et d’une cruauté suprême a vraiment existé.

Tout commence donc à la mort de l’empereur Caracalla, et avec trois femmes, que l’histoire retient comme « les princesses syriennes », la grand-mère, la mère et la tante d’Héliogabale. La grande-tante de ce dernier était la femme de Caracalla, mais en usant d’un stratagème un peu gonflé, la grand-mère et la mère de Varius, futur Héliogabale, ont fait croire et ont affirmé qu’il était le fils même de Caracalla. Celui qui avait assassiné Caracalla, l’empereur (de quelques mois) Macrin, n’était pas vraiment en odeur de sainteté, et il n’a pas été difficile de retourner l’armée contre lui.

Le choix de Varius n’était pas évident car il n’avait que 14 ans, mais c’était le seul mâle en âge, car son cousin, Alexianus (empereur après Héliogabale) était encore plus jeune. Leur grand-mère pensait que ce serait facile de manipuler Varius, en effet seul sa religion syrienne, le culte du dieu solaire Elagabal, l’intéressait vraiment. Mais il va en être bien autrement. Le jeune empereur va rapidement se montrer autoritaire et capricieux, mégalomane et tyrannique.

Il passe son temps à choquer le monde romain, il ne respecte pas les dieux, passe pour une grande folle en s’habillant n’importe comment (notamment en se travestissant), en prenant des tas d’amants qu’il sélectionne sur la taille de leurs bites, en humiliant le plus possible les notables et sénateurs romains etc. Il se marie à une vestale (gros scandale) qu’il enlève pour l’occasion, mais il sera toute sa vie incapable de procréer avec une femme. Il donne des postes à hautes responsabilités à ses amants, qui font souvent partie des couches très modestes de la population, c’est ainsi qu’un cocher se retrouve chef des gardes ou son coiffeur son conseiller principal. Il organise des fêtes somptueuses, fait construire des palais, se fait offrir de la joaillerie, des textiles et toute sorte d’objets de luxe.

Il fait aussi assassiner tout ceux qui ne lui reviennent pas, ou qui pourrait lui nuire. Héliogabale tient vraiment en son statut divin, et il compte bien mettre son dieu solaire en lieu et place des dieux romains traditionnels. Attaquant tous les pans de la morale romaine et délaissant l’armée, il devient de plus en plus impopulaire, et risque sa vie. Malgré quelques rappels à l’ordre des prétoriens, qui tuent notamment tous ses mignons, il n’en réchappera pas et se fera aussi assassiner.

Le bouquin se lit très facilement et avec beaucoup de plaisir, car c’est une histoire finalement assez complète et qui se prête bien à la lecture romanesque. On apprend beaucoup de chose sur la Rome de cette époque, et lire les aventures de cet empereur d’opérette, mélange de Drag-Queen et de dictateur sanguinaire, qui ne voit que par la taille du membre viril de ses amants, procure parfois quelques moments de lecture bien surréalistes.

Le scandaleux Héliogabale : Empereur, prêtre et pornocrate (Emma Locatelli)

10 Commentaires

  1. Et pour plus de détails historiques, cher Matoo, tu peux te pencher sur la biographie rédigée par BENOIST-MECHIN, « héliogabale ou le sacre du Soleil ».

    Sinon, tu as une bonne approche, dans la Fabuleuse histoire de la Rome antique de Lucien Jerphagnon.

  2. Je te conseille le livre d’Antonin Artaud « Héliogabale ou l’anarchiste couronné » qui doit être édité chez Gallimard dans la collection « Imaginaire ». Une vision très baroque (très queer) et pour le coup écrit dans une très belle langue par un écrivain « possédé ». Une double occasion en savoir un peu plus sur cet empereur et découvrir cet auteur qui a passé les dix dernières années de sa vie interné en hôpital psychiatrique….
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Antonin_Artaud

  3. Parce que tu crois , cher Psykokwak, que se trimballer un météorite depuis les déserts syriens jusqu’au Palatin, en dansant en tenue voilée, sans discontinuer, ni tourner le dos à son « dieu » fait partie des fantasmes du Matoo ? et que dire du coté, divin d’héliogabale désireux d’épouser une vestale pour mieux enfanter des êtres divins et synchrétiques… enfin, il faut de tout pour faire un monde comme disent nos mères-grand.http://blog.matoo.net/wp-images/smilies/n-icon_embarassed.gif
    :gene:

  4. « Il donne des postes à hautes responsabilités à ses amants, qui font souvent parti* des couches très modestes de la population, … » partiE :rol :wink:

  5. L’Héliogabale d’Artaud m’avait impressionné aussi. Je te/vous le conseille. Tiens d’ailleurs je vais le relire…
    « se faire offrir des joailleries » —> par amour des types avec de grosses bijouteries de famille :rigole:

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