La mémoire éternelle ?

J’ai posté quelques photos vendredi, et du coup je suis forcément tombé sur d’autres vieux clichés. J’ai fait une razzia chez ma môman il y a quelques semaines, car je voulais en numériser un maximum histoire de conserver ces souvenirs, et parfois aussi en « constituer ». En effet, c’est aussi l’occasion de questionner mes parents sur ces photos, sur des personnes que je ne connais pas, ou des situations que j’ignore.

La mémoire… C’est vraiment un truc qui compte pour moi, et je ne sais pas d’où me vient cette fixette sur le passé et sur l’héritage, quel qu’il soit d’ailleurs. Et pourtant quand on se penche un peu sur les choses, rien n’est bien laissé au hasard. Tenez par exemple je vous serine tout le temps sur Osny, ville natale de ma môman, et j’habite par le plus grand des hasards à 500 mètres d’où mon pôpa a vécu (alors que nous n’avons jamais vécu, et ne sommes quasiment jamais allés à Paris en famille).


Dominique A – La mémoire neuve

Si le blog me plait autant c’est aussi pour cette trace qui est ainsi faite, malgré l’apparente pulvérulence de ce support virtuel. Et c’est là aussi un grand point d’interrogation, est-ce qu’il va subsister quelque-chose de nos élucubrations ? Sous quelle forme ? N’y aura-t-il pas tellement d’informations disponibles qu’il sera impossible de trier le bon grain de l’ivraie ? J’ai l’espoir que tout cela ira rejoindre quelques strates archéologiques qui s’enfouiront bien sagement dans des banques de données qu’il faudra excaver un moment ou à un autre. Mais plus pragmatiquement, je pense que ces textes, ces « n’importe quoi » inutiles, pourront parler à mes petits-petits-petits-cousins et cousines (parce que je ne crois pas trop à ma descendance… hu hu hu), ne serait-ce que pour y découvrir quelques vils secrets de famille qui lesteront encore, j’en suis certain, leurs égos névrosés. Ils pourront y découvrir l’étrange décès de mon cousin, les récits de cette famille dysfonctionnelle si attachante, un oncle mystérieux et inconnu et d’autres billevesées. C’est ce lien familial qui m’intrigue et me plait tant, nous ne sommes pas étrangers les uns aux autres, nous avons une « connexion ».

Ce qui manquait jusque là à la transmission de l’histoire familiale des générations passées c’est d’abord ce souci même de transmettre, mais aussi les moyens de communiquer. Savoir lire et écrire, vouloir écrire pour témoigner (et pourquoi ?), l’usage de la photo et de la vidéo, la possibilité de donner cette information à sa famille, et sur la durée. Et si l’internet nous apportait justement tout cela ? Car même si cela n’intéresse pas la génération suivante ou celle d’après, c’est simplement donner la possibilité de connaître l’histoire insignifiante d’un archéocousin.

Quand j’ai subtilisé les photographies chez ma maman, je l’ai interrogé sur quelques unes qui me paraissaient difficiles à identifier. Notamment celle-ci :

Photo de famille... avec des inconnus !

Cette photo vient de ma grand-mère, mais ma mère n’y a reconnu personne à priori… C’est dommage me disait-elle car ma grande-tante aurait pu me répondre. A quelques semaines près, j’aurais pu éviter cette lacune, tant pis cette photo restera mystérieuse. Et je ne suis pas non plus contre cela. En effet, ça laisse aussi la place à l’imagination, et particulièrement sur ces clichés antédiluviens dont la qualité même du support et le noir et blanc confèrent un aspect si singulier et fascinant.

J’avais montré il y a quelques temps les photos de mariage de ma famille, dans lesquelles on peut sourire en voyant les visages vieillir et évoluer. J’aime aussi me reconnaître dans les visages de famille de ces anciennes photographies de mes grands-parents et arrières-grands-parents. Il y a ces photos de mes grands-parents maternels que j’aime beaucoup :

Mes grands-parents maternels

Et ce qui est très drôle c’est de comparer à celle beaucoup plus popu, prolo et dégingandée de mes grands-parents paternels :

Mes grands-parents paternels

Le plus incroyable est de constater que même les photos de famille diffèrent dans leur style entre les deux côtés de la famille. Sans dire que l’une est bourgeoise, oh là pas du tout, mais on peut y saisir sans difficulté le petit côté bohème de l’un que n’a pas l’autre.

