PACS melior est quam iustissimum bellum

Eh oui ce sont déjà les dix ans du PACS, rha là là là, qui l’eût cru ? On oublie vite ces choses là, mais en se remémorant un peu cette période me sont aussi revenus les curieux acronymes de CUS, CVS ou encore PIC. Ces derniers ont été tués dans l’oeuf et c’est finalement le PACS qui est passé in extremis, plus ou moins soutenu par la gauche, et maladroitement décrié par la droite.

Ce qui est chouette avec l’homosexualité c’est que sa condamnation, sa tolérance, son acceptation ou son adhésion profonde transcendent parfaitement les genres, les orientations politiques ou religieuses, les milieux sociaux et toute autre case. Il y a des pédés (et des gouines) partout, dans tous les quartiers, de toutes les confessions et pour toutes les bourses (sans jeu de mot aucun… non, non, je n’oserais pas). Habituellement, on ne vit pas son homosexualité de la même manière si l’on est dans une caste ou une autre, mais heureusement ce trait de personnalité, cette tare génétique, ce hobby ou cette déviance (rayer la mention inutile) font qu’on se retrouve pour la plupart dans une grosse strate transverse, pleine de suceurs de bites décomplexés et plus ou moins en harmonie avec ses névroses (disons ni plus ni moins que nos cousins hétérosexuels).

Je me souviens donc de cette période curieuse qui voyait les gens s’exprimer tout haut sur leur propre notion de l’homosexualité, de l’orientation sexuelle pure à son expression la plus « sociale », et sur la possibilité de voir naître un véritable mariage gay en France. Et là on a vu et entendu l’homophobie… L’homophobie dans sa pire acception, ce que j’ai d’ailleurs trouvé fort intéressant et éclairant. En effet, alors que mes parents pensaient franchement que c’était une histoire d’obscurantistes bigots, ils ont pu se rendre compte que c’était un phénomène beaucoup plus global et profondément ancré dans les valeurs de notre société actuelle.

« Les pédés au bucher. » Quelle formidable aphorisme des temps modernes !! Et il y avait même (évidemment) quelques pédérastes pour défiler dans ces marches moyenâgeuses ! Et notre chère Madame Boutin en fer de lance de ces gens qui continuent à clamer haut et fort que nous ne sommes que des citoyens de seconde zone, des personnes dont les couples ne sont pas assez « bons » pour bénéficier des mêmes droits. Or je ne requiers rien d’autre que cela, la reconnaissance et l’égalité. Il est juste honteux de constater que la France est assez rétrograde pour continuer dans son refus de donner le même mariage pour tous.

Le résultat de cette lutte d’il y a dix ans, c’est donc le PACS, et c’est une bonne chose évidemment. Je ne vais pas bouder cela, mais pour moi le PACS est au mariage, ce que le Minitel était à l’Internet. On a créé ce contrat, en avance sur tout le monde, de vrais précurseurs, comme un véritable consensus qui calmait les homophobes de tout bords en pondant un sous-mariage, tout en donnant un cadre légal et une obole fiscale aux homos qui voulaient avant tout payer moins d’impôt. Les mairies restent réservés aux hétérosexuels, tandis que les homosexuels peuvent organiser un simulacre de mariage, et tout le monde est content.

Comme pour le Minitel à la fin des années 90, on est à présent coincé avec ce truc bancal et inique, sur lequel les homophobes se concentrent pour nous contenir et nous ralentir au maximum dans nos visées légales expansionnistes. Les autres pays nous ont largement rejoint et dépassé, et nous voilà comme des cons, avec ce contrat dont on n’arrive pas à s’affranchir, et on voudrait encore qu’on soit content de cette situation.

Je suis hors de moi quand j’entends les propos de la Boutin aujourd’hui. Sa mère, sa race, comment ose-t-elle expliquer qu’elle a permis le dialogue sur le PACS et surtout de contribuer à sortir les gays du placard en France ? Franchement, putain de merde, elle a un sacré culot !!! (Cet article de l’Express retrace bien l’ambiance et les discours de l’époque). Elle explique aussi aujourd’hui avec un extraordinaire aplomb que les gays ne veulent pas du mariage, et sa preuve c’est l’énorme surreprésentation des PACS conclus entre hétéros. Cela me rappelle à peu près les propos de Nicolas Sarkozy dont le conseiller en matière de mariage gay n’était autre que Steevy !!!

Je ne veux pas conclure de PACS avec mon chérichou, je veux me marier avec, je veux l’épouser à la mairie, comme mon papa et ma maman l’ont fait en ce 1er décembre 1973. Ni plus, ni moins, comme mes grands-parents, mes oncles et tantes, et cousins cousines, je veux simplement que l’on reconnaisse à mon couple la même valeur, une valeur certes légale, mais aussi, et avant-tout, une valeur sociale, morale et affective. C’est cela qui fera réellement progresser les mentalités, et qui soulagera tous les gays qui souffrent, et les trop nombreux jeunes pédés qui commettent l’irréparable.

