Kandinsky (1866-1944) au Centre Georges Pompidou

Ahhhh, Kandinsky !! Ma référence ultime en terme d’Art ! Je dois à une prof d’histoire de première de m’avoir fait découvrir cet artiste. Depuis lors, je le révère et suis super ému dès que je tombe sur une de ses toiles. Donc là, c’est une extase permanente, un bouleversement de tous les instants, puisque cette rétrospective nous montre à peu près tout ce qu’il y a de majeur dans l’oeuvre de ce peintre d’exception.

La scénographie est très linéaire puisqu’il s’agit le plus simplement du monde d’un accrochage chronologique. J’ai été plutôt déçu par les explications disponibles et encore une fois il fallait se procurer l’audio-guide pour vraiment en profiter. Heureusement, j’ai assez lu et me suis assez documenté depuis quinze ans pour largement prendre mon pied. Car j’aime tout chez cet homme, de ses peintures classiques et d’inspiration russe des débuts, à ses découvertes et tâtonnement dans l’abstraction (ma période préférée, alors que les « ponts » et « cavaliers bleus » commencent à s’estomper dans des formes symboliques et géométriques), jusque ses oeuvres très formelles et géométriques à la Malévitch, et enfin à ses drôles de créatures biomorphiques qui auraient leur place dans « Spore » (le jeu vidéo).

Mais contrairement à Malévitch (qui est l’inventeur du Suprématisme, donc une abstraction très froide et détachée du réel), Kandinsky, même dans ses phases les plus géométriques et abstraites, ne se détache jamais de ses émotions. Elles sont même l’incroyable moteur de cette foisonnante création. Et n’importe qui peut s’en rendre compte, car il fait parler les formes et les couleurs. C’est un délire de sentiments qui s’imprime en nous, de la colère, de la tristesse, de la joie et de l’amour qui se retrouvent ainsi jetés sur la toile.

Kandinsky est à mon avis le seul peintre qui a réussi ainsi à transposer des émotions sur la toile. Il est, en mon opinion, la preuve tangible de la synesthésie, cette faculté de mixer les sens. Car avec Kandinsky les couleurs ont un son, et les sons ont une forme, les émotions des couleurs, et les odeurs des formes etc. L’expérience sensorielle et émotionnelle proposée par ses peintures dépasse alors l’entendement, et même s’il ne parle pas à tout le monde de la même manière, je ne pense pas qu’il puisse laisser insensible.

C’est alors que je me suis trouvé à me plaindre même de l’opulence de l’exposition. En effet, je crois qu’il y a trop d’oeuvres exposés, et que chacune à son tour tend à émousser les capacités des visiteurs. C’est comme si vous étiez dans une parfumerie, que vous arrivez à sentir les premières fragrances, mais que rapidement vous êtes perdus dans les odeurs, et vous ne sentez plus rien. Il me semble que le même drame se produit lors de cette expo. Il y a tellement de choses qui passent dans cette peinture, que l’on se retrouve au bout d’un moment insensible aux oeuvres, et qu’on passe sans plus trop comprendre. Il reste bien évidemment toujours cette beauté formelle, mais ce n’est pas cela qui est remarquable, selon moi, chez ce peintre. Il faut s’approprier ses « impressions » (titres de nombres de ses toiles) et les décoder pour soi. On est parfois aidé par des titres comme cette « voix au téléphone » (qui n’était pas présenté à Beaubourg pour le coup) ou bien ces « petites joies ». Les « improvisations » laissent libre cours à notre interprétation, comme elles ont laissé libre court à son imagination.

Le peintre est mort, mais ses oeuvres conservent une extraordinaire actualité, et en effet qu’y a-t-il de plus intemporel que les émotions ? Les points, lignes, plans qui sont l’alphabet de l’expressionniste composent un langage universel par excellence. Ces oeuvres parlent à tout le monde, à son niveau, à ses références, à sa sensibilité, et il fait découvrir de nouveaux mondes de sensations, de plaisirs, de lecture et de compréhension intime de l’autre et de soi-même.