Côté Maman en haut, côté Papa en bas ! :)

Un jour, alors que je fouillais dans les papiers de mon grand-père algérien que mon père avait récupéré, j’étais tombé sur une énigmatique photo, et au dos on pouvait lire « 11 impasse Gaudelet ». Mon père m’avait alors raconté pour la première fois (car l’information était inutile pour lui) que son père et sa mère avaient tenu un café avant la guerre dans cette impasse, impasse qui donne sur la rue Oberkampf, à trente mètres d’où j’habite aujourd’hui…

Mes grands-parents paternels impasse Gaudelet

Et la photo la plus précieuse, car celle qui me montre l’aïeule la plus « reculée », a aussi été trouvée de la même manière en demandant à une tante quelles étaient les vieilles images de famille qu’elle avait conservées. Et mon père avait tout de suite affirmé : « Tiens c’est ta grand-mère, et mon arrière-grand-mère. ».

Ma grand-mère et mon arrière-arrière-grand-mère paternelles

Waaaah, donc il s’agit de ma grand-mère paternelle et sa propre grand-mère, donc mon arrière-arrière-grand-mère (qui doit être née dans les années 1870…).

Avant cela, je n’ai rien sous la main. Mais je ne désespère pas de retomber par hasard sur de nouveaux trésors (précieux pour moi uniquement évidemment). En tout cas, je collecte, je renseigne, je témoigne, et si ça ne sert à rien : tant pis ! On ne sait jamais…


Louis Garrel – Ma mémoire sale

15 Commentaires

  1. Merci de nous associer à ta famille, c’est passionnant et trés émouvant.
    Je n’ai pas fait la même chose et il y a des pans entiers du passé qui demeurent perdu à jamais. Or mon père a vécu jusqu’a 93 ans, les opportunités ne m’ont pas manqué!
    Trop tard est une trés amère constatation, je ne puis donc que te féliciter chaudement de ce projet d’archives familiales.

  2. tiens, à propos de racines
    ce week-end je suis passé par Mazingarbe (ses terrils, ses maisons de mines, son usine AZF)
    ma belle-famille habite juste à côté
    pays attachant, que j’ai adopté immédiatement
    Pour ma part mes racines, sont plutôt de l’autre côté des Pyrénées
    Avec une petite part de mystère, récemment dévoilée …
    j’aime bcp les histoires que racontent les photos anciennes
    il y a tant à y voir
    « au plaisir toujours renouvelé de te lire »
    Olivier

  3. Ce serait trahir mon pseudonyme et le personnage qui me l’a inspiré que de te dire que travailler et entretenir une certaine mémoire de tout ce qui a mené à ce que nous sommes aujourd’hui, tant collectivement qu’individuellement, est vain.
    Je pense que c’est nécessaire pour avoir une meilleure prise sur soi autant que sur le monde qui nous entoure. Dans le même temps, il ne faut pas que cela prenne un côté obsessionnel morbide. Mais chez toi, on l’a bien vu depuis que tu écris, ce n’est pas le cas, ça réellement cet aspect salvateur et serein avec lequel j’estime qu’il faille envisager ce genre de chose.
    Tu as un trésor là dedans, un trousseau de clés et de détails insignifiants significatifs pour peu que tu saches les regarder, et uniquement toi.

    :)

  4. J’ai une histoire (ancienne) de famille vraiment passionnante. Je ne m’y attarde que trop peu (par manque de temps et d’envie regardant plus vers le futur que vers le passé actuellement)… un jour certainement.

    Et il y a toujours une énergie/force incroyable qui se dégage des objets anciens. Autant dans les photos que dans les objets (ce que tu avais relevé lors de ton voyage en Bretagne avec les Dolmens et autres pierres). Je le ressens juste en voyant ces copies de vieilles photos que tu nous présentes… j’adôôôre!