Et même s’il ne devait y avoir qu’une poignée de pédés qui se marient, même si le mariage est ringard et obsolète, je veux l’égalité !! Je veux avoir le droit de refuser de me marier, je ne veux pas que ce soit un tiers qui me l’affirme sous prétexte que je n’ai pas les moeurs qu’il faut. Car au final, c’est toujours cela, et je suis persuadé que même parmi mes proches (parents ou amis) hétéros, beaucoup pensent que « ce n’est pas la même chose » lorsqu’on évoque un couple d’hommes ou un couple composé d’un homme et une femme. Et ça arrange bien les gens ce « PACS » ce machin curieux et exotique, qui doit faire original dans les dîners en ville, et qui se pratique tout comme un mariage, sauf que ça n’en porte pas le nom. Bien heureusement car « ce n’est quand même pas la même chose ».

Si peu de pédés sont pacsés, c’est peut-être aussi que, comme moi-même, ceux-là croient encore en autre chose qu’un sous-mariage. Je sais qu’en attendant c’est « mieux que rien », et je vois le bonheur de certains qui ont franchi le pas, et je sais aussi que le PACS est pratique dans sa forme, et moins « impliquant » etc. Mais je n’en démords pas !!!

PS : Une petite pensée en passant pour Edouard et cette manifestation outre-atlantique pour les droits homos. ;-)

17 Commentaires

  1. Ben, moi, je suis un des tous premiers Pacsés de France, les 4e de Lyon, on est même passés à la télé, sissi, et même à « C’est mon choit » Hu hu hu !
    En 2004, on s’est dépacsés ! Ben vi, la vie, l’amour, tout ssa !
    ;-) :salut: :pleure: :love: :blah: :pompom:

  2. Autant je suis d’accord avec sur le fait qu’un contrat (ici le mariage) ne devrait être réservé aux seuls hétéros – le seul énoncé de ma phrase montre que ce contrat est discriminatoire ; autant je ne suis pas d’accord sur le fait que le pacs est un sous-contrat. Il est peut-être perçu comme tel par une frange réactionnaire de notre population. Mais sur certains points, il est nettement plus progressiste que le mariage. Il ne s’immisce pas dans la couche des gens en leur faisant promettre fidélité. Il a comme régime par défaut la séparation des biens et non la communauté des biens. Il peut être beaucoup plus « personnalisé » qu’un contrat de mariage…

    Bien sûr demeurent quelques lacunes, mais on comprend aussi que nombre de couples hétéros le préfèrent au mariage, qui leur est pourtant ouvert, pour tous ces avantages, sans compter la volonté, chez certain, d’éviter les aspects rétrogrades d’un mariage classique – ce qui n’empêche pas d’autres de les conserver en se pacsant (cérémonie, réception, CADEAUX, etc… :-) ) !

    Pour (re)lancer la polémique : l’égalité doit-elle se faire en ouvrant à tous le mariage, ou en le réformant et ne laissant pour tous, homos comme hétéros, qu’une union civile façon PACS, et en rendant aux religions l’exclusivité du mariage ?

  3. @ Dr Tidus :
    1/ Le mariage n’est pas qu’un contrat, il est aussi une institution, en ce qu’il permet de modifier le statut des personnes et d’engendrer un lien d’alliance. En outre il induit des présomptions en matière de filiation (l’enfant né pendant le mariage a pour père le mari de la mère). Ce qu’un simple contrat ne peut pas faire. C’est d’ailleurs la clé du mystère : le mariage – tel qu’il est conçu aujourd’hui par le législateur – repose sur la prédisposition naturelle des époux à procréer…

    2/ Le PACS prévoit une obligation de fidélité. L’obligation de « vie commune » qui fait partie de sa définition (article 515-1 du Code Civil) a même été interprétée par le Conseil Constitutionnel comme un de ses éléments fondamentaux. En outre la jurisprudence a pu dire à la lecture de l’article 1147 du Code civil – en vertu duquel les conventions s’exécutent de bonne foi – que le fait de tromper son partenaire relève d’une mauvaise exécution du contrat. L’infidélité fait partie intégrante de la mal-vie du PACS. Après, si les partenaires décident que ce n’est pas un problème, c’est une autre histoire. :langue:

