District 9

Je suis assez difficile en général concernant les films de SF, et il y a finalement peu de films qui me marquent ces dernières années. Je crois que la dernière fois c’était « Sunshine » de Danny Boyle. J’attends en effet d’un film de SF qu’il me fasse l’effet d’un bouquin du même genre, donc en plus d’un vrai voyage dans le futur, une réflexion élaborée sur les hommes que nous seront peut-être, et l’occasion d’en médire aussi un peu sur notre civilisation actuelle. Avec de bons effets spéciaux et un scénario un peu plus épais que les daubes de Michael Bay, il y a des chances qu’une oeuvre retienne mon attention. « District 9 » fait indéniablement partie de ces films de SF qui en mérite le titre, et qui réussit à surprendre et à instaurer sa patte.

Nous sommes dans une sorte de réalité parallèle, avec un vaisseau extraterrestre qui s’est arrimé dans l’atmosphère terrestre il y a 28 ans. Ce vaisseau qui flotte au large de Johannesbourg hébergeait des extraterrestres qui furent débarqués et parqués dans des camps de réfugiés. Ces aliens ressemblent à des crustacés tout gluants et plein de pattes et mandibules, et ils ont un faible pour la nourriture pour chats. Une société privée gère les bestioles (surnommées « crevettes » de manière péjorative par la population) et espère surtout un jour pouvoir faire fonctionner leur remarquable armement, qui semblent uniquement sensible à la génétique des aliens. Or, un des responsables humains, Wikus Van der Merwe, se retrouve en contact avec une substance, comme un virus, qui commence à le transformer en extraterrestre. Du coup ce dernier devient très très utile pour découvrir comment utiliser les armes des aliens, et la cible de tous !!

L’intérêt majeur du film réside dans la manière dont il est filmé avec tout un démarrage sous forme de documentaire. On y voit un Wikus Van der Merwe insupportable et parfait petit tortionnaire d’extraterrestres. Ces derniers sont maltraités et considérés comme des cobayes ou des sources de profit pour les gangs nigérians qui hantent les camps. Le film fait donc un parallèle intéressant et dérangeant avec l’apartheid, mais aussi tous les camps de réfugiés qu’on a pu voir un peu partout dans le monde.

Le scénario tient la route avec cette histoire d’extraterrestre qui se rebelle, et de méchant homme qui se transforme peu à peu en « crevette » et donc devient à son tour victime de la barbarie humaine. Et on peut saluer aussi à la fois la réalisation, les effets spéciaux et les décors que j’ai vraiment trouvé très bons. Le film se regarde facilement, et l’intrigue est correctement haletante.

Là où j’ai trouvé que c’était un peu moins bien, c’est sur le jeu des comédiens, qui est parfois un peu hésitant ou maladroit. J’ai aussi du mal quand je vois des films comme cela qui se veulent très originaux, mais qui sont un patchwork de choses déjà vues et revues. L’impression à ce sujet est mitigée, en effet il est difficile de faire la part entre le clin d’oeil et le pompage… Par exemple, la mode du film façon documentaire fait très « Cloverfield », tandis que les bestioles font vraiment CHUD pour moi (oui je sais c’est un film de série B de 1985, mais je l’ai vu !!!!), et la transformation du gars est très très (trop ?) « La mouche ». Ensuite, pas mal de choses sont laissées dans l’ombre, ce qui ne me choque pas habituellement (même si je suis du genre frustré quand je n’ai pas mes explications plausibles), et paraissent un peu légère. Comme cette substance génétique qui a l’air de servir de carburant… ou le fait que le vaisseau boiteux arrive à décoller (donc pourquoi ne l’ont-il pas fait avant ?), ou encore une intrigue qui me semble au final un peu incomplète ou manquant de sel.

En conclusion, c’est un bon film qui tente de mettre en place un nouveau paradigme du film de SF, mais qui est peut-être déjà obsolète dans son approche et ses gimmicks. Tout un tas de maladresses n’arrivent pas à diminuer l’estime globale que j’ai pour l’oeuvre, mais m’empêchent d’être complètement emballé. En tout cas, le succès aidant, j’ai hâte de voir des productions investir un peu plus dans des scenarii qui tiennent la route, et voir des réalisateurs explorer des voies aussi originales.