    Voilà un beau trésor que tu as :-)

  5. Des amis de ma copine sont devenus par passion généalogistes. Ils ont pris l’habitude d’imprimer leurs photos sur du vrai papier de qualité (un truc plus pérenne qu’un disque-dur, quoi…), et surtout d’écrire les prénom (voire les noms) ainsi que la date au dos de chaque photo. Ils voient vraiment sur le long terme, et quand on tombe sur une photo qui a perdu tout contexte faute de personne en mesure de l’expliquer, on peut parfaitement comprendre ce raisonnement…

  6. ton arrière arrière grand mère est née en 1866,et elle se souvenait de la queue du rat dans la soupe durant le siège de la commune. :salut:

  7. Une fois de plus je me sens proche de ta démarche. Collectant aussi, ma façon à moi ayant (probablement de par ma double « nationalité » même si je suis française de papiers) un côté moins affectif et plus proche d’un témoignage général. Quelque chose comme : je recherche et j’écris à partir des miens, mais dans l’idée de ce que ça peut témoigner du général (par exemple : les papiers peints des années 70 and early eighties ;-) ).

  8. Moi aussi, même fixette sur les aïeux. J’ai mis quatre ou cinq ans à secouer les vieux de ma tribu pour reconstituer ma généalogie.

    Plus vieil ancêtre : Papy Pierre né vers 1590…Pas de photo, évidemment !!

  9. De mon côté si j’ai eu la chance de retrouver tous les albums et plaques photographiques de mon grand-père paternel donc de nombreux clichés de la famille côté lorrain et belgo-luxembourgeois, mais pour ce qui est des aïeux silésiens, c’est une autre histoire ; je pourrais retrouver des clichés chez les cousins du Berry ou d’ïle de France, mais plus personne n’est là pour reconnaitre les cousines de ma grand-mère, religieuses à Przyrów, le cousin de mon grand-père qui s’était fait dévorer par les loups ou le cousin de mon père qui était pilote dans la Luftwaffe… D’où le projet de plus en plus précis de me rendre en Pologne avec ma cousine et quelques clichés en espérant retrouver d’autres membres de la famille. Et puis, aucune trace de photos de mon grand-père paternel, parti travailler en Chine puis à New-York au début du siècle dernier.

  10. Quelle ressemblance avec l’homme sur la deuxième photo de famille!! (2ème en partant de la gauche, à côté de ta mère?). Les gènes de mentent jamais!

  11. Je viens de découvrir ton blog qui relate notre histoire familiale. Quelles surprise !! Je parcours donc tes écrits qui, je ne te le caches pas, m’ébranle, d’une certaine façon. Ce que je ressens est assez indéfinissable, un mélange de plaisir, de malaise, d’étonnement, un petit sourire puis le coeur serré. Bref, une explosion d’émotion !!! Tellement facile et difficile à la fois de lire le roman de nos vies. Ce que tu fais là, j’y ai songé aussi, mais je n’ai pas eu le courage ou la patience de le faire, ou peut être tout simplement que je n’en voyais pas l’intérêt. En tout cas, je pense que c’est une bonne thérapie, un bon moyen de sortir tout ce qu’on a assimilé toutes ces années, de peut être mieux comprendre certaines choses et je continuerai à te lire avec beaucoup d’intérêt. En espérant que tu liras mon petit comm…
    Gros bisous
    Ta « cousine/frangine » ;-)

  12. je ne sais pas si vous nourrissez encore votre blog. je suis tombée dessus au hasard de mes recherches entamées pour un documentaire destiné à la télévision sur le retour au passé et le poids de la nostalgie aujourd’hui. continuez vous à collecter les morceaux de votre histoire familiale? voici mon e mail magalibloch@gmail.com. j’aimerais beaucoup en savoir plus sur vos recherches. remarque personnelle je voulais juste également souligner la qualité de votre plume. a bientôt je l’espère . magali

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