    3/ Le régime de communauté des biens n’était pas un avantage, loin de là !! Si théoriquement c’est joli (tout ce qui est à moi est à toi, on partage tout, c’est bô l’amuuur) en pratique c’est un vaste bordel, surtout en cas de séparation (chacun doit alors prouver sa propriété sur tel et tel bien, sinon on coupe tout en 2). Le mariage ne prévoit pas d’office un régime de communauté intégrale des biens : seuls sont communs les biens achetés par les époux pendant le mariage. Les autres biens restent la propriété de celui qui les possédait avant de se marier. La communauté universelle (on met absolument tout dans le même panier) n’est possible que si les époux en font le choix express, c’est à dire presque jamais, sauf cas de changement de régime matrimonial pour des couples âgés, avec stipulation de donation au dernier vivant, afin de protéger celui des deux époux qui verra l’autre s’éteindre le premier. Néanmoins, le régime du PACS est très maléable et les partenaires peuvent prévoir d’autres modalité de gestion des biens dans leur convention que celui de la séparation des biens. En toute hypothèse, le recours aux conseils judicieux d’un notaire est vivement recommandé.

    Enfin, il faut se rappeler que le PACS dans sa version actuelle (hé oui, il y a eu de « petites » et bienvenues retouches par-ci par-là) s’est nettement rapproché du mariage sur le plan patrimonial. Une forte majorité des notaires se pose d’ailleurs la question de l’utilité du mariage sur ce point car les aménagements contractuels possibles du PACS sont tels qu’il peuvent tout à fait produire des effets similaires à ceux du mariage (j’ai bien écrit « similaire »…). De même la protection du ‘partenaire survivant’ en cas de décès de l’autre, est à peu près assuré, pour peu que l’on ait pris des dispositions avant ; alors que le mariage prévoit des mécanismes dès l’origine. A n’en pas douter, si il y a une prochaine réforme du PACS (qui n’est à ma connaissance pas à l’ordre du jour) c’est sur ce point qu’elle portera.

    La profonde différence reste le sujet des enfants. Car pas une seule fois la question des enfants n’est abordée dans la loi sur le PACS. Le mariage est la seule possibilité aujourd’hui pour un couple d’adopter ensemble un même enfant. Pour obtenir un résultat proche, il faut passer par des pirouettes juridiques peu satisfaisantes comme une double délégation d’autorité parentale, dont Matoo se faisait l’écho il n’y a pas longtemps encore.

    10 ans déjà…
    Finalement la pilule est bien passée.
    Mais quelle pilule : celle d’une meilleure acceptation des homos, ou une voie de garage parfois inconfortable à durée indéterminée ?

  4. Merci, Matoo. Le père du copain veut être le page à notre cérémonie de mariage, quand il sera permis à New-York – je lui ai dit qu’il pouvait plutôt être bouquetière (flower girl) ;-)

    Chez nous, la question du mariage gai est surtout compliquée par la loi néfaste à l’échelle fédérale qui s’appelle le Defense of Marriage Act, une honte qu’on essaie, par les manifestations comme celle à laquelle on a participé à Washington dimanche, de renverser. Mais c’est très lent, et très frustrant.

  5. « Je ne veux pas conclure de PACS avec mon chérichou, je veux me marier avec, je veux l’épouser à la mairie, comme mon papa et ma maman (…) je veux simplement que l’on reconnaisse à mon couple la même valeur, une valeur certes légale, mais aussi, et avant-tout, une valeur sociale, morale et affective. »
    Comme je te comprends. Si le mariage en apparence ne change rien à le vie du couple, il change tout. Depuis mai dernier, j’ai le bonheur d’en faire l’expérience. Et je te souhaite, je vous souhaite, de pouvoir goûter un jour à cette joie profonde et lumineuse !

    Par contre, tu m’excuseras de corriger ton information : le PACS français n’est pas « précurseur ». Tu dis : « On a créé ce contrat, en avance sur tout le monde, de vrais précurseurs, comme un véritable consensus… »
    En Belgique, le contrat de cohabitation légale (équivalent du PACS) a été voté le 23 novembre 1998, sans que cela fasse la moindre vague, que c soit au Parlement ou dans la rue…
    pour plus d’info :
    http://www.alliage.be/03/03a2_cohabitation.htm
    :salut:

