Le ruban blanc

Celui-là même s’il n’avait pas eu la palme à Cannes, je pense que j’aurais voulu le voir. En effet, Haneke réalise un cinéma qui m’intrigue au plus haut point, et même si sa filmographie est très diversifiée, les quelques films que j’ai vus de lui ont un point commun. J’avais beaucoup aimé « La pianiste » et « Caché » (les seules oeuvres que je connais de Michael Haneke), et « Le ruban blanc » est dans cette même lignée. Ce sont des films longs et lents, avec peu de mouvements et quelque chose de posé et contemplatif par moment. Mais en aucun cas, ce sont des films chiants, ce qui est une véritable prouesse vu la manière dont ils sont tournés. En vérité, l’action dans ces métrages est omniprésente et on ne s’y ennuie pas une seconde, avec beaucoup de dialogues, une véritable progression dans l’intrigue, et surtout des sentiments et passions aussi exacerbés que renfrognés, et qui sont une véritable marque de fabrique.

Le ruban blanc était utilisé par le pasteur de ce village autrichien de 1913 pour montrer aux enfants la pureté de leur jeunesse. Cette stricte et froide éducation n’est pas si efficace puisque devant les fautes répétées de ses aînés, le pasteur décide de leur recoller ce ruban au bras pour les influencer positivement. Nous suivons les péripéties très locales de ce village, avec l’école et son instituteur, le docteur, sa sage-femme et son fils handicapé, le pasteur donc et le baron qui règne sur son domaine, ses terres et ses ouvriers agricoles.

Ces derniers apparaissent quasiment comme des serfs d’une époque médiévale, et on n’a du mal à situer la date exacte, tant cette ambiance féodale pourrait nous faire croire à l’Ancien Régime. D’ailleurs, c’est bien là où le bât blesse puisque mes repères français sont purement biaisés, et le film permet de bien se rendre compte d’un coin d’Europe voisin sans Révolution oui loi de 1905 pour changer un peu la donne, et déserrer l’étau des nobles et des curés. Michael Haneke pose les bases de son intrigue avec tous ces personnages, des notables et leurs enfants, de simples paysans, et il compose son tableau avec une palette minimaliste. Le film est en noir et blanc, et cela donne un côté encore plus ancien, décalé, et en même temps esthétiquement très efficace et léché.

Tout commence par un câble tendu entre deux arbres qui provoquent une très grave chute en cheval du médecin du village, et son séjour en hôpital. Suite à cela, d’autres malversations sont découvertes, du kidnapping et petite torture du fils du baron à des sévices plus graves par la suite, et à chaque fois les enfants, ces innocents chérubins, reviennent comme les auteurs les plus probables de ces méfaits. On sent cette tension terrible dans les familles, cette éducation qui est une chape de plomb sur toute émotion, et cette conduite au fascisme que Haneke décrit là du point de vue de plus psychologique et sociétal. Le réalisateur dit plus exactement :

J’ai à l’esprit ce projet depuis plus d’une dizaine d’années. Je souhaitais évoquer un groupe d’enfants à qui l’on inculque des valeurs absolues et la façon dont ils intériorisaient cet absolutisme. Je tenais à en décliner les conséquences, à savoir un terrorisme de toutes sortes. Si l’on érige à l’absolu un principe, que ce soit un idéal politique ou religieux, il devient inhumain. J’avais pensé à La Main droite de Dieu comme titre éventuel. Ces enfants se prennent pour la main droite de Dieu ; ils en ont compris les lois et suivent les idéaux à la lettre. Ils deviennent alors les punisseurs de ceux qui ne vivent pas selon leurs principes. C’est ainsi que le terrorisme prend sa source. Ce film ne doit pas uniquement être considéré comme une oeuvre sur le fascisme.

Les comédiens sont tous fabuleux, et pourtant pas professionnels ce qui paraît complètement dingue tant ils m’ont impressionné. Les gamins surtout lancent de ces regards et expressions qui marquent profondément.

Il y a pléthore de personnages, et encore une fois on ne peut pas dire que le rythme soit syncopé, et que ça bouge dans tous les sens. Mais Haneke véhicule des milliers d’idées, de sensations et d’émotions dans les moindres plans, dans les regards, dans des bouts de dialogues, dans des secrets de famille, les enfants muselés ou les amours interdites. Donc le film est d’une extraordinaire richesse, il n’est pas du tout soporifique malgré sa lenteur, et il distille au contraire sa douleur et son funeste présage (la guerre de 14 arrive) avec une implacable efficacité. Le film reste tout à fait supportable, malgré quelques scènes difficiles.

C’est un grand film, et il méritait mille fois ce grand prix. Formellement déjà avec ce noir et blanc, cette direction d’acteur, sa manière de filmer, mais aussi pour son histoire qui m’a alpagué en quelques minutes, et cette démonstration par l’image de la haine qui peut surgir d’une société trop corsetée.

L’avis des copines : Julien, Titem, Philoo, Xavier, Nicolinux.

Le ruban blanc

6 Commentaires

  1. Bonsoir, j’ai dit tout le bien que je pensais de ce film le 07/11/09. Palme d’Or méritée. Les enfants sont sensationnels et le noir et blanc sublime: un film à voir et à recommander. Bonne soirée.

  2. Beau commentaire en effet. Ce qui m’a marqué, moi, c’est la musique. Ou plutôt l’absence absolue de musique. C’est assez impressionnant, surtout sur les plans longs.
    Pareil lors du générique… on se retrouve avec une salle qui n’ose pas parler ou exprimer ses sentiments, pourtant forts à la toute fin du film, de peur de briser le silence.

  3. J’aime beaucoup votre blog et ce dont vous nous parlez mais vraiment vos propos sont pénibles tant vous écrivez mal. Vous n’avez aucun style et le langage dont vous usez est une vraie pénitence; il écorche le vocabulaire et rend la langue française si belle quelque peu vulgaire et stupide. Faites donc des efforts nom de dieu! C’est « chiant » à la fin. Vous comprenez?

  4. « richard » > J’aime beaucoup votre style, mais vraiment vos propos sont pénibles tant vous êtes impoli. Internet est suffisamment vaste pour vous permettre de trouver une plume susceptible de répondre à vos exigences personnelles de perfection formelle. Ouvrez donc un blog, nom de Dieu ! C’est « suant », à la fin. Ça va, il a tout compris ?

    :boulet:

  5. Merci Léouiche, je voulais répondre un truc un peu comme ça. ;-)

    En effet, Richard, je ne me vante pas d’être un super auteur, bien au contraire. Et je comprends tout à fait ne pas être à la hauteur de vos exigences. Donc arrêtez de vous faire du mal !!!! Sinon, oui oui je comprends bien. ^^

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