« Talking heads » au théâtre Marigny

Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un spectacle aussi intéressant et fascinant. Entre la mise en scène de Laurent Pelly, les textes géniaux d’Alan Bennett (traduits par Jean-Marie Besset) et les excellentes comédiennes, Christine Brücher, Nathalie Krebs et Charlotte Clamens, je me suis régalé.

Il s’agit d’une succession de trois monologues, de trois desperate housewives anglaises qui nous racontent une histoire ou leur vie, dans un discours apparemment tout à fait banal. Mais chacune à leur manière, elles finissent par révéler un secret, des fêlures, des névroses habilement camouflées, que ce soit par une solitude dépressive, des complexes douloureux ou des fantasmes inavoués.

Il y a d’abord Christine Brücher qui incarne Peggy, une petite employée sans histoire qui nous parle de son travail, dans lequel elle « rit beaucoup » avec ses collègues, et encore de son travail, et toujours de son travail. Bref, on sourit, on ricane, on se moque, et on finit par changer complètement de registre, et en glissant peu à peu dans le drame, on ressent alors un curieux sentiment. C’est alors que la transformation s’effectue aussi dans le spectateur qui finit par comprendre le personnage, en se mettant dans sa peau, mais il est trop tard…

Puis vient le tour de Nathalie Krebs en Rosemary. Cette dernière est une classique ménagère qui, contre toute attente, va aider sa voisine qui vient d’assassiner son mari. Encore une fois, les masques tombent progressivement et découvrent une femme plus torturée que jamais. Enfin Charlotte Clamens est Miss Fozzard, et elle nous explique comment la rencontre avec un pédicure lui a changé la vie, et lui a surtout permis de réaliser d’innommables fantasmes.

Ces femmes sont toutes terriblement camisolées dans leurs névroses et des petits jeux psychologiques tous plus pervers et autodestructeurs. Il s’agit d’une riche collection de non-dits qui m’ont énormément parlé, et qui sont tellement « banlieue », d’ailleurs je n’ai pu m’empêcher de penser (à ma mère et) à Olivier Adam et ses extraordinaires protagonistes banlieusards désabusés. Du coup ces histoires font rire, sourire ou angoisse, font penser à des proches ou à soi, font déprimer ou réaliser la chance et l’importance de cultiver une certaine lucidité sur soi-même.

Il faut saluer Chantal Thomas pour les costumes, les décors et la scénographie. Je dois avouer que c’est une réussite totale que cela concourt vraiment à la qualité globale du spectacle. Enfin, sauf pour les effets de manche de cette même scénographie qui vont un peu trop loin à mon goût. Je m’explique… J’ai adoré les décors et les costumes qui servent admirablement les narratrices et la mise en scène, mais chaque monologue est agrémenté de trouvailles scéniques aussi inventives qu’inutiles. On trouve des effets visuels assez spectaculaires qui change par exemple la perspective du spectateur. Ainsi le premier récit se déroule en étant littéralement découvert de gauche à droite tandis que la comédienne joue (et donc se déplace, en même temps que la lumière est faite sur le décor). Ce mouvement est beau… mais à quoi sert-il ? Or je crois qu’en théâtre, on a tort de trop en faire, ou alors j’ai tort d’en chercher conséquemment une explication !

De même, le plus dingue et encore plus beau est le dernier monologue puisque Charlotte Clamens est carrément sur un canapé incliné qui nous fait croire qu’on la regarde d’en haut. Comme cela :

Charlotte Clamens dans "Talking Heads"

Oui là c’est une photographie prise face à la scène de théâtre, elle repose donc en fait sur le dossier du canapé, et c’est son attitude qui permet encore plus de réaliser l’illusion optique. C’est très intéressant et troublant les premières minutes, d’ailleurs tellement passionnant que j’en ai zappé le début du monologue !! Et encore une fois, à priori, ça ne sert à… pas grand-chose. Mais heureusement des comédiennes de talent et un texte bien calé n’entament pas le plaisir ressenti pendant le spectacle.

« Talking heads » au théâtre Marigny

1 Commentaire

  1. mierda, j’avais laissé un commentaire et il a été perdou, donc je répète en version courte :

    j’ai adoré, c’est excellent ! Je l’ai vu à Toulouse.
    Il me semble qu’il y a une progression entre les trois monologues, et si le destin de la première femme est pathétique, la deuxième découvre quand même une forme de bonheur avec son amie, même si ça finit mal. En revanche, la 3è invente sa vie, avec son pervers pépère, elle s’éclate, elle oublie sa voie tracée de soeur dévouée au frère malade, et sa vie devient colorée et donne une perspective d’ouverture à cette oeuvre. Et quel humour… cruel mais excellent.

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