Rétro (Olivier Bouillère)

Difficile de mettre ce bouquin dans une case, mais d’ailleurs dois-je vraiment le faire ? Il est indéniablement bien écrit et doté d’un style qui m’a beaucoup plu. Ce n’est pas vraiment un roman « gay » mais il en contient pas mal de réminiscences. Il s’agit en tout cas d’un brûlot qui ne laisse pas indifférent, et qui m’a bien au contraire mis drôlement mal à l’aise à plusieurs reprises.

Le narrateur, Olivier, comme l’écrivain (Olivier Bouillère) donc, a une trentaine d’années en 1998, et on le retrouve avec un autre homme plus âgé, Alain. On comprend qu’Alain et Olivier ont été amants, ou on traversé des choses ensemble dans le passé. Alain est accompagné d’un garçon (fils d’amis) d’une dizaine d’années, il est aussi totalement alcoolique et on le sent à deux doigt d’un acte pédophile. Olivier est un jeune bourgeois qui claque son héritage, et vit d’expédients, tout en se droguant tant qu’il peut. Dans ce contexte étrangement décadent et tout auréolé de mystère, nous vivons avec Olivier d’encore plus étranges retours en arrière. Le voilà dans sa peau de gamin de 1978, mais avec sa conscience d’adulte, et il revit son enfance, avec des épisodes sexuels parfois difficiles à lire (il a dix ans) et d’autres rocambolesques et tragicomiques péripéties. Disons qu’entre ses rencontres avec un pédophile notoire, un commissaire tout aussi prédateur qui l’utilise comme appât, des soirées mondaines avec Roger Peyrefitte et Amanda Lear, ou la présence vénéneuse d’une famille très « fin de race », ces allers-retours temporels prennent la forme d’une curieuse descente aux enfers.

Je suis vraiment très circonspect quant à ce livre. En effet, il est vraiment le fait d’un auteur doué et qui développe un style qui porte cette histoire avec brio. Olivier Bouillère parvient à aiguillonner la curiosité et attiser cette envie d’en savoir plus pendant tout le roman. Même l’alternance entre les époques et le flou (très littéraire) entre la réalité, les souvenirs, les fantasmes, les traumatismes sublimés ou bien l’invention pure, est remarquablement utilisée. On entre d’autant plus dans la complexe personnalité du narrateur, mais on ne peut pas dire que le chemin soit balisé.

Et puis le roman sent le souffre du début à la fin, avec cette pédophilie latente (ou très explicite) qui participe à la fois d’un témoignage des possibles souffrances qu’un enfant peut vivre, mais aussi d’une expression réelle du désir. C’est alors que les temporalités et les époques se mélangent, et il m’est difficile de savoir si l’auteur arrive ainsi à écrire des horreurs parce qu’il les écrit « bien » ou s’il y a vraiment des raisons de se scandaliser, ou bien si au contraire il a réussi à être exactement dans le ton, dans l’authenticité contre laquelle on ne peut rien. En tout cas, cette plume me réconcilie avec une certaine typologie d’auteurs ou de romans des années 90, comme ceux que Dustan signait au « Rayon/Balland » (qui manquaient vraiment de style littéraire), ou encore Guibert à certains égards (mais qui lui n’en manquait pas).

Le truc qui me fait toujours bailler par contre, ce sont ces « histoires de bourges ». Je crois que le prolo en moi n’arrive vraiment pas à verser sa larme à la lecture de ces malheureux enfants trop riches qui trouvent refuge dans la drogue, qui sont dans l’incapacité de travailler, et se détruisent par manque d’amour maternel. Je sais que l’argent ne fait pas le bonheur et tutti quanti, et j’ai conscience que l’on est tous égaux face à nos névroses. Néanmoins, je bloque encore sur ces descriptions de fêtes sur fond de sexe, drogue et aristocratie, avec des protagonistes qui passent leur vie à être malheureux et désabusés, et qui sont finalement les plus snobs et égotiques qui soient.

Rétro (Olivier Bouillère)

2 Commentaires

  1. J’aime beaucoup ce que tu écris au sujet des horreurs trop bien écrites, je me pose la même question à chaque fois que j’en croise.

    Et puis ta conclusion, on ne peut pas mieux dire (moi aussi imperméable à la compassion face à des malheurs de petits ou grands bourgeois décadents) ; l’ironie du sort voulant que si jamais un jour improbable je faisais publier mon chantier principal d’à présent, il serait sans doute moqué comme parigot-intello-bourge (mais pas décadent, ni drogue ni sexe ou sans doute pas assez) à ranger au rayon « soucis de riches » … mais d’une étagère Billy ? :roll:

  2. Trousser un texte et trouver son style, c’est une chose ( rare, dirait-on si on n’était fouineur hors têtes de gondoles et battages publicitaires ); sans poncifs à la mode en est une autre… combiner les deux, me semble pourtant un minimum pour tenir un moment la route. Sans parler de ce qu’apporte l’ouvrage au lecteur d’aujourd’hui, de demain. Je doute que, malgré des qualités évidentes, le propos de ce livre ne tienne la route que le temps d’une saison. :hum:

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