L'amour à la française

Ça, c’était dans les années 1950. La sexualité était partout, mais on fermait les yeux en prétendant qu’il ne se passait rien. En Amérique, du moins. Ce qui a fait une différence pour moi et ta grand-mère, c’est qu’elle était française. Il y a d’innombrables hypocrisies dans la vie française, mais la sexualité n’en fait pas partie. Sonia est retournée à Paris quand elle avait douze ans et elle y est restée jusqu’à dix-neuf ans. Son éducation était beaucoup plus poussée que la mienne, et elle était prête à faire des choses à l’idée desquelles la plupart des jeunes Américaines se seraient tirées du lit en poussant des hurlements.

Comme, par exemple ?

Sers-toi de ton imagination, Katya.

Tu ne me choqueras pas, tu sais. J’ai fait des études à Sarah Lawrence, tu te rappelles ? La capitale sexuelle du monde occidental. J’ai fait le tour de la question, crois-moi.

Le corps possède un nombre limité d’orifices. Contentons-nous de dire que nous les avons tous explorés.

Autrement dit, grand-mère était un bon coup.

C’est dit un peu crûment mais, oui, elle faisait bien l’amour. Sans inhibition, à l’aise dans son corps, sensible aux fluctuations et aux embardées de sa sensibilité. Chaque fois que nous le faisions, nous avions l’impression que c’était différent de la fois précédente. Sauvage et dramatique un jour, lent et langoureux le lendemain, toutes ces surprises, les nuances infinies…

Je me rappelle ses mains, la douceur de ses mains quand elle me touchait.

Des mains douces, oui. Des mains fortes aussi. Des mains sages. C’est ainsi que je pensais à elles. Des mains capables de parler.

Citation extraite de « Seul dans le noir » de Paul Auster. Page 145.

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