L’avis des copines : Eric, Julien, Raph et Fred, Jarod_, Thomas, [Elle], Anne-Laure, Brice, Sikander, Zéro Janvier, BREIZHBREIZHGALETTESAUCISSE, La Fille.

District 9

6 Commentaires

  1. Je ne partage pas ton avis sur la partie « documentaire » du film qui ne concerne en gros que les 10 premières minutes et qui est à l’évidence un des éléments de l’opération de communication de la MNU autour du « déplacement » des aliens, et dont on constate rapidement que la procédure est au minimum entâchée d’irrégularités. Pour moi, il trouve parfaitement sa place.
    D’accord avec toi en ce qui concerne la métamorphose de Wikus, pour le coup très pompée sur « la mouche ».
    Je suis assez rapidement passé sur les quelques faiblesses scénaristiques, car le vrai propos du film est de parler du monde que nous, humains, nous sommes construits. Et ça il le fait rudement bien.

  2. Je suis contente de lire un avis un petit peu plus modéré sur ce film dans cette pluie d’articles dithyrambiques. Je l’ai aimé et mais non adoré(ce qui m’a été fortement reproché, comme si un avis plus modéré était en soi une insulte à « District 9 »), lui donnant quand même un 7/10, ce qui apparemment ne semble pas être suffisant quand on parle de ce film. Je te rejoins pour les petits défauts que tu énumères, et je voudrais en rajouter deux à la liste:
    – le parti-pris initial du documentaire est percutant, rajoutant de plus à ce film une dose de violence psychologique bien plus efficace que la violence physique qui jalonnera sa seconde partie (qui dérive trop vers le « shoot them all » pur et simple pour que le propos soit encore assez présent). Le fait de diluer cette première partie, acide et dure, dans une histoire somme toute classique (:je suis raciste, je suis confronté à la vie de l’Autre, à la toute fin je reverrai ma manière de penser et protègerait mon Ennemi) diminue l’impact de son message à mes yeux.
    – Je n’ai pas trouvé le propos de « District 9 » si subtile que ça. Après tout, on comprend tout de suite de quoi il s’agit et ce qui y est dénoncé… Ce film m’a énormément fait penser à « Starship Troopers » qui traitait du même sujet de manière certes plus « m’as-tu vu » mais surtout moins évidente. En effet, ce dernier n’est-il pas, après tout, une mise en avant du caractère inhumain avec lequel nous traitons ceux que nous déclarons être nos ennemis, pour des raisons le plus souvent fallacieuses? Dans ce film, les « méchants » sont représentés par des être unanimement (enfin presque) détestés, qui nous attaquent injustement et nous pourrissent la vie, je nomme les insectes. Quelle meilleure personnification de ce que nous haïssons profondément et pour des raisons aussi primaires que parfois injustes (et que nous traitons donc de manière abjecte, le tout en considérant nos actes on ne peut plus légitimes)? Ce que « Starship Troopers » nous fait deviner en filigranes, « District 9 » nous le livre sur un plateau sans nous laisser le loisir d’élaborer notre propre réflexion à ce sujet. Or l’impact d’un parallélisme n’est-il pas plus fort quand son évidence est née de notre réflexion et non de l’exposition indéniable de celui-ci?
    Mais bon, je suis certainement la seule à avoir été dérangée par ces petits points si on en croit les critiques qui fleurissent sur le net…

  3. Rectification votre honneur : il me semble que dans le film les extra-terrestres sont appelés « mollusques » et non « crevettes »…
    Vous devez avoir confondu une soirée cinoche avec une soirée dans le Marais :)

  4. @Karedig : ils disent mollusques dans la version canadienne MAIS ils disent bien crevettes dans la VF. Vous avez donc vu district 9 en téléchargement illégal :p C’est pas bien.

  5. Je confirme la VF c’est Crevette pas Mollusque.
    Donc ceux qui ont vu la version ou l’on appel les aliens, les mollusque ont vu la version canadienne :)

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