Vous comprendrez à me lire à quel point cette exposition est fantastique, mais encore une fois mon seul reproche, qui n’en est pas un, est ce foisonnement de tableaux. Kandinsky se déguste avec parcimonie, et doit se savourer lentement, petit à petit, avec ouverture d’esprit et acuité aux aguets.

Kandinsky au Centre Georges Pompidou

4 Commentaires

  1. La solution était de se procurer une carte d’abonnement à l’année (vraiment pas chère) qui permet de rentrer comme dans un moulin et d’en sortir aussi facilement, libéré de la pression d’en « avoir pour son argent », et de revenir 4, 5, 6 fois, pour un quart d’heure ou deux heures, pour une salle ou un poignée de tableaux. C’est ce que j’ai fait avec délice

  2. Caramba toi aussi tu as craqué avant la fin de l’expo ?
    Je connaissais peu Kandinsky et je voulais le découvrir, j’aurais du prendre l’audioguide :(
    Et j’avoue, arrivé à la moitié de l’expo, j’en avais assez. Une overdose de Kandinsky, moi qui adore les rétros et m’était fait une joie de découvrir ce peintre, au bout d’une heure, les toiles ne me parlaient plus ! :croa:
    Dommage dommage !
    Donc j’ai passé rapidement sur la fin de sa vie à Paris, en gros sur un quart de l’expo :[
    J’ai aussi trouvé le tarif de l’expo exagéré : 12 €
    Ce n’est plus de la culture, ça devient un luxe !
    J’y étais allé le premier dimanche du mois, pensant que l’ensemble de georges pompidou serait gratuit .. hé bien non, pas les expos temporaires ! Damn !
    JF a raison de parler d’une carte à l’année mais la encore j’ai regardé rapidement ..42 € soit le prix de deux mois d’un abonnement à un téléphone portable ..ça freine un peu les envies du français moyen :croa:
    Bref, je reviendrais à Kandinsky (de toute façon la rétro est finie je crooaa) mais après m’être documenté :lol:

  3. Je partage ton avis, cette expo m’a fait « saigner des yeux ». Les expos à Beaubourg ont trop tendance à tomber dans la facilité de la rétrospective. J’ai même peur qu’ils s’essayent à l’exhaustive bientôt :)
    Quoi qu’il en soit, et malgré l’affluence, il s’agissait d’un vrai délice !

  4. @ vinzinv: pour le coup, je ne pense pas qu’il faille spécialement généraliser à toutes les expos de Beaubourg: celle sur Calder était très réussie, elle ne se focalisait que sur un passage clé de son histoire, et la mise en scène des ouevres était tout à fait en ligne avec l’artiste (reproduction de coupures de presse de l’époque en lieu et place des commentaire ampoulés qu’on peut avoir parfois dés qu’on touche à l’abstraction…)

    Par contre, pour Kandinsky, clairement ils n’ont pas su canaliser et rester pertinents. Comme tu le dis, Matoo, il y en avait trop; mais ce qui m’a surtout pas mal frustré, c’est qu’ils parlaient de cette sorte de « grammaire » de la toile qu’il avait tenté de créer, de tous ses écrits qu’il avait rédigés, sans finalement nous dire ce qu’il y avait dans ces idées et ses livres.
    Effectivement, Kandinsky est presque un classique et beaucoup de choses ont déjà été dites sur le sujet; l’audioguide apportait peut-être ces fameux détails, mais pour un simple spectateur comme moi qui ne suis pas hyper fan de me coller un casque sur les oreilles lorsque je vais voir une expo, j’étais déçu qu’ils n’aient pas su coordonner leurs efforts et rendre cette expo un peu plus pertinente, quitte à présenter moins d’oeuvres.

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