  6. Autre exemple de discrimination mariage/pacs. Si vous, français, épousez une étrangère, elle obtient immédiatement un titre de séjour, et c’est bien normal. Aucune vérification particulière.
    Si en revanche, vous vous pacsez avec un étranger, vous devez justifier d’un an de vie commune EN FRANCE. Sinon le titre de séjour « vie privée, vie familiale » est refusé et l’étranger en question est expulsable.
    En matière de preuves de vie commune, la préfecture de Paris a ses petites manies (il vaut mieux le savoir à l’avance, sinon vous devrez batailler ferme). Prouver qu’on habite à la même adresse (adresse bancaire, factures de téléphones, courriers divers), qu’on passe toujours ses vacances ensemble au même endroit, produire des attestations de plusieurs personnes (dont sa propre mère) ne lui suffit pas. Elle veut un compte joint, une facture EDF aux deux noms (comme si cela prouvait quoi que ce soit). Rien de tout cela pour des mariés.
    Il semblerait que les pacs conclus entre un Français et un étranger soient présumés opportunistes, pas les mariages, et que la préfecture ait des consignes pour refuser a priori des titres de séjour fondés sur un pacs.
    Où sont alors la liberté (de vivre avec la personne qu’on a choisie), l’égalité (entre hétéro- et homosexuels) et la plus élémentaire fraternité ?
    Ne parlons pas de Madame Boutin, murée dans ses certitudes bibliques. Elle n’a jamais rien compris et ne comprendra probablement jamais rien.

  7. Je ne peux qu’être d’accord avec toi sur tous les points !
    Moi-même hétéro je ne veux pas me pacser, je veux me marier et porter le même nom que mon amoureux et ma fille.
    Pourquoi serait-ce différent pour les homos ???
    Je ne débattrais pas du sujet car il n’y a pas à débattre, Quand on s’aime si on veut on peut se marier. Point.
    Malheureusement ce n’est pas si simple

  8. Du coup, depuis deux-trois jours, on voit fleurir les rétrospectives et vidéos d’archives sur les débats de l’époque, et c’est bien triste de constater à quel point ça volait haut… Aujourd’hui, la droite est beaucoup moins maladroite/véhémente sur le sujet (à quelques exceptions près) mais n’en pense pas moins (à mon avis, comme on va se fader Sarkozy jusqu’en 2017, on est encore loin du compte pour le mariage).

    Même la Boutin a un discours plus « posé » et moins ouvertement homophobe qu’en 99… Mais ses arguments sont vraiment cons, et effectivement elle ne manque pas de toupet.

    Au final c’est à la fois un joli et un triste anniversaire, c’est bizarre. :doute:

  9. Je me souviens d’un des premiers PACS aux quels j’ai assisté. Cela a donné lieu à une jolie soirée, sur une jolie ile africaine, sous la paillotte restaurant, tendue de longues moustiquaires teintes en rose et ornées de petits miroirs découpés en forme de coeur. Et je passe sur le gateau…

    En attendant si beaucoup de gays ne se pacsent pas c’est par ce qu’ils sont consommateurs et non amoureux. Pour eux une relation c’est un PATCH qu’on enlève et jette à la poubelle quand on en a plus besoin. Heureux l’homme qui….

  10. Tout à fait d’accord avec toi. Etre pour l’égalité des droits au mariage c’est etre en même temps pour l’égalité du choix offerts aux homos et aux hétéros. Il s’agit donc d’une question d’égalité mais aussi de liberté, une valeur pourtant tellement défendue par l’esprit libéral du temps… du moment qu’elle ne rencontre pas le poids ancestral d’une morale qui contraint l’espace du plaisir, semble-t-il.
    Pour moi, c’est un argument idéologique très fort en faveur du mariage homo. Il faut d’abord que le mariage existe pour que les homos aient la possibilité de choisir de ne pas se marier.

  11. Je suis entièrement d’accord avec toi. Au sujet du mariage, d’abord, qui devrait être une promesse que peuvent se faire deux personnes, reconnue par les autres gens, et point barre. Au sujet de la Boutin aussi, qui m’a fait gueuler d’indignation plusieurs fois quand j’ai croisé son discours puant au détour de plusieurs émissions d’actualité :mur: Elle fait de la réclame pour ses idées poussiéreuses et elle réécrit l’histoire éhontément : dans l’édition spéciale, elle a prétendu que jamais sa bible levée dans l’hémicycle n’avait été filmée, alors même qu’on venait d’en voir les images :help: … Elle a proféré encore une fois ce qui t’a fait bondir : qu’elle se réjouissait qu’un débat sur l’homosexualité ait été largement partagé en france grâce à elle. Autant d’air, d’opportunisme et de toiles d’araignées dans une seule personne, chapeau bas :mur:

  12. Et bien voilà qui est clair et net comme déclaration. j’approuve complètement… même si ça ne me concerne pas directement. Encore que ce point là est discutable.
    Y a plus près que le Canada quand même… y a la Belgique. (Pour une fois que je peux être fière de mon pays!)

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Petite opération antispam à résoudre : * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

:bye: 
:good: 
:negative:  
:scratch: 
:wacko:  
:yahoo: 
B-) 
:heart: 
:rose:   
:-) 
:whistle: 
:yes: 
:cry: 
:mail:   
:-(     
:unsure:  
;-)  
 